Réchauffement climatique : Près de 745 milliards de dollars ont été dédiés à l’énergie charbon, en trois ans

EFFET DE SERRE Les banques japonaises et européennes représentent près de deux tiers des prêts accordés à des entreprises spécialisées dans cette énergie fossile, sur l’ensemble des institutions financières

20 Minutes avec agences

— 

Une centrale à charbon, en Allemagne (photo d'illustration)
Une centrale à charbon, en Allemagne (photo d'illustration) — PATRIK STOLLARZ AFP

Les groupes financiers à travers le monde ont apporté 745 milliards de dollars de financement, ces trois dernières années, à plus de 250 entreprises développant des projets d’usines à charbon. Des ONG ont révélé ce jeudi ces informations et elles dénoncent un double discours en matière de changement climatique.

Ce montant est le résultat du travail des associations environnementales Urgewald et BankTrack qui ont comptabilisé, avec l’aide d’un réseau mondial d’ONG, les différents types de financements (prêts, émissions d’actions et obligations) accordés par les acteurs financiers entre janvier 2017 et septembre 2019 à ces entreprises.

BNP Paribas pointée du doigt

Au total, il existe plus de 1.000 projets de centrales ou unités de production de charbon qui, s’ils se concrétisaient, ajouteraient 570 gigawatts au parc mondial de centrales à charbon, l’augmentant de 28 %, déplorent ces ONG environnementales. Ces dernières constatent que, depuis début 2017, 307 banques commerciales ont prêté directement 159 milliards de dollars à ces entreprises promotrices du charbon, une énergie parmi les plus polluantes.

Les trois principaux prêteurs sont les banques japonaises Mizuho, Mitsubishi UFJ Financial group et Sumitomo Mitsui banking corporation, devant la banque américaine Citigroup et la première banque française BNP Paribas. Les ONG relèvent que les banques japonaises représentent environ un tiers des prêts accordés à ces 258 entreprises et les banques européennes 26 %.

« Les grandes banques européennes comme BNP Paribas et Barclays excluent le financement direct de projets pour les nouvelles centrales au charbon, (elles) continuent d’accorder des prêts aux entreprises qui (les) font avancer », dénonce Greig Aitken, responsable de la campagne climat pour BankTrack.

Les ONG dénoncent un double discours

« BNP Paribas continue de jouer contre la tenue des objectifs de l’accord de Paris » visant à limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré, estime pour sa part Lucie Pinson, responsable de la campagne finance privée. La banque, qui a annoncé récemment son désengagement du secteur du charbon d’ici 2030 dans l’Union Européenne et 2040 dans le reste du monde, demeure « le 22e plus gros financeur au monde de ces entreprises sur cette période » avec 8,8 milliards de dollars au total, émissions de titres inclus, dénonce-t-elle. Mais la banque conteste ces chiffres, affirmant avoir « cessé de financer tout nouveau projet de centrale au charbon depuis 2017 ».

Un double discours, affirment les ONG, qui taclent aussi le groupe espagnol Santander, sponsor de la COP 25 organisée à Madrid. Le mastodonte ibérique, qui s’est engagé à ne plus financer directement le charbon, a accordé 655 millions de dollars en 2018 et 2019 à trois entreprises (PGE, Tauron et Energa) pour installer 5,7 gigawatts de production charbon supplémentaire en Pologne, affirme Carlota Ruiz-Bautista, une avocate spécialiste de l’environnement, citée dans le communiqué.