« Ils ne savent pas prévoir l’aléa »... Comment réagissent les animaux sauvages pendant les intempéries ?

NATURE Les événements climatiques violents engendrent une mortalité accrue de la faune

Mathilde Frénois

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Un bouquetin dans les Alpes, extrait du documentaire La France sauvage
Un bouquetin dans les Alpes, extrait du documentaire La France sauvage — Gedeon Programmes

Il a été retrouvé sur le sable d’Antibes. Un chamois, décédé pendant les intempéries de la semaine dernière, qui ont fait six morts dans le Sud-Est, a été découvert sur la plage. Le capriné a sûrement été blessé lors d’une chute puis charrié par les eaux jusqu’au bord de mer. Mais comment réagissent les animaux sauvages face aux événements climatiques violents que connaissent les Alpes-Maritimes en automne ?

« Les intempéries violentes créent forcément de la mortalité, explique Nathalie Sieffert, cheffe du service connaissance et gestion du patrimoine au  parc du Mercantour. Les animaux ne savent pas prévoir l’aléa. Ils essaient de se protéger jusqu’à un certain point, puis ils subissent. » Les bouquetins se serrent, se mettent à l’abri d’une paroi et attendent. Les passereaux bougent pour tenter de trouver un point de chute sécurisé. En cas de neige les tétras-lyres se réfugient dans un igloo et patientent.

« Au moment de l’élevage des jeunes, pour n’importe quelle espèce, si on a des printemps très pluvieux, c’est un peu plus compliqué. Les jeunes sont plus fragiles, ils vont avoir froid et donc la mortalité sera plus élevée, poursuit la spécialiste. C’est aussi lors des printemps humides que les maladies et les parasites se développent. »

La faune immobile en danger

Si ces animaux sont déstabilisés et non habitués à une telle violence venue du ciel, ils bougent et peuvent tenter de se protéger ou fuir. Les fortes intempéries sont en revanche fatales à la faune immobile : « Quand ces événements climatiques durent, cela impacte les animaux qui hivernent, les reptiles, les batraciens, pointe Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et journaliste animalier. Ils se retrouvent prisonniers par l’eau, n’ont pas la possibilité de s’échapper et se noient. C’est le cas du hérisson par exemple. »

Mais ces deux spécialistes s’accordent pour dire que peu de données sont à la disposition des scientifiques, rares sont les personnes présentes en montagne ou dans la nature lors de ces épisodes météorologiques.

« L’ouverture des milieux »

Les pluies ne sont pas les seules à mettre en danger les animaux : les vents violents, les fortes chutes de neige, les grandes sécheresses ou encore les incendies accroissent également la mortalité. Et peuvent avoir un effet inattendu : celui de régénérer la nature. « Les intempéries ont un mérite : celui de favoriser l’ouverture des milieux, analyse Allain Bougrain-Dubourg, présent à Nice pour un colloque sur l’avenir des animaux. Ça nettoie, ça réorganise la nature, ça permet aux animaux de recoloniser leur milieu. Dans toutes les zones colonisées par l’eau, une vie considérable se développe et de véritables nurseries se créent. La faune s’adapte. »

Mais c’est hélas sans compter la bétonisation des secteurs marécageux et l’artificialisation des sols. « C’est un danger, estime-t-il. L’eau ne peut plus être digérée par la terre et les animaux n’arrivent plus à conjuguer avec la nature. Y compris l’homme. » Qui reste un animal.