Mission scientifique de la Fondation Tara Océan : « Le plastique est omniprésent » dans les fleuves français

EXPEDITION Parmi ces microplastiques se trouvent des microbilles présentes dans certains cosmétiques et des dentifrices, mais surtout des minuscules fragments de moins de cinq millimètres

20 Minutes avec AFP

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La goélette de la fondation Tara Océan a passé six mois à sillonner les fleuves européens.
La goélette de la fondation Tara Océan a passé six mois à sillonner les fleuves européens. — S.Bollet/TaraOcéans

De véritables « éponges à polluants ». Après six mois à sillonner neuf fleuves, la fondation Tara Océan a dévoilé samedi ses premières conclusions sur les microplastiques, omniprésents dans les cours d’eau européens.

« 100 % des prélèvements d’eau effectués dans les neuf fleuves européens contenaient des microplastiques », indique la fondation Tara Océan : les plastiques provenant de la terre ferme se décomposent rapidement dans les fleuves, avant même d’atteindre le large. Parmi ces microplastiques se trouvent des microbilles présentes dans certains cosmétiques et des dentifrices, mais surtout des minuscules fragments de moins de cinq millimètres. Ces prélèvements seront disséqués pendant 12 à 18 mois en laboratoire, pour tenter de savoir d’où viennent ces plastiques ou encore identifier les bactéries et micro-organismes qui participent à leur fragmentation.

Des microplastiques toxiques

Des scientifiques ont prélevé des échantillons dans la Tamise, l’Elbe, le Rhin, la Seine, l’Ebre, le Rhône, le Tibre, la Garonne et la Loire entre mai et novembre, « au large des neuf estuaires, à leur embouchure, en aval et en amont de la première grande ville à forte population située sur les fleuves », selon un communiqué de presse.

« Ces microplastiques représenteraient plus de 90 % des 5.000 milliards de morceaux de plastiques flottant à la surface de nos océans », estime la fondation Tara Océan, qui a travaillé sur cette mission avec 17 laboratoires de recherche sous l’égide du CNRS.

Les scientifiques ont également observé que ces microplastiques étaient toxiques. « Certaines matières plastiques relarguent leurs additifs (notamment des perturbateurs endocriniens comme les bisphénols A et les phtalates) », rappelle la fondation Tara. Mais encore plus inquiétant, d’autres plastiques « se sont aussi révélés être des "éponges à polluants" » : ces petits bouts accumulent « des polluants présents dans les fleuves (pesticides, hydrocarbures, métaux lourds…) et peuvent avoir des effets toxiques sur les organismes qui les ingèrent, ralentissant leur croissance, leur reproduction, en perturbant leur métabolisme et leur système hormonal », selon l’analyse scientifique.

La solution : une meilleure collecte et un meilleur recyclage des déchets

L’omniprésence de ces microplastiques « rend impossible le nettoyage des fleuves. Les solutions contre cette hémorragie sont définitivement à terre », relève Romain Troublé, de Tara Océan. La fondation plaide pour une meilleure collecte et recyclage des déchets, une réduction des plastiques à usage unique dont les emballages ou encore une réduction du nombre de résines utilisés et la complexité des additifs.

Concernant la France, elle appelle à utiliser le projet de loi pour une économie circulaire pour « rapidement réduire à moyen et long terme les déchets à la source en développant le réemploi et la réparabilité ».