Bouches-du-Rhône : Bientôt 225.000 camions supplémentaires sur les routes de la région ?

TRANSPORTS Plusieurs élus des Bouches-du-Rhône et syndicalistes alertent sur l’avenir de la gare de triage de Miramas qui, faute d’investissements, pourrait mettre sur la route des milliers de poids lourds

Caroline Delabroy
— 
54% des wagons expédiés de Miramas contiendraient des matières dangereuses. (Photo d'illustration)
54% des wagons expédiés de Miramas contiendraient des matières dangereuses. (Photo d'illustration) — MAISONNEUVE/SIPA
  • Des élus des Bouches-du-Rhône demandent à l’Etat et la métropole la tenue d’une table ronde sur l’avenir de la gare de triage de Miramas.
  • Jusqu’à 225.000 poids lourds supplémentaires par an pourraient circuler sur les routes de la région Paca, d’après une étude de la Dreal citée par le collectif des cheminots communistes.
  • Outre la casse sociale, les élus dénoncent un « désastre environnemental ».

Tous ensemble pour « tirer un véritable signal d’alarme », tout à la fois écologique et social. « Si rien n’est fait, on va à la catastrophe », dénonce ainsi Marcel Almero, responsable du collectif des cheminots communistes des Bouches du Rhône, qui sonnait vendredi le rappel des troupes, entouré d’élus locaux et d’agents SNCF. En cause ? La situation de la gare de triage de Miramas, par laquelle transitent chaque jour entre 500 à 600 wagons de marchandises. Elle n’en est pas à sa première bataille pour sa survie, mais l’heure est grave affirme le collectif, en s’appuyant sur une étude de la Dreal : « Sans investissement, le triage ne pourra pas être maintenu en l’état au-delà de 2021 », rapporte ainsi Marcel Almero.

Outre la casse sociale dans une ville où cette activité fait vivre près de 500 personnes, dont 140 emplois directs, il dénonce « un désastre environnemental ». « La mise à plat du triage de Miramas pourrait générer chaque année jusqu’à 225.000 poids lourds supplémentaires sur les routes de la région Paca, et au-delà », poursuit-il. Soit 200.000 tonnes de CO2 supplémentaires dans l’air et 900 camions par jour en plus, potentiellement chargés de matières dangereuses : 54 % des wagons expédiés depuis Miramas en contiennent. « C’est un non-sens, dénonce Jean-Marc Coppola, conseiller municipal (PCF) de Marseille. On demande de la cohérence, on ne peut pas tenir des discours sur le réchauffement climatique et laisser faire un crime en fermant une gare de triage comme celle de Miramas. »

Des infrastructures « à bout de souffle »

La question de l’avenir de la gare a récemment été portée dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale par la voix de Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône. Ce vendredi, dans les locaux de la CGT Cheminots, il répète son inquiétude : « On voit bien que la pollution, c’est le long des axes routiers qu’elle se situe. Seuls 12 % des marchandises qui arrivent sur le port industriel de Marseille-Fos sont ensuite transportées sur le rail, c’est très insuffisant. On a besoin d’une puissance publique qui soit au rendez-vous. »

Selon le maire PS de Miramas, Frédéric Vigouroux, il faudrait « entre 16 et 20 millions d’investissements » pour moderniser la gare de triage. « Les infrastructures sont comme des usines, quand vous ne les entretenez pas elles meurent, plaide-t-il. On sent bien que le ferroviaire n’est pas toujours aidé à sa juste mesure. » S’agissant du fret, il ne reste en France que cinq gares de triage automatisé, dont « deux sont à bout de souffle, Miramas et Grand Synthe », rapporte de son côté Thierry Nardy, président de la commission économique du CSE (Comité social et économique) de FRET SNCF. Pour lui, l’avenir du fret passe notamment par une fiscalité plus avantageuse (la route reste encore moins chère, d’un strict point de vue économique) et par des « investissements à la hauteur des enjeux environnementaux ». « Nous sommes sur des enjeux de développement durable et aussi de sécurité du transport », assure-t-il.

Les élus n’entendent pas en rester à ce cri d’alarme. Ils ont demandé une table ronde au préfet de région ainsi qu’à la métropole Aix-Marseille-Provence afin « d’examiner les conditions nécessaires pour relancer le fret ferroviaire » dans le département. Pour Jean-Marc Coppola, la cause n’est pas perdue. « Regardez le train des primeurs entre Perpignan et Rungis, qui avait été supprimé et devrait reprendre du service ce 1er décembre, lance-t-il. La mobilisation a permis de maintenir ce train. Cela vaut le coup de résister ! »