LGV Paris-Bordeaux : « On ne compensera jamais à 100 % », comment maintenir la biodiversité sur les territoires traversés par la LGV ?

ENVIRONNEMENT Le concessionnaire de la LGV Sud-Ouest fait le bilan environnemental deux ans après la mise en service de sa ligne à grande vitesse

Clément Carpentier

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Il a fallu construire près de 345 kilomètres de voies sur la ligne Paris-Bordeaux.
Il a fallu construire près de 345 kilomètres de voies sur la ligne Paris-Bordeaux. — PHILIPPE HUGUEN / AFP
  • Lisea organise ce lundi les rencontres de l’Observatoire environnemental de la LGV SEA (Sud Europe Atlantique).
  • Associations, experts, élus, scientifiques font un premier bilan notamment des mesures compensatoires deux ans après le lancement de la ligne LGV Paris-Bordeaux.
  • Les résultats « plutôt bons » selon le concessionnaire même s’il y a des difficultés avec certaines espèces protégées comme le vison d’Europe.

Et si Lisea, concessionnaire de la ligne LGV Bordeaux-Paris, sauvait les derniers visons d’Europe ? En lisant ça, certaines associations environnementales pourraient s’étrangler. Pourtant, c’est bien l’objectif du programme de protection  Life Vison porté par la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) et soutenu par l’entreprise française. Comme d’autres, cette action fait partie d’un vaste plan « de préservation de la biodiversité et de compensations environnementales sur les territoires traversés » selon le communiqué envoyé à l’occasion des rencontres de l’Observatoire environnemental de la LGV SEA (Sud Europe Atlantique).

Associations de protection de la nature, experts naturalistes, scientifiques, élus ou encore représentants des services de l’Etat sont réunis à Bordeaux pour faire un premier bilan environnemental deux ans après la mise en service de cette ligne. En effet, traverser 340 kilomètres de territoire n’est pas sans conséquence pour la nature. Selon France Nature Environnement (FNE), 223 espèces et 14 sites du réseau de sites naturels Natura 2000 ont par exemple été touchés par les travaux.

Un travail sur le long terme

Alors Lisea s’est engagé en échange à mettre en œuvre des mesures compensatoires de protection de 3.700 hectares de terres naturelles et forestières : « On a 300 sites sur le parcours aujourd’hui et 99 % des terres compensatoires ont été trouvées », assure Thierry Charlemagne.

Si certaines associations dénoncent comme la FNE « un retard important » depuis plusieurs années (une plainte a été déposée à ce sujet en 2018), le directeur environnement et développement durable du concessionnaire rappelle que « ça ne sert à rien d’aller vite, il faudra du temps avec des mesures sur plus de 40 ans ».

Si Philippe Barbedienne, directeur de la Sepanso Aquitaine, reconnaît que Lisea fait « ce qu’il peut, ça reste insuffisant car le mal est fait. On ne compensera jamais à 100 % une telle fragmentation du territoire. » « On se donne juste bonne conscience, on atténue simplement le phénomène », ajoute-t-il encore sans oublier que des projets LGV sont en cours vers l’Espagne et Toulouse.

Des mesures d’urgence pour le vison

Même s’il faudra juger sur le long terme, les actions mises en place sur le terrain sont plus ou mois réussies, notamment auprès des espèces protégées. « On travaille par exemple sur plus de 1.000 hectares dans la Vienne pour l’outarde canepetière (un des oiseaux les plus menacés en France). Les résultats plutôt bons sur la loutre d’Europe ou la genette commune. En revanche, c’est beaucoup plus compliqué sur le vison d’Europe… », explique Thierry Charlemagne.

Le vison d'Europe souffre de la destruction de son habitat.
Le vison d'Europe souffre de la destruction de son habitat. - Gilles Martin/ LPO (usage limité)

Pas facile de protéger ce petit mammifère qui a perdu « 90 % de ses effectifs au cours du XXe siècle » selon Lisea. D’ailleurs, après un premier inventaire d’une quarantaine de zones seulement 15 visons ont été identifiés. Avec la LPO, l’entreprise française affirme qu’elle va mettre en place 40 refuges et réaliser 12 franchissements routiers dont quatre verront le jour avant la fin de l’automne. Malgré tout, Thierry Charlemagne ne s’en cache pas, cette biodiversité si importante reste « fragile et demande une grande vigilance. »