L’Affaire du siècle : Un grand appel à témoignages pour marquer les 1 an de cette action climatique inédite

JUSTICE CLIMATIQUE Pour le premier anniversaire de l’Affaire du siècle et de la pétition record qui lui est associée, les quatre ONG qui attaquent l’État pour « son inaction climatique » lancent un grand appel à témoignages pour recenser les impacts climatiques déjà observés

Fabrice Pouliquen

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Les représentants des quatre ONG à l'origine de L'Affaire du siècle. De gauche à droite, Célia Gauthier (Fondation Nicolas Hulot), Jean-François Julliard (Greenpeace France), Marine Denis (Notre affaire à tous) et Cécile Duflot (Oxfam France).
Les représentants des quatre ONG à l'origine de L'Affaire du siècle. De gauche à droite, Célia Gauthier (Fondation Nicolas Hulot), Jean-François Julliard (Greenpeace France), Marine Denis (Notre affaire à tous) et Cécile Duflot (Oxfam France). — Christophe ARCHAMBAULT / AFP
  • Notre Affaire à Tous, Oxfam France, Greenpeace France et la Fondation Nicolas Hulot lancent ce mercredi un grand appel à témoignages pour collecter les impacts du changement climatiques déjà observés en France.
  • Avec l’accord des personnes, ces témoignages pourront alimenter le dossier juridique que constituent ces quatre ONG, qui ont attaqué en justice l’État français pour son inaction climatique.
  • Et tout est parti d’un courrier adressé à l’État et doublé d’une pétition en ligne le 18 décembre 2018. Il y a un an tout juste.

Il y a un an jour pour jour, Notre Affaire à Tous, Oxfam France, Greenpeace France et la Fondation Nicolas Hulot adressaient un courrier à l’État pour le prévenir de leur intention de l’attaquer en justice pour inaction climatique. En parallèle, pour appuyer leur démarche, ces quatre ONG lançaient une pétition en ligne qui fera rapidement tomber un record : celui du plus grand nombre de signatures jamais recueillies en France. Soit 1,7 million au bout de huit jours, et 2, 297 millions aujourd’hui. C’était le début de l'Affaire du siècle.

La procédure judiciaire, elle, suit son cours. L’État avait deux mois pour réagir au courrier. Sa réponse est tombée à quelques jours de la date butoir. Mais comme elle n’a pas satisfait les quatre ONG, celles-ci ont mis leur menace à exécution en déposant leur recours au tribunal administratif de Paris. C’était le 14 mars dernier. La phase d’instruction a réellement commencé le 20 mai, « lorsque nous avons déposé notre mémoire complémentaire, c’est-à-dire l’ensemble des pièces et arguments en notre possession, précise Marie Pochon, secrétaire générale de Notre Affaire à Tous. Depuis, nous attendons la réponse de l’État qui doit, lui aussi déposer son mémoire ».

Un grand appel à témoignages sur les impacts du changement climatique

Cette fois-ci, l’État n’est pas sous le coup d’une date butoir, du moins le juge n’en a pas fixé une pour l’instant. « L’urgence climatique voudrait qu’il réponde le plus tôt possible », estime toutefois Marie Pochon. Les quatre ONG requérantes savaient de toute façon qu’elles s’engageaient sur une longue bataille judiciaire. Elles espèrent une audience et le rendu du jugement avant le printemps 2021.

En attendant, ces ONG ne restent pas les bras croisés. Ce mercredi, pour marquer le premier anniversaire de cette « Affaire du siècle », elles réactivent leurs réseaux de citoyens dans un nouvel appel à contributions. Il ne s’agit plus de leur faire signer une nouvelle pétition, mais de les appeler à témoigner des changements climatiques qu’ils perçoivent et des conséquences qu’ils voient sur leur quotidien. Ces témoignages peuvent se faire sur les réseaux sociaux, via le hashtag #TémoinduClimat, ou sur le site de l’Affaire du siècle, où les contributions sont cartographiées sur une carte de France.

« Compléter notre recours juridique »…

L’idée ? « Compléter notre recours juridique, indique Cécilia Rinaudo, coordinatrice générale de Notre Affaire à tous. Il faudra bien sûr que la personne donne son accord. Mais si le témoignage est suffisamment détaillé, nos juristes pourront s’en servir pour apporter des preuves circonstanciées des impacts d’ores et déjà observés et vécus du changement climatique. » Ces témoignages seront ajoutés alors au dossier juridique, sous forme d’attestations.

Dans leur appel à témoignages, les quatre ONG ratissent large. Par impacts climatiques, elles entendent ceux directs, constatés sur la nature (les plantes, les animaux, les paysages), ou dans la vie quotidienne (la santé, les revenus, le logement…). Mais aussi ceux indirectes, « liés par exemple à l’angoisse que suscite le changement climatique, illustre Marie Pochon. Ce « préjudice d’anxiété » n’est pas à négliger. Depuis plus d’un an, Notre Affaire à Tous récolte les témoignages et nombre de personnes, notamment dans les jeunes générations, partagent ce sentiment d’anxiété qui pousse parfois à changer leur mode de vie. En décidant de ne pas avoir d’enfants par exemple. »

… « Et montrer que le changement climatique a des effets dès à présent »

Est-ce que ces contributions citoyennes influeront sur la décision finale de la justice ? « Impossible à dire, répond Cécilia Rinaudo. Mais ces témoignages sur les réseaux et cette cartographie des impacts climatiques visent aussi et surtout à nous faire prendre conscience, et notamment à l’État, que les effets du changement climatique sont visibles dès à présent et qu’ils n’impactent pas seulement les pays en voie de développement », reprend la coordinatrice de Notre Affaire à tous. Elle renvoie vers le dernier rapport de GermanWatch, l’ONG allemande qui tient chaque année les comptes des phénomènes météorologiques extrêmes et de leurs conséquences sur les pays. Le Japon était ainsi le pays le plus exposé à ces événements climatiques en 2018 et la France, elle, est au 15e rang des pays les plus touchés sur les quinze dernières années.