Bretagne: Comment la catastrophe de l’Erika est devenue un thriller haletant

TELEVISION Vingt ans après la dramatique marée noire, le documentaire « Erika » diffusé ce soir est conçu à partir d’innombrables images d’archives

Camille Allain

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Un homme marche sur une plage de Noirmoutier (Vendée) au milieu de la marée noire provoquée par le naufrage de l'Erika en décembre 1999. Lancer le diaporama
Un homme marche sur une plage de Noirmoutier (Vendée) au milieu de la marée noire provoquée par le naufrage de l'Erika en décembre 1999. — E. Pain / AFP
  • Vingt ans après la catastrophe de l’Erika, un documentaire sera diffusé ce lundi sur les antennes régionales de France 3.
  • Survenu pendant l’hiver 1999, le naufrage du pétrolier avait provoqué une importante marée noire, souillant 400 km de côtes.
  • La catastrophe est particulièrement documentée et riche en images, notamment en raison de l’arrivée de l’information en continu et d’Internet.

Deux mots inscrits sur la coque rouge et noire : « Erika. Valletta ». L’arrière du navire qui se lève au-dessus d’une eau bleu nuit. Et la mousse blanche des tourbillons d’un océan qui s’apprête à avaler le pétrolier. La photo date du 13 décembre 1999. La France retient son souffle en voyant la vieille carcasse de l’Erika se briser et sombrer au large des côtes bretonnes. Mais le pays ne peut retenir ses larmes quand dix jours plus tard, l’immonde fioul numéro 2 vient repeindre 400 kilomètres de côtes.

Vingt ans après la catastrophe, les images des oiseaux mazoutés, des plages noircies de pétrole et des milliers de bénévoles courbés à tenter de ramasser l’insaisissable mélasse restent intactes. Ce lundi, les antennes de France 3 Bretagne et Pays de la Loire commémoreront ce douloureux souvenir en diffusant le documentaire « Erika, au nom de la mer » (rediffusé jeudi soir sur l’antenne nationale). Un film de deux fois 52 minutes conçu comme un thriller qui tient en haleine son téléspectateur grâce à une masse d’images d’archives. « On avait une matière incroyable, comme les images du sauvetage de l’équipage ou du bateau qui sombre en direct. C’est très rare d’avoir autant d’archives. On a eu du mal à monter tellement on en avait », témoigne Olivier Brunet, le réalisateur.

Rarement des drames écologiques auront été aussi documentés. Sans minimiser l’ampleur de la catastrophe, on peut cependant s’interroger sur la place occupée par le naufrage dans les médias. « L’Erika arrive au moment où tout est réuni pour en faire une tempête émotionnelle. Il y a le drame humain avec le sauvetage des 26 marins, la catastrophe écologique qui touche plein de gens au moment de Noël, la responsabilité de Total et le thriller politico-judiciaire qui va durer douze ans. C’est un drame qui raconte la mondialisation, l’opacité du transport maritime, le business du pétrole », analyse le Breton Nicolas Legendre, qui a écrit le film avec Benjamin Keltz.

« La masse d’images a énormément participé à la légende »

Si le naufrage a tellement marqué une génération, c’est aussi qu’il a accompagné l’entrée des médias dans l’ère de l’information instantanée et en continu. I-Télé vient d’être créée et vient concurrencer LCI, pendant que la France découvre Internet. « Je pense que la masse d’images a énormément participé à la légende. Quand on repense au naufrage de l’Amoco Cadiz qui s’est produit vingt ans plus tôt, ça n’a rien à voir. Et pourtant, il y avait six fois plus de fioul dans l’Amoco que dans l’Erika », ajoute Olivier Brunet. « J’ai été confrontée à une masse énorme d’archives télé. Sur certains thèmes, on a dû stopper les recherches tellement on avait de matière », embraye Sabine Jaffrenou, productrice exécutive pour Vivement Lundi qui a effectué une bonne partie des recherches documentaires.

Un oiseau plein de mazout marche sur la plage après le naufrage de l'Erika en décembre 1999.
Un oiseau plein de mazout marche sur la plage après le naufrage de l'Erika en décembre 1999. - N. Coret / SIPA

Vingt ans après la tragédie, quelle émotion reste-t-il dans le cœur des Bretons ? Après deux ans à côtoyer les différents acteurs du dossier, Nicolas Legendre l’affirme : « les souvenirs sont intacts ». « L’Erika a été vécu comme une souillure, certains disent même comme un viol. A chaque fois qu’on en parlait autour de nous, les gens avaient des choses à raconter ». La longue procédure judiciaire achevée en 2012 aura également débouché sur une avancée majeure : la reconnaissance du préjudice écologique. « La notion existait déjà mais la décision des juges a créé une jurisprudence. C’est un jalon important dans la préservation de notre écosystème », conclut l’auteur.