Incendies en Australie : Une catastrophe écologique déjà bien réelle

ECOLOGIE Les autorités ont averti que la crise était loin d’être terminée

Nicolas Raffin

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Un kangourou traverse la route à proximité de pompiers australiens, le 10 décembre 2019.
Un kangourou traverse la route à proximité de pompiers australiens, le 10 décembre 2019. — Rick Rycroft/AP/SIPA
  • Les incendies en Australie ont déjà brûlé huit millions d’hectares.
  • Des millions d’animaux sont morts et l’écosystème a été gravement atteint.
  • 2019 s’annonce comme l’année la plus chaude jamais enregistrée en Australie.

Huit millions d’hectares. C’est l’étendue des dégâts causés par les incendies en Australie depuis septembre. C’est trois fois plus que la surface partie en fumée cet été en Amazonie. Pour prendre une image plus proche de nous, c’est comme si l’ensemble de l’île d’Irlande avait entièrement brûlé. Alors que les autorités australiennes ne prévoient pas de réelle accalmie avant plusieurs semaines, des milliers de personnes ont été forcées de fuir ou ont dû être évacuées en urgence. Ce lundi, près de 3.000 réservistes ont été mobilisés afin de venir en aide aux pompiers déjà épuisés par des semaines de lutte contre les flammes.

Au-delà des images impressionnantes des incendies, il faut aussi se poser la question des conséquences à court, moyen et long termes pour l’écosystème australien et pour le réchauffement climatique. Concernant le premier problème, un nombre a frappé les esprits : selon une équipe de scientifiques de l’université de Sydney, au moins 480 millions d’animaux auraient été « affectés » par les incendies. Cela ne veut pas dire qu’ils sont tous morts, mais qu’ils ont par exemple perdu leur habitat et leurs sources de nourriture. Ainsi, la ministre de l’Environnement australienne estimait fin décembre qu’environ 30 % des koalas de la région côtière de la Nouvelle-Galles du Sud étaient morts.

« La base même de l’écosystème, la forêt, le bush, ont complètement disparu »

« Certaines espèces touchées sont des espèces endémiques, c’est-à-dire présentes seulement en Australie, rappelle Franck Courchamp, directeur de recherches au CNRS et écologue. On connaît le koala, le kangourou, mais il y a aussi l’émeu, le wombat… De nombreuses espèces qui étaient déjà menacées avant sont encore plus fragilisées maintenant. Le fait de perdre brusquement toute une partie de sa population et son habitat, c’est ce qui fait basculer une espèce vers l’extinction. » Certaines images, comme celles d’un pompier australien donnant à boire à un koala assoiffé et rescapé des flammes, sont d’ailleurs devenues virales ces derniers jours.

Cette disparition de masse des animaux va poser problème à terme. Franck Courchamp file la métaphore : « C’est comme un boulon dans un avion : si vous en avez un qui tombe ce n’est pas trop grave, mais si plusieurs boulons se détachent en même temps, là vous pouvez perdre toute la structure. La biodiversité c’est pareil : si vous perdez des espèces “ingénieurs” qui font fonctionner l’écosystème, vous mettez le système en danger. Par ailleurs, avec ces incendies d’une intensité extrême, les graines des plantes sont mortes avant de germer, les racines ont brûlé. La base même de l’écosystème, la forêt, le bush, ont complètement disparu. »

Et pour ne rien arranger, les incendies ont évidemment provoqué des émissions massives de CO2 dans l’atmosphère. Selon une étude de la Nasa citée par le Guardian Australia, environ 250 millions de tonnes de CO2 auraient été émises par les seuls feux de bush et de forêts. Cette quantité correspond à celle rejetée par toute l’Australie – hors incendies – en six mois. « J’ai de nombreux collègues en Australie qui sont absolument catastrophés, poursuit Franck Courchamp. Vous avez tout ce CO2 émis par les incendies. Mais à terme, l’absence des forêts brûlées pour réabsorber le CO2 est tout aussi problématique ». En 2019, la période allant de janvier à novembre avait été la deuxième plus sèche jamais enregistrée depuis 1902 en Australie ainsi que la plus chaude jamais observée.