Montpellier : Pourquoi, sans l’action de démoustication, la vie sur les plaines du Languedoc serait un enfer

MOUSTIQUES Soixante ans plus tard, la lutte anti-moustiques demeure essentielle, des Pyrénées-Orientales jusqu’au Var

Jérôme Diesnis

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Un avion de l'EID lors d'une campagne d'épandage.
Un avion de l'EID lors d'une campagne d'épandage. — Nicolas Bonzom / Agence Maxele Presse

Créé en 1959 en même temps que la mission Racine, l’Entente Interdépartementale de Démoustication (EID) est toujours très active.

La structure traque la quinzaine de variétés de moustiques capables de piquer l’homme, y compris le moustique tigre.

De la frontière espagnole au Var, la zone surveillée et traitée est l’une de plus productrice de moustiques au monde.

La légende urbaine est tenace. Selon elle, les campagnes de démoustication auraient été arrêtées pendant plusieurs années. « C’est faux et il ne vaut mieux pas, sinon les nuisances seraient similaires à celles de 1959 », explique-t-on à l’EID (Entente interdépartementale de démoustication) Méditerranée. Autrement dit, les humains vivraient un véritable enfer sur les plaines du Languedoc. Sans l’action de l’EID, personne ou presque ne pourrait y vivre.

L’Entente, qui fête cette année ses 60 ans, a été créée dans ce but : permettre la réussite de la mission Racine, voulue par le général de Gaulle afin de capter les touristes dans le sud de la France. Des Pyrénées-Orientales au Var, son action s’étend sur six départements, 220 communes et 66.000 ha de zones humides. Un lieu d’épanouissement pour les moustiques, alors qu’une seule femelle peut pondre entre 800 et 1000 œufs. Elle y parvient à une double condition : avoir été fécondée par un mâle… et nourrir sa descendance de sang.

La difficulté à s’adapter aux nouvelles normes sanitaires

Sur la cinquantaine d’espèces qui prolifèrent autour du bassin méditerranéen, « une quinzaine peut piquer l’homme », souligne Charles Jeannin, entomologiste à l’EID. « La zone que nous traitons est l’une des plus productrices de moustiques au monde, détaille Bruno Toure, directeur général. Notre activité opérationnelle est indispensable. Nous sommes le plus gros opérateur européen de démoustication. »

Ses cibles se sont agrandies, à l’inverse de ses moyens pour mener à bien une mission « qui n’est pas d’éradiquer les moustiques mais de réguler leur présence », précise Bruno Tourre. Pour y parvenir, les armes ont diminué au fil des ans avec les normes environnementales de plus en plus contraignantes. L’utilisation de nombreux produits phytosanitaires, parmi les plus efficaces, n’est plus autorisée. A leur place, le BTI, un larvicide naturel, doit être ingéré par les larves à un moment précis de leur stade de développement.

Un nouvel arrivant, le moustique tigre

Pour lutter contre Aedes caspius et Aedes detritus, qui prolifèrent dans les marais avant de partir en ville chercher leur nourriture (l’homme) en ville, l’EID pratique des campagnes d’épandage ciblées, lors de l’éclosion des larves : le délai – quelques jours – et la surface l’obligent à agir vite. En ville, d’autres espèces prolifèrent, notamment le moustique tigre. Sa faculté à servir de vecteur à plusieurs maladies tropicales en fait un problème de santé publique. En 1959, bien avant la mondialisation et son arrivée dans des pneus en Italie, cette cible n’était pas du tout dans ses attributions…