Groenland : La calotte glaciaire fond sept fois plus vite que dans les années 90, selon une étude

RECHAUFFEMENT La montée des eaux menace des millions de personnes

20 Minutes avec AFP

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La calotte glaciaire du Groenland fond sept fois plus vite que dans les années 1990, selon une étude publiée dans la revue « Nature ».
La calotte glaciaire du Groenland fond sept fois plus vite que dans les années 1990, selon une étude publiée dans la revue « Nature ». — KONRAD K./SIPA

La calotte glaciaire du Groenland fond sept fois plus vite que dans les années 1990, menaçant des dizaines de millions de personnes d’une montée des eaux supérieure aux prévisions d’ici la fin du siècle, avertit une étude mardi.

Depuis 1992, elle a ainsi perdu 3.800 milliards de tonnes de glace, passant d’une fonte de 33 milliards de tonnes par an dans les années 1990 à 254 milliards par an sur la dernière décennie, selon cette étude de 96 scientifiques spécialisés dans les études polaires et issus de 50 institutions internationales, publiée par la revue Nature.

Une hausse du niveau des mers

La fonte globale déjà enregistrée est ainsi suffisante pour entraîner une hausse du niveau des mers de 10,6 millimètres, selon ces scientifiques qui se sont notamment basés sur des relevés satellitaires et ont bénéficié d’un soutien des agences spatiales européenne (ESA) et américaine (NASA).

Le Giec avait estimé en 2013 que le niveau des mers monterait de 60 centimètres d’ici la fin du siècle, mettant 360 millions de personnes en danger dans les zones côtières, mais cette étude nous rapproche plutôt du scénario « haut » du réchauffement du groupe d’experts sur le climat de l’ONU, soit 7 centimètres de plus. Le Giec avait lui même avancé une nouvelle estimation d’un milliard de personnes exposées dans un nouveau rapport sur les océans publié en septembre.

« Ces événements vont être dévastateurs pour les communautés côtières »

« Pour chaque centimètre de montée du niveau global des mers, six millions de personnes supplémentaires sont exposées aux inondations dans les zones côtières de la planète », explique Andrew Shepherd, de l’université de Leeds (Grande-Bretagne), co-auteur principal de l’étude publiée dans Nature. « Il ne s’agit pas d’événements improbables ou aux conséquences limitées : ils sont en train de se produire et vont être dévastateurs pour les communautés côtières », a-t-il averti.

Selon l’étude, environ la moitié de la fonte se fait en surface en raison de l’augmentation des températures ambiantes et la moitié en raison de la hausse des températures de l’océan sous les glaciers.

Les pertes ont culminé en 2011 avec 335 milliards de tonnes, puis se sont stabilisées autour de 238 milliards de tonnes par an (l’étude a porté jusqu’en 2018), un niveau toujours sept fois plus élevé que dans les années 1990.

« Un point de non-retour pourrait être atteint plus vite que nous le pensions »

Louise Sime, climatologue au British Antarctic Survey, a estimé que « si ce rythme très élevé de fonte des glaces se poursuit, un point de non-retour pourrait être atteint plus vite que nous le pensions ».

Guofinna Aoalgeirsdottir, glaciologue islandaise qui a travaillé pour le Giec et n’a pas participé à l’étude, a estimé que cette publication venait « à point » et démontrait « l’importance de poursuivre la surveillance des grandes calottes glaciaires » notamment pour évaluer la montée des eaux. Elle a par ailleurs mis en garde sur un possible nouveau pic de fonte en 2019 « car l’été a été particulièrement doux ».