Les maisons sur l'eau sont-elles l'habitat de demain ?

FUTUR A l'occasion des Assises de l'économie de la mer, « 20 Minutes » a interrogé des entreprises qui se sont lancées dans l'expérimentation de logements flottants

Nicolas Bonzom
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Des lofts sur l'eau, dans le port de Gruissan, dans l'Aude
Des lofts sur l'eau, dans le port de Gruissan, dans l'Aude — Jean-Michel Deguine / Alliance Plaisance
  • En France, plusieurs entreprises proposent déjà des concepts d’habitat sur la mer.
  • A Gruissan, des petites maisons flottantes sont testées dès le mois de février.
  • La prochaine étape, c’est l’appartement autonome, loin du ponton.

Et si, demain, on habitait la mer ? Pas en première ligne à la Grande-Motte, non. Mais bel et bien sur l’eau. L’idée n’est pas si farfelue que ça, et plusieurs entreprises se sont même lancées en France dans ce doux rêve, devenu une réalité dans les pays du Nord.

A Gruissan, dans l’Aude, il sera même possible, dès le mois de février, de passer la nuit dans de petits appartements flottants, amarrés au port de plaisance par des cordages, comme le sont les bateaux. En 2021, une trentaine de ces lofts sur l’eau seront installés dans la station balnéaire d’Occitanie. « Avec tout le confort d’une maison », note Richard Perdu, directeur du développement d'Alliance Plaisance, qui exploite ces logements atypiques, disponibles pour un week-end ou les vacances. « Vous êtes approvisionnés en eau et en électricité, et les eaux usées sont évacuées vers le tout-à-l’égout. »

Des habitats sur la mer, sur le port de Gruissan, dans l'Aude
Des habitats sur la mer, sur le port de Gruissan, dans l'Aude - Jean-Michel Deguine / Alliance Plaisance

« Un certain bien-être, en dehors du temps »

Mais ces maisonnettes, dépendantes du port, pourraient n’être qu’une première étape dans la conquête maritime de l’habitat. Jacques Pierrejean, l’architecte qui a imaginé certains de ces logements, dirigeant associé de l’entreprise Carré de vie, espère aller un peu plus loin encore. « Notre objectif, c’est un habitat éloigné du ponton, un habitat que l’on rejoindrait en barque », indique le designer. Une maison autonome, qui, par exemple, serait alimentée en électricité par des panneaux photovoltaïques, et qui traiterait l’eau de mer pour l’adapter à un usage domestique. « Il faut pour cela plutôt s’implanter sur des lagons par exemple, des lieux à l’abri, reprend Jacques Pierrejean. Ce type d’habitat, c’est la garantie d’un certain bien-être, en dehors du temps. »

Encore faut-il que l’on soit prêt à voir pousser des maisons sur l’eau. « C’est une question de mentalité, confie Anthony Jeanne, directeur général d'Aquashell, dont l’une des réalisations est également en test à Gruissan. Il faut d’abord passer par de petits appartements de loisirs, pour que les gens testent, qu’ils se fassent un avis, que cela suscite des envies. L’habitat sur l’eau, je ne dis pas que ce sera demain matin, mais nous y viendrons, forcément, car nous y seront contraints, notamment par les défis que nous lancent les changements climatiques. Une maison flottante est capable, par exemple, de résister aux inondations. » Il faudra aussi, relève l’entrepreneur, résoudre certains problèmes économiques. « Avec une maison flottante, on dissocie forcément la maison du foncier, chose qui n’est pas possible avec une maison en béton, sur terre. Une maison sur terre, vous ne pouvez pas la transporter. Une maison flottante, si. »

Pour Jacques-Antoine Cesbron, président d'Anthénéa, qui conçoit des suites hôtelières haut de gamme flottantes, il ne fait aucun doute que l’habitat en mer sera l’habitat de demain. « Nous ne sommes qu’au début du chemin, confie le chef d’entreprise. C’est un habitat déplaçable, et sobre énergétiquement. Cela pourrait permettre à des communes de créer des zones d’extension, qui éviterait de densifier encore un peu plus ce qu’il se passe à terre. » Alors, prêt à habiter sur l’eau ?