Huile de palme : Quelles conséquences peut avoir le vote de l'Assemblée sur l'avantage fiscal ?

ENVIRONNEMENT L’Assemblée nationale a voté jeudi un report de l’effacement de l’huile de palme de la liste des agrocarburants à 2026. Une mesure qui pourrait avoir de grandes conséquences

Jean-Loup Delmas

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Une bannière greenpeace sur un site Total
Une bannière greenpeace sur un site Total — Boris HORVAT / AFP
  • L’Assemblée nationale a voté jeudi un report à 2026 de l’effacement de l’huile de palme de la liste des agrocarburants. Une mesure qui a fait amplement polémique, au point qu’un second vote a été annoncé ce vendredi. 
  • L’Assemblée nationale a ainsi fait marche arrière vendredi soir en maintenant l’exclusion de l’huile de palme de la liste des biocarburants, contre l’avis du gouvernement.
  • Mais au-delà de l’indignation, quelles conséquences auraient réellement eu une poursuite de l’exploitation massive de l’huile de palme par la France ?

EDIT : L'Assemblée nationale a rétropédalé ce vendredi soir et retiré finalement l'huile de palme de la liste des biocarburants, qui bénéficient d'un régime fiscal favorable. Lors d’une nouvelle délibération, les députés se sont opposés au gouvernement et ont annulé les effets du vote litigieux de jeudi, sans le moindre débat.

Surprise jeudi soir à l’Assemblée nationale. Les députés ont voté sans débat un report à 2026 de l’effacement de l’huile de palme de la liste des agrocarburants. Il avait été décidé l’an dernier que la célèbre huile serait exclue des biocarburants, qui bénéficient d’un régime fiscal favorable. Une décision qui a fait réagir, jusqu’au sein de LREM. Au point même qu’Edouard Phillippe a annoncé qu’un second vote aurait lieu. Mais au-delà de l’indignation, quelles conséquences auraient réellement une poursuite de l’exploitation massive de l’huile de palme par la France ?

Une hausse des importations

Interrogé sur le sujet, Greenpeace sort les chiffres. Dans un rapport publié le mois dernier, l’association indique que Total traiterait 550.000 tonnes d’huile de palme comme biocarburant par an sur son site de La Mède, reconverti en bioraffinerie destinée à produire des agrocarburants. Un tonnage bien trop important pour venir de France, ce qui poserait le problème d’une importation massive, et donc coûteuse en CO2.

Le traitement de ces 550.000 tonnes d’huile de palme nécessiterait une hausse d’environ 64 % des importations françaises de ce produit depuis l’ouverture du site de La Mède. Total s’est engagé à ne pas importer plus de 300.000 tonnes, mais l’accord n’est pas contraignant, rappelle Greenpeace.

Le biocarburant, principale source de consommation de l’huile de palme

En effet, il serait temps de mettre au second plan la problématique de l’huile de palme dans vos pots de Nutella pour se concentrer sur le vrai cœur du problème : le biocarburant.

Ce dernier représente 75 % de l’utilisation de l’huile de palme en France. « Un non-sens écologique, plaide Julien Bayou, porte-parole national d’Europe-Ecologie Les Verts. Il est temps d’en finir avec le biocarburant non-durable, ce qui est le cas de celui produit par l’huile de palme. Le biocarburant est un désastre pour la planète avec lequel il faut en finir et la prolongation de l’avantage fiscal jusqu’en 2026 va dans le sens inverse. On retarde la nécessaire sortie de ce modèle très polluant. »

La biodiversité elle aussi menacée

Toujours là pour sortir la calculatrice, Greenpeace rappelle à ce sujet que les agrocarburants à base d’huile de palme sont trois fois plus émetteurs de gaz à effet de serre que les carburants traditionnels, du fait de leur production et surtout de leur importation massive. Ce serait d’ailleurs le biocarburant le plus coûteux en gaz à effet de serre. Un impact donc conséquent pour le climat.

Mais pour Julien Bayou, au-delà de l’importation, c’est aussi les pays qu’on exploite qui pose problème en eux-mêmes. Dans les zones concernées, il y a principalement les forêts primaires d’Indonésie et de Malaisie : « Cela va encore plus accélérer la déforestation massive des forêts primaires, des trésors écologiques irremplaçables, sans parler de l’impact sur leurs "habitants", notamment le fameux cas des orangs-outangs. »

Une menace pour la biodiversité d’autant plus forte que ces cas précis se trouvent déjà extrêmement menacés : « C’est tout le problème de ce report : il pourrait avoir des conséquences irréversibles, plaide Julien Bayou. On ne parle pas seulement d’amplifier une problématique, mais possiblement de détruire sans retour certaines fragilités. Les forêts primaires risquent une disparition pure et simple, les orangs-outangs une extinction. On menace encore plus une biodiversité déjà au bord du gouffre. »