Les océans manquent aussi d'oxygène, une menace « croissante pour la pêche et certains groupes d’espèces »

ENVIRONNEMENT Cette diminution de la teneur en oxygène des océans « a déjà commencé à modifier l’équilibre de la vie marine », selon les experts de l’UICN

20 Minutes avec agences

— 

Les océans souffrent aussi d'une perte en oxygène (illustration)
Les océans souffrent aussi d'une perte en oxygène (illustration) — PublicCo

Déjà menacés par le réchauffement climatique, l’acidification et la surpêche, les océans souffrent aussi d’une perte en oxygène. C’est ce qu’indique une étude basée sur les travaux de 67 experts et publiée ce samedi par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Cette perte d’oxygène « constitue une menace croissante pour la pêche et certains groupes d’espèces », avertit ainsi l’UICN.

La désoxygénation s’explique principalement par deux phénomènes : d’abord par l’eutrophisation (prolifération de certains végétaux, en général des algues) « due au ruissellement des nutriments provenant des continents et aux dépôts d’azote provenant de l’utilisation de combustibles fossiles » ; ensuite par « le réchauffement des eaux océaniques dû au changement climatique » alors que les océans absorbent en partie les émissions de gaz à effet de serre générées par les humains.

« La vie marine se fragilise »

A l’échelle mondiale, le taux d’oxygène dans les océans a diminué d’environ 2 % entre 1960 et 2010, selon le rapport. Ils pourraient encore perdre 3 à 4 % de leurs stocks d’oxygène d’ici à 2100 si les émissions continuent à croître au rythme actuel, « la majeure partie de cette perte se concentrant dans les premiers 1.000 mètres de la colonne d’eau, où la richesse et l’abondance des espèces sont les plus élevées », prévient le rapport.

« Au fur et à mesure que les océans perdent leur oxygène, en se réchauffant, l’équilibre délicat de la vie marine se fragilise », avertit ainsi Grethel Aguilar, directrice générale par intérim de l’UICN. « Pour limiter la perte d’oxygène dans les océans, parallèlement aux autres effets dramatiques des changements climatiques, les dirigeants mondiaux doivent s’engager à réduire immédiatement et de manière substantielle leurs émissions », exhorte-t-elle, alors que se tient actuellement la COP25 sur le climat à Madrid (Espagne).

Environ 700 sites touchés

Au total, environ 700 sites à travers le globe, souvent sur des côtes et dans des mers semi-fermées, souffrent de faible teneur en oxygène, contre 45 dans les années 1960. « Au cours de la même période, le volume des eaux anoxiques dans les océans mondiaux, c’est-à-dire des zones complètement vides d’oxygène, a quadruplé », précise le rapport.

Cette diminution de la teneur en oxygène des océans « a déjà commencé à modifier l’équilibre de la vie marine, favorisant les espèces tolérantes à l’hypoxie (les microbes, les méduses et certains calmars) au détriment d’espèces sensibles à l’hypoxie (comme de nombreuses espèces marines, dont la plupart des poissons) », constate l’UICN.

Une menace pour les thons, les marlins et les requins

Certaines zones océaniques très riches en poissons consommés par l’homme doivent leur existence à des courants océaniques riches en nutriments mais sont pour autant pauvres en oxygène, ce qui les rend « particulièrement vulnérables aux changements, même minimes », selon les auteurs. Certaines espèces cruciales pour la pêche, comme les thons, les marlins et les requins, sont aussi « particulièrement sensibles à une faible teneur en oxygène en raison de leur grande taille et de leurs besoins énergétiques élevés ».

D’autres espèces, comme celles vivant au fond des eaux, les varechs, les macroalgues, les coraux, les herbiers marins, les mangroves, les poissons, le plancton dg les mammifères marins sont aussi concernées, énumère l’UICN, même s’il est parfois difficile de mesurer les impacts.