Environnement : Du savon de Marseille sans huile de palme ? « C’est un positionnement très sain »

PROPRE Un gros producteur de savon de Marseille va arrêter d'utiliser de l'huile de palme. Sa démarche va-t-elle inspirer ses concurrents ?

Jean Saint-Marc

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Des cubes de savon de Marseille (illustration).
Des cubes de savon de Marseille (illustration). — H. Del Olmo / Savonnerie Marius Fabre
  • La savonnerie Marius-Fabre annonce ce mardi qu’elle ne commercialisera plus un seul savon de Marseille à base d’huile de palme à partir de janvier 2020.
  • D’autres savonneries ont déjà abandonné cette matière première, aux conséquences environnementales terribles.
  • Le secteur ne semble toutefois pas prêt à se passer totalement de l’huile de palme.

Vous pensiez bien faire. Après avoir remplacé l’eau de Javel par un mélange de vinaigre et de bicarbonate de soude, vous voilà armés d’un gros cube de savon de Marseille pour faire la vaisselle. Moins de plastique​. Plus écologique. Immense déception : il est probable que votre nouvelle caution écolo contienne en fait de l’huile de palme. Celle-là même qui détruit la forêt tropicale et tue des orangs-outans en Asie du Sud-Est.

Pour arrêter le massacre, la savonnerie Marius-Fabre annonce ce mardi qu’elle supprime l’huile de palme de tous ses savons. « Ce n’était pas facile, assure Julie Bousquet-Fabre, arrière-petite fille du fondateur, aujourd’hui co-dirigeante de la société. L’huile de palme était idéale pour le savon, elle durcit à l’air libre donc elle durcissait le savon. Mais après huit ans de recherche, on a trouvé une solution avec une huile très spéciale, de tournesol oléique, qui se saponifie très bien et donne un beau produit, stable dans le temps. »

D’autres savonneries font déjà du savon sans huile de palme

Ces nouveaux savons seront commercialisés en janvier 2020, pour les 120 ans de la société Marius-Fabre. L’entreprise, qui utilisait auparavant environ 200 tonnes d’huile de palme par an, se vante donc de devenir « le premier savonnier à fabriquer des savons de Marseille totalement dépourvus d’huile de palme. » Vraiment ?

« C’est une excellente nouvelle, mais je ne suis pas sûr que ça soit une nouveauté », nuance Jean-Baptiste Jaussaud, fondateur du Musama, le Musée du savon de Marseille. Sa société, la Grande savonnerie, « ne fait que des savons à l’huile de coprah ou à l’huile d’olive depuis 2013 », explique-t-il. « Nous avons été les premiers à développer un savon sans huile de palme en 2010 et c’est aujourd’hui le best-seller de la marque », embraye Raphaël Seghin, président de la savonnerie Fer à Cheval. Son entreprise prévoit pour 2020 « une nouvelle formule végétale innovante pour ses savons. » Le Petit Toulonnais a commencé plus tôt encore : depuis 1999, cette entreprise artisanale fait tous ses savons à l’huile d’olive.

« Nettement plus cher »

« Sachant qu’on travaille à la Seyne-sur-Mer et pas en Malaisie, on a toujours fait du savon à l’huile d’olive et pas à l’huile de palme, sourit Simon Schembri, le patron du Petit Toulonnais. Est-ce qu’on était avant-gardistes, ou juste cohérents ? » Il se réjouit, en tout cas, de ce tournant écolo pris par Marius-Fabre : « C’est un positionnement très sain. »

Pas forcément partagé, toutefois, par les poids lourds du secteur. Pascal Marchal, cogérant de la Savonnerie de l’Atlantique, le plus gros producteur français, reste dubitatif : « Le suif [la graisse animale] et la palme restent les meilleures huiles pour faire du savon. On ne peut pas utiliser de graisses animales pour les produits bios, donc on fait encore 30 % de nos savons à base d’huile de palme. Elle bénéficie d’une certification environnementale. »

En 2010, sa société avait déposé un brevet pour un savon sans huile de palme. « Mais personne n’en a voulu. Il faut dire que c’était nettement plus cher », lance Pascal Marchal, aussi président de l’association Savon de Marseille France. En 10 ans, les temps ont changé : « C’est vrai, le développement durable est devenu un excellent argument marketing. »

Selon le WWF, cela reste « une goutte d’eau dans l’océan »

Arnaud Gauffier, co-directeur des programmes au WWF, rappelle que « la cosmétique et la savonnerie ne représentent pas des usages majeurs de l’huile de palme », contrairement à l’agroalimentaire et aux biocarburants. « C’est bien qu’ils arrêtent d’en utiliser, mais c’est une goutte d’eau dans l’océan, ça ne résoudra pas les problèmes de déforestation », poursuit-il.