Le lézard vivipare est le sujet d'étude des chercheurs toulousains.
Le lézard vivipare est le sujet d'étude des chercheurs toulousains. — E.Bestion

BIODIVERSITE

Le réchauffement climatique a des conséquences graves sur l'alimentation du lézard (qui passe des grillons aux araignées)

Des chercheurs toulousains ont démontré que la hausse des températures a des effets inquiétants sur le régime alimentaire des lézards

  • Pendant un an, une équipe de chercheurs du Laboratoire Evolution et Diversité Biologique de Toulouse a étudié le comportement du lézard, en cas de hausse des températures.
  • Avec 2° de plus, le régime alimentaire du reptile change. Il passe des grillons aux araignées par exemple, grandit plus vite et meurt plus tôt.
  • Sur le long terme, le réchauffement climatique a un impact sur les relations entre les espèces, qui risque de déstabiliser l’écosystème.

On imagine qu’il n’y a pas plus heureux qu’un lézard qui justement lézarde au soleil. Pas si sûr à la lecture d’une étude de chercheurs toulousains qui ont observé durant un an les modifications du régime alimentaire du reptile en cas de réchauffement climatique.

C’est le lézard vivipare, présent en Europe et en Asie, qui a été au centre de cette étude. Les chercheurs ont soumis l’animal à différents climats : le climat actuel et un climat plus chaud de 2°, dans 48 enclos décorés de végétation naturelle, avec contrôle de la température, de l’hygrométrie et du rayonnement solaire. Cette expérimentation a eu lieu à la station d’Ecologie Théorique et Expérimentale du CNRS, située au Moulis, en Ariège.

« Le lézard est un animal important car il est au centre de la chaîne alimentaire et c’est une espèce répandue, présente dans 99 % de la biodiversité, souligne Elvire Bestion, doctorante en charge de cette étude menée par le Laboratoire Evolution et Diversité Biologique de Toulouse. Nous avons constaté que, dans un climat plus chaud, il mange plus, grandit plus vite mais meurt aussi plus tôt ».

Conséquences sur la chaîne alimentaire

Car la hausse des températures change le régime alimentaire du reptile en réduisant ses proies habituelles, constituées d’invertébrés phytophages comme des grillons, pour consommer plus d’invertébrés prédateurs telles que des araignées et des petits coléoptères. « Mais comme cette nourriture est moins nombreuse dans la nature, cela fait baisser l’abondance de ces proies et la survie du lézard », note la chercheuse.

Les scientifiques ont observé le comportement des lézards dans des enclos expérimentaux en Ariège.
Les scientifiques ont observé le comportement des lézards dans des enclos expérimentaux en Ariège. - J. Cote

Le changement climatique a aussi des effets sur la relation des espèces entre elles. Les interactions entre proies et prédateurs sont modifiées et pourraient avoir des conséquences sur le long terme. « Cela change la dynamique du système et met une pression plus forte sur les invertébrés, qui risquent de perdre en abondance, analyse Elvire Bestion. Les chaînes alimentaires risquent d’être affectées et il pourrait y avoir des extinctions de certaines populations ».

Dans les années à venir, les scientifiques craignent ainsi un déclin des lézards dans certaines régions d’Europe du Sud, à cause du réchauffement climatique.