Bordeaux : Une charte pour inciter les armateurs à réduire la pollution des paquebots de croisière

ENVIRONNEMENT Ce lundi, une charte des bonnes pratiques environnementales pour la croisière a été signée par la ville, la métropole, le pilotage de la Gironde et le port de Bordeaux

Elsa Provenzano
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Le paquebot de croisière est en escale jusqu'à jeudi à Bordeaux.
Le paquebot de croisière est en escale jusqu'à jeudi à Bordeaux. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Ce lundi, les autorités ont signé une charte pour encadrer les escales de paquebots de croisières maritimes dans le port de Bordeaux.
  • Les armateurs signataires s’engagent par exemple à utiliser un carburant avec 0,1 % de soufre.
  • L’idée n’est pas de restreindre l’activité, en plein essor, mais d’inciter les compagnies à de meilleures pratiques.

En 2019, 43 paquebots maritimes (transportant 26.100 passagers) ont fait escale dans le port de la lune, dans l’hypercentre bordelais, le long des quais où ce sont plutôt les déplacements doux qui priment. Ces embarcations imposantes ont fait l’objet de vives critiques, notamment pour leur contribution à la pollution de l’air.

Une étude de l’observatoire de la qualité de l’air menée au pic de la saison des escales en 2018 a montré qu’il n’y avait pas de dépassement des seuils légaux mais elle n’a pas réussi à éteindre le feu des critiques. Ce lundi, une charte a été signée par la ville, la métropole, le port et le pilotage de la Gironde pour inciter les armateurs à se plier à de bonnes pratiques environnementales. Car, si les décideurs soulignent que la situation bordelaise est sans commune mesure avec des villes comme Marseille (1,7 million de croisiéristes) ou Barcelone (2,6 millions), ils veulent montrer qu’ils prennent les inquiétudes des habitants au sérieux.

Un carburant moins chargé en soufre

« Le transport maritime souffre d’une mauvaise image mais la réglementation évolue et au 1er janvier 2020, le taux de soufre toléré dans les carburants va passer de 3,5 à 0,5 %, fait valoir Jean-Frédéric Laurent, directeur du grand port maritime de Bordeaux. Et, dans les zones de contrôles d’émissions (c’est-à-dire à quai) il sera de 0,1 %, c’est le taux qu’on a retenu parce qu’a minima on veut faire aussi bien que ce qui se fait de mieux ». Les compagnies qui feront escale à Bordeaux devront donc s’engager à utiliser un carburant contenant 0,1 % de soufre dès l’entrée dans la zone de pilotage obligatoire et pendant toute l’escale.

« A la fin du premier trimestre 2021, tous les paquebots fluviaux pourront bénéficier d’une alimentation électrique », complète Stéphan Delaux, adjoint au maire chargé du tourisme. Un dispositif qui leur permet de couper leur moteur à quai mais qu’il n’est pas possible de mettre en place pour les paquebots maritimes, pour lesquels les installations seraient beaucoup plus volumineuses.

Dans cette charte, une attention est aussi portée aux nuisances sonores. Et en cas de problème marqué, les navires pourraient être déplacés vers un poste à quai plus éloigné des habitations.

« Pas prêts à les accueillir à n’importe quel prix »

Les promesses n’engagent que ceux qui y croient mais le directeur du port l’assure, si les armateurs contreviennent à cette charte, des sanctions sont envisagées : « On pourrait refuser qu’ils fassent escale l’année suivante, lance-t-il. Nous ne sommes pas prêts à les accueillir à n’importe quel prix ».

Le nombre d’escales annuel ne devrait pas baisser pour autant car l’activité de croisières est une poule aux œufs d’or pour certains commerces. Quand un touriste lambda dépense quotidiennement 65 euros, un croisiériste débourse plus du double soit, de 130 à 150 euros, selon l’office du tourisme de Bordeaux. « Faire venir des bateaux c’est la vocation d’un port et c’est aussi de l’emploi, je pense aux marins, aux pilotes, aux techniciens etc. », ajoute Philippe Dorthe, président du conseil de surveillance du grand port de Bordeaux.

Compte tenu de la contrainte des levées du pont Chaban-Delmas et de celles, physiques, de la configuration du port, Bordeaux ne devrait pas pouvoir accueillir dans les années à venir plus de 50 à 60 escales annuelles.