Pollution plastique en mer : « Le consommateur a aussi son rôle à jouer », selon les membres de la mission Tara

ENVIRONNEMENT Après une mission de six mois à sillonner les fleuves, la goélette scientifique a rejoint son port d’attache de Lorient ce week-end

Jérôme Gicquel
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Après six mois à sillonner les fleuves européens, la goélette scientifique Tara a retrouvé son port de Lorient samedi.
Après six mois à sillonner les fleuves européens, la goélette scientifique Tara a retrouvé son port de Lorient samedi. — SEBASTIEN SALOM GOMIS / AFP
  • La mission Tara s’est penchée pendant six mois sur la pollution plastique dans les fleuves.
  • Plaie des océans, les microplastiques contaminent aussi les fleuves européens.
  • Les scientifiques de la mission Tara en appellent à une prise de conscience collective pour lutter contre cette pollution.

L’équivalent d’un camion-benne déversé chaque minute dans les océans. Le constat est accablant. De retour samedi à Lorient (Morbihan) d’une expédition de six mois, les scientifiques de la mission Tara ont encore été les témoins de la pollution plastique en mer. Ils se sont cette fois intéressés aux fleuves européens dans lesquels « les microplastiques sont partout », s’alarme Jean-François Ghiglione, directeur scientifique de la mission.



Le long de la Tamise, du Rhin, de la Loire ou de l’Elbe, ce sont au total 2.700 échantillons qui ont été prélevés et vont désormais partir dans des laboratoires pour être analysés. « On a retrouvé du microplastique partout, dans les prélèvements d’eau mais aussi sur les berges et dans les filets du bateau », détaille le scientifique.

80 % de la pollution en mer vient du continent

Charriés par les fleuves, ces déchets vont ensuite se retrouver en mer, d’où l’importance de bien connaître leur origine exacte. Les scientifiques ont longtemps pensé que ces montagnes de plastique provenaient principalement des secteurs de la pêche et du transport maritime. Or la mission Tara nous apprend que 80 % de cette pollution en mer provient du continent.

« C’est l’homme qui est responsable de cette pollution en consommant beaucoup trop de plastique », indique Jean-François Ghiglione, qui en appelle à une prise de conscience collective. « Le consommateur doit être conscient qu’il a le pouvoir de faire évoluer son environnement. Il a aussi son rôle à jouer en menant des actions positives », assure le chercheur.

Inventer « un plastique du futur biodégradable »

Le message ne se veut pas pour autant moralisateur. « On préfère axer notre discours sur les solutions », souligne-t-il. Il en appelle bien sûr à une réduction drastique des emballages, qui constituent 40 % de la production totale de plastique. Mais il invite aussi les scientifiques et les industriels à accélérer les recherches pour inventer « un plastique du futur biodégradable ».

Des bioplastiques sur lesquels de nombreux acteurs planchent actuellement même si leur part de marché reste encore très faible, de l’ordre de 1 % actuellement de la production totale de plastique. « Il y a urgence car la mer ne peut plus continuer à absorber autant de plastique. »