La fin du plastique à usage unique est-elle envisageable à l’hôpital ?

LE PLASTIQUE, C'EST PAS FANTASTIQUE L’interdiction de certains produits en plastique à usage unique est entrée en vigueur le 1er janvier 2020

Anissa Boumediene

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La fin du plastique à usage unique est-elle envisageable à l'hôpital?
La fin du plastique à usage unique est-elle envisageable à l'hôpital? — Frederic DIDES/SIPA
  • Plusieurs objets en plastique à usage unique sont interdits à la vente depuis le début d’année.
  • Le milieu de la santé va devoir se plier à cette nouveauté, avec un délai plus long. Mais peut-il totalement se passer de plastique à usage unique ?
  • Trouver une solution qui présente les mêmes garanties sanitaires, à un prix équivalent, semble aujourd’hui difficile.

Finis les cotons-tiges, les assiettes et les gobelets. Depuis le 1er janvier et l’entrée en vigueur de la loi Egalim, ces objets en plastique à usage unique sont interdits à la vente. Une souplesse de six mois est toutefois accordée, afin de laisser aux commerçants le temps d’écouler les stocks. Et ce n’est qu’un début : le 1er janvier 2021, ce sera au tour des pailles, couverts et touillettes en plastique de disparaître des rayons et de nos habitudes. A cette occasion, la distribution gratuite de bouteilles en plastique dans les établissements recevant du public (plus de 300 personnes) sera également interdite.

Des mesures qui s’inscrivent dans la volonté du gouvernement de supprimer tous les plastiques à usage unique d’ici à 2040, en passant du tout jetable au tout réutilisable. Mais dans le milieu de la santé, cet objectif est-il atteignable ?

Fin de la vaisselle jetable dans les établissements de santé

Comme pour les particuliers, les entreprises privées ou le secteur public, les hôpitaux vont devoir se passer des gobelets, couverts et touillettes. Avec toutefois un délai plus long pour passer à des versions sans plastique. Ainsi, les établissements de santé, de même que les établissements pénitentiaires ou le secteur du transport aérien et maritime, auront jusqu’au 3 janvier 2021 pour faire leurs adieux définitifs. A la clé, les économies de plastique seront colossales. « Si un grand CHU, qui peut servir jusqu’à 11.000 repas par jour, abandonne les couverts en plastique jetables, cela représente une économie de 70 tonnes par an », illustre Cédric Alliès, conseiller en développement durable chez Primum Non Nocere, agence experte en stratégie RSE/RSO (responsabilité sociétale des entreprises ou des organisations), filiale du Comité de développement durable en santé (C2DS).

L'Etablissement français du sang (EFS) apporte lui aussi sa pierre à l’édifice. Depuis quelques mois, une expérimentation est menée dans plusieurs régions ( Bretagne, Grand-Est, Auvergne Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Normandie ou encore Bourgogne Franche-Comté). Sur place, les maisons de don ne distribuent plus de bouteilles, alors qu’une consommation de 50 cl d’eau est indispensable pour la sécurité du donneur. « L’EFS a décidé de les supprimer et d’expérimenter des alternatives plus écoresponsables ». Fontaines à eau, verres, gobelets réutilisables (et lave-vaisselle pour laver tout ça) : les maisons du don se sont équipées en conséquence. De quoi économiser 600.000 bouteilles en plastique par an. Une initiative qui « sera rapidement généralisée à toutes les maisons du don », précise l’EFS, qui réfléchit également à l’étendre aux collectes mobiles. Car « chaque année, avec près de trois millions de dons, ce sont autant de petites bouteilles qui sont jetées ».

Pas de zéro plastique, mais une réduction possible

En revanche, impossible pour les établissements de santé de passer au zéro plastique à usage unique. Poches de sang, seringues, sets de transfusion sanguine… Tous ces dispositifs médicaux s’appuient sur cette matière, et sont eux-mêmes conditionnés dans des emballages en plastique. « Pour l’heure, il n’existe pas d’alternative pour un grand nombre de ces dispositifs médicaux. Comme un cathéter, par exemple, qui doit être dans un matériau souple », explique Claude Le Pen, économiste de la santé et professeur à l’Université Paris-Dauphine. Poches de sang, de solutés, seringues : « créer des versions sans plastique, dans des matériaux alternatifs pour tous ces objets de soins utilisés au quotidien, et qui présentent les mêmes garanties de sécurité sanitaire et pour un prix équivalent, va être compliqué dans un futur proche », relève-t-il.

« Pour l’heure, la recherche se penche plutôt sur la compatibilité contenant/contenu, sur les moyens d’éviter la présence de perturbateurs endocriniens dans les plastiques entrant dans la composition des dispositifs médicaux, indique Cédric Alliès. A ce jour, il n’existe pas de substitution viable au plastique, pas de matériau qui soit aussi sûr sur le plan sanitaire et aussi compétitif sur le plan économique, confirme-t-il. Pas même les bio plastiques ou plastiques bio sourcés, qui ne répondent pas à l’objectif gouvernemental de sortie du plastique à usage unique ». Chaque année, 200.000 tonnes de déchets médicaux infectieux sont produites dans l’Hexagone. Traités dans des filières dédiées, ils ne sont pas recyclés, mais incinérés à très haute température (plus de 800 °C) pour éviter tout risque sanitaire.

Mais s’il n’existe pas de matériaux de substitution, « on peut tout de même réduire l’utilisation de plastique à la source, assure le spécialiste de la gestion des déchets hospitaliers. Le C2DS accompagne les établissements de santé dans l’écoconception des soins : dans cette démarche, on établit le bilan carbone d’un acte et on réfléchit à la manière dont il est possible de le réduire. Et l’un des moyens, par exemple, est de diminuer le suremballage en plastique des dispositifs médicaux, d’optimiser un conditionnement plus vertueux pour l’environnement ».

Vingt ans pour changer notre rapport au plastique

La fin définitive des plastiques à usage unique, elle, est prévue pour 2040. Une révolution qui sera d’abord bien visible dans les rayons des supermarchés et dans nos placards. Ainsi, dans vingt ans, c’en sera fini des bouteilles de shampoing, des tubes de dentifrice et des bidons d’eau de javel en plastique. Pourquoi seulement en 2040 ? « Ce serait mentir de dire que sortir du plastique jetable prend moins de vingt ans », a répondu la secrétaire d’État Brune Poirson, qui veut laisser le temps aux industriels de trouver des matériaux alternatifs.

Si cet objectif est pour l’heure un peu trop ambitieux pour l’hôpital, certains établissements prennent toutefois des initiatives pour s’en rapprocher. « Les hôpitaux peuvent opter, pour une catégorie donnée de produits, pour celui qui offre des possibilités de recyclage, souligne Cédric Alliès. Il s’agit d’activer le levier des achats responsables en impliquant leurs fournisseurs et prestataires de gestion des déchets. Leurs volumes d’achats sont tels que chaque décision peut avoir un impact concret très large. Ce n’est pas toujours évident pour les hôpitaux, confrontés à des budgets très serrés, d’entreprendre cette démarche, mais à moyen terme, cela ne représente souvent pas de surcoût ». Ainsi, la Clinique Saint-Nicolas, à Toulouse, a opté, en partenariat avec son prestataire de linge, pour la suppression des housses plastiques individuelles à usage unique, au profit de housses en tissus réutilisables pour son personnel. Et dès 2013, la maternité des hôpitaux de Saint-Maurice (Val-de-Marne) s’est lancée dans le recyclage de ses nourrettes, les minibiberons de lait maternisé.