Plus de 6 milliards de tonnes de CO2 émises par les feux de forêts en 2019

INCENDIE En Amazonie, en Indonésie, en Arctique, en Australie… De nombreux feux de forêts ont défrayé la chronique cette année. Ils auraient émis, entre le 1er janvier et le 30 novembre, 6,375 gigatonnes de CO2 selon Copernicus, le programme de surveillance de la Terre

F.P.

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Le 10 décembre 2019, un pompier australien combat les flammes dans la région
Le 10 décembre 2019, un pompier australien combat les flammes dans la région — SAEED KHAN / AFP
  • Le service pour la surveillance de l’atmosphère Copernicus (CAMS), programme européen de surveillance de la Terre, publie ce jeudi une rétrospective des feux de forêts en 2019.
  • L’année a été particulièrement intense. Les feux de forêts ont défrayé la chronique en Amazonie, Indonésie, Australie, en Arctique. Le CAMS attire aussi l’attention sur des feux moins connus qui ont touché la Colombie, le Venezuela, le Mexique ou la Syrie.
  • Ces incendies relâchent dans l’atmosphère des quantités importantes de CO2, contribuant ainsi au réchauffement climatique. Le CAMS évalue à plus de 6 gigatonnes la quantité de CO2 émis par ces feux de forêts entre le 1er janvier et le 30 novembre.

Environ 6,375 gigatonnes… C’est la quantité de CO2 qu’ont rejeté dans l’atmosphère les différents feux de forêts dans le monde, entre le 1er janvier et le 30 novembre 2019. L’estimation est celle du CAMS, le service pour la surveillance de l’atmosphère Copernicus, le programme européen de surveillance de la Terre.

Pas rien donc, une gigatonne valant un milliard de tonnes… Pour comparaison, le 4 décembre dernier, le Global carbon project estimait à 43,1 gigatonnes la quantité de CO2 qui auront émis en 2019 les activités humaines. Dans son calcul, ce consortium scientifique international prend en compte les émissions liées à la combustion de ressources fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) que nous utilisons comme énergie, à la fabrication de ciment, mais aussi au changement d’usage des sols (destruction de forêts, de prairie, etc).

« Une activité exceptionnelle »

S’il ne se focalise que sur les feux de forêts, le CAMS a eu fort à faire en 2019. « Nous avons été témoins, à certains moments, d’une activité exceptionnelle, commente Mark Parrington, directeur scientifique au CAMS. Même dans des endroits où nous attendions à voir des incendies à certains moments de l’année. »

Nombre de ces feux forêts ont fait la une des journaux. A commencer par les spectaculaires incendies en Amazonie au cours des six premiers mois de l’année, et qui ont été jusqu’à créer une crise diplomatique, à l’été, entre la France et le Brésil. Le CAMS a calculé que ces incendies ont relâché environ 25 mégatonnes de CO2 dans la région amazonienne, au cours des 26 premiers jours d’août.

Indonésie, Australie, Arctique…

Les feux de forêts en Indonésie, qui ont démarré début août, ont aussi marqué les esprits. Il s’agit de l’un des incidents les plus intenses dans la région depuis deux décennies, note les scientifiques du CAMS. Ils estiment que ces incendies indonésiens ont libéré au moins 708 mégatonnes de CO2 jusqu’à fin novembre. Ils ont été principalement causés par la combustion de tourbières riches en carbone et par des conditions plus sèches que la moyenne.

Les feux de brousses australiens, dans le Queensland et la Nouvelle-Galles du Sud, ont fait tomber des records entre septembre et novembre. « Dans certaines régions, ils étaient sans précédents par rapport aux seize années précédentes, indique le CAMS. La Nouvelle-Galles du Sud a été particulièrement touchée, de même que le Queensland, où le jour a été transformé en nuit dans certaines régions. »

Enfin, les feux de forêts dans le cercle polaire arctique ont été particulièrement intenses en 2019. Ils ont été sans précédent en termes d’emplacement, d’ampleur et de durée, entraînant le rejet de 182 mégatonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, rappelle le CAMS. Ces incendies se sont produits dans tout le cercle polaire arctique, dans la République de Sakha, en Sibérie, aussi bien qu’en Alaska, entre juin et août. Les scientifiques du CAMS ont surveillé plus de 100 feux de forêts dans cette région, principalement causés par des conditions exceptionnellement chaudes et sèches.

… Mais aussi la Syrie

Si ces différents feux ont défrayé la chronique, le CAMS n’en attire pas moins l’attention sur d’autres incendies, « moins connus mais qui ont également eu des effets importants sur l’environnement et la qualité de l’air ». En Colombie, au Venezuela, au Mexique mais aussi en Syrie. Dans ce dernier pays, les feux ont brûlé de vastes étendues de terres cultivées au printemps et au début de l’été. « La puissance de feu totale détectée en Syrie, entre le 10 mai et le 5 juin, était largement supérieure à la moyenne sur la période de 2003 à 2018, précise le CAMS. Les conditions chaudes et sèches, dues à une température de surface supérieure à la moyenne à la fin mai, ont facilité le démarrage et la propagation rapide de ces incendies, tout en empêchant leur extinction. »

2019, pas pour autant un record

Avec 6,375 gigatonnes émises par les feux de forêts entre le 1er janvier et le 30 novembre, cette année 2019 n’est pas partie pour être la pire jamais enregistrée par le CAMS. Les années 2012 et 2015 ont flirté avec la barre des 8 gigatonnes de CO2 émis. Et 2003 l’avait franchie. Par ailleurs, les émissions de CO2 ne sont pas la seule incidence de ces feux de forêts. Ils sont aussi souvent responsables de pollutions atmosphériques importantes et peuvent produire une combinaison de particules, de monoxyde de carbone et d’autres polluants dangereux pour santé de toute vie sur la planète, rappelle le CAMS.