Réduire les limitations de vitesse pour protéger l’environnement ? Une « stratégie gagnante », pour France Nature Environnement

INTERVIEW Les Pays-Bas ont décidé de réduire de 130 à 100 km/h sur autoroute pour réduire la pollution, une bonne idée pour Geneviève Laferre, de France Nature Environnement

Rachel Garrat-Valcarcel

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Un panneau de limitation à 110 km/h sur une autoroute française. (archives)
Un panneau de limitation à 110 km/h sur une autoroute française. (archives) — JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
  • La question des mobilités est clef pour réduire la pollution. Et les Pays-Bas ont décidé de frapper un grand coup en réduisant de 130 à 100 la vitesse sur les autoroutes.
  • Pour Geneviève Laferre, les effets seront réels sur plusieurs plans : la réduction des émissions de gaz à effet de serre mais aussi sur l’attractivité des transports collectifs.
  • En France, certains tronçons sont déjà à cette vitesse pour des raisons environnementales.

Réduire de 30 km/h la vitesse sur les autoroutes ? Compte tenu du drama provoqué par le passage aux 80 km/h sur les routes principales en France, on n’ose imaginer les réactions pour une telle mesure. C’est pourtant bien ce qu’il va se passer aux Pays-Bas. La vitesse maximale autorisée sur les autoroutes sera bientôt de 100 km/h, seulement. Avec comme objectif affiché la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Pour Geneviève Laferre, responsable des questions de transport et de mobilité chez France Nature Environnement, interrogée par 20 Minutes, cette stratégie-là pourrait bien être gagnante, à bien plus d’un titre.

Est-ce utile ?

Oui ! Tout ce qui touche à la vitesse est efficace pour plein de raisons. Le premier facteur est celui des accidents, encore plus probant que les émissions de CO2. C’est surtout pour cela qu’en France il a été proposé de passer de 90 à 80 km/h sur les routes nationales. On sait qu’à chaque fois qu’on baisse la vitesse de 10 km/h on baisse de 5 % le nombre d’accidents.

Au Pays-Bas, il y a l’enjeu des émissions qui est intéressant à regarder. Bien évidemment, le fait de ralentir fait que la vitesse des véhicules est plus régulière, plutôt que d’avoir des pics à 130 et après des ralentissements avant de réaccélérer. Cette réduction de la limitation de vitesse est une manière d’imposer l’écoconduite. En réduisant à 100 km/h il y aura moins d’écart entre votre vitesse moyenne et la limite. Moins d’à-coups c’est moins de consommation de carburants.

Il y a l’enjeu des émissions de particules sur les véhicules diesel. Même si la France a le record des véhicules diesel, il y en a aussi aux Pays-Bas un certain nombre. Il y a un enjeu sur le bruit, qui est aussi un enjeu environnemental. Aussi, les Pays-Bas c’est un pays relativement dense et donc il y a une grande densité de circulation sur les autoroutes car il y a aussi beaucoup de trafic poids lourds. Cela fait beaucoup d’embouteillages et le fait le passer à 100 km/h a un effet régulateur. On sait que, sur la route, si on a une vitesse plus basse mais régulière on écoule plus de trafic.

La question de la réduction des accidents de la route n’est pas en soi un enjeu environnemental ?

Pas directement. Mais c’est une question de qualité de vie.

Cette décision, elle rend l’option du transport collectif plus intéressante ?

Une vitesse plus basse sur l’autoroute rend le report modal plus crédible : ça peut permettre à des gens de se dire que le transport collectif n’est peut-être pas plus mal. Quand on parle des Pays-Bas, on parle toujours de la pratique du vélo en ville, qui est assez exemplaire, on le sait. Mais leur parc de transport public est assez faible. Comme leurs villes sont assez moyennes, assez denses, l’option vélo compense. En revanche, ils ont des trains très performants de ville à ville. Je pense qu’il y a là une stratégie assez gagnante : si on a beaucoup de monde et de bruit sur l’autoroute, ça veut dire qu’il faut faire des murs antibruit, qu’il y a tout un inconfort à cause de ça. Et là, on revalorise le transport public et on désengorge pour l’économie et l’industrie. Les Pays-Bas sont très soucieux de l’état de leur économie et de leur industrie. Ils préfèrent donc faire tourner les camions plus rapidement que des voitures avec une seule personne à l’intérieur.

Comment est-ce que réduire la vitesse fait qu’il y a moins d’embouteillages ?

Ça fluidifie, tout simplement. Quand vous avez une vitesse maximale à 130 km/h, vous êtes parfois à 130 mais souvent obligés de ralentir parce que vous doublez, il y a un dépassement, puis vous réaccélérez… C’est comme ce qui se passe en ville : on a une vitesse moyenne, de feu à feu, régulée à 50 km/h ou 40 km/h. Cette vitesse régulée fait que vous accélérez jamais vraiment parce que vous savez qu’au prochain carrefour vous risquez d’avoir un feu. Donc vous roulez de manière continue.

En France, c’est envisageable une telle mesure ?

A Grenoble et Valence, c’est déjà le cas. La vitesse sur autoroute est réduite à 110 km/h en entrée de ville pour des raisons de réduction de la population. Donc le même argument qu’aux Pays-Bas est utilisé en France, mais sur des tronçons précis.