Pyrénées-Orientales : En descendant à 286 m, un Français bat le record du monde de plongée souterraine

DEFI Le plongeur raconte à « 20 Minutes » son exploit du 30 décembre dans le gouffre de Font Estramar

Nicolas Bonzom

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Xavier Méniscus, dans le gouffre Font Estramar, lors de son record du monde
Xavier Méniscus, dans le gouffre Font Estramar, lors de son record du monde — Xavier Méniscus
  • Xavier Méniscus a battu le record du monde de plongée souterraine, en descendant le 30 décembre à 286 mètres de profondeur, dans le gouffre de Font Estramar.
  • Le précédent record était de 283 mètres, il était détenu par le plongeur Nuno Gomes.
  • En 22 minutes, Xavier Méniscus a atteint la profondeur qu’il convoitait depuis des mois. Mais il a ensuite fallu respecter 10h30 de paliers de décompression.

Xavier Méniscus a plongé là où personne n’a jamais osé s’aventurer. Ce quinquagénaire a battu le record du monde de plongée souterraine, en descendant le 30 décembre  à 286 mètres de profondeur, dans le périlleux gouffre de Font Estramar, à Salses-le-Château, dans les Pyrénées-Orientales. Il a ainsi explosé le dernier record​ de 283 mètres, atteints par le plongeur Nuno Gomes, dans une cavité sud-africaine.

« Depuis des années, nous explorons cette cavité de Font Estramar, raconte à 20 Minutes Xavier Méniscus. En 2013, nous avons fait une première exploration, jusqu’à 248 mètres, ça descendait toujours. En 2015, on a atteint le bas du puits, à 262 mètres. Nous y sommes revenus en juin 2019, je suis arrivé dans une salle, mais je n’ai pas pu trouver la suite. Mais en examinant les images, nous avons remarqué une zone d’ombre, qui permettait de penser que la galerie pouvait peut-être continuer à descendre… »

« Je me suis dit "On savourera quand on sera sorti" »

La curiosité était bien trop forte, pour ce plongeur de l’extrême : le 30 décembre dernier, en 22 minutes, Xavier Méniscus a atteint la profondeur qu’il convoitait depuis des mois. Un record qui a, aussi, permis de faire avancer la science. « Le but, c’est d’apporter de nouvelles connaissances, d’explorer les réseaux souterrains, afin d’en connaître le cheminement, d’en savoir plus sur ces ressources en eau », confie Xavier Méniscus.

Son défi relevé, avant de sabrer le champagne, ce scaphandrier professionnel a dû cependant respecter les paliers de décompression : le plongeur a ainsi mis 10h30 pour remonter à la surface. « Un plongeur, ce n’est pas comme un coureur, explique Xavier Méniscus. Le coureur, il sait qu’il a gagné quand il franchit la ligne. La ligne, je savais que je l’avais franchie. Mais ensuite, il faut respecter les paliers de décompression. Ma joie, je l’ai extériorisée dans la cavité, mais c’était une joie contenue. Je me suis dit "On savourera quand on sera sorti". Il y a tout de même des risques d’accidents. »

« Très peu de personnes sont capables de faire ce qu’il a fait »

Plusieurs explorateurs ont en effet laissé leur vie dans la résurgence de Font Estramar, devenue un véritable fantasme pour les spéléologues. Le dernier, le 9 juillet 2018, est mort en recherchant dans la cavité un plongeur, disparu quelques jours plus tôt. Faut-il un peu de folie pour se lancer un tel défi ? « Absolument pas, précise Xavier Méniscus, qui fut plongeur au sein de l’armée. C’est 32 ans de plongée professionnelle, j’ai les qualifications pour travailler ces profondeurs-là. Palier par palier, on a progressé. Et c’est aussi du matériel performant, qui a été testé, c’est une préparation physique, psychologique, physiologique, pour évoluer de plus en plus à l’intérieur d’une cavité. »

« C’est un sportif de haut niveau, très peu de personnes sont capables de faire ce qu’il a fait, il faut une très grande expérience en plongée », confie à France 3 le commandant Benedittini, le pompier qui a accompagné Xavier Méniscus dans son incroyable défi. A ce plongeur de l’extrême, il ne manque plus que des nageoires.