Suricate-Nat, la plate-forme qui transforme Twitter en détecteur de catastrophes naturelles

TOUS AUX ABRIS Les séismes et inondations entraînent un afflux de tweets postés par les habitants touchés, et une plateforme veut s’en servir pour prévenir les secours

Romarik Le Dourneuf

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A Teil en Ardèche, le séisme a causé de sérieux dégâts
A Teil en Ardèche, le séisme a causé de sérieux dégâts — JEFF PACHOUD
  • L’Ardèche et le Bas-Rhin ont été secoués cette semaine par des séismes.
  • Dans le même temps, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BGRM) a dévoilé Suricate-Nat, une plate-forme internet qui utilise Twitter pour détecter les catastrophes naturelles.
  • L’idée : utiliser les messages postés par les habitants pour être le plus réactif possible.

Un séisme en Ardèche le lundi, deux consécutifs à Strasbourg le mardi et le mercredi… Le hasard a placé ces événements la même semaine que la présentation de sa plateforme par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BGRM). Ce mercredi, il a en effet dévoilé les contours de Suricate-Nat.

Créée en 2018 avec le concours de l’université de technologie de Troyes (UTT) et de la fondation MAIF et ouverte au grand public cette semaine, cette plateforme internet a pour principe de transformer Twitter en véritable détecteur de catastrophes naturelles. S’il n’est pas le plus utilisé en France, avec « seulement » 12 millions d’utilisateurs, le réseau social a été choisi pour son côté ouvert et adapté aux événements soudains. « Le point fort de cet outil, c’est sa réactivité », explique Samuel Auclair, sismologue de l’organisation. Les concepteurs du site ont créé un algorithme permettant de repérer, regrouper et analyser tous les « gazouillis » des personnes qui font face à un séisme ou une inondation. Les internautes agissent alors comme des veilleurs, d’où le nom de la plateforme : la contraction de Suricate, petit animal considéré comme une « vigie du désert », et de CATNAT, désignation française de catastrophe naturelle.

Les données analysées en quantité

Si les appareils de mesure traditionnels enregistrent instantanément les tremblements de terre, les données doivent ensuite être validées par un sismologue avant d’être transmises au préfet et aux pompiers. Cette procédure demande au moins 20 minutes. Or lundi, lors du séisme de magnitude 5.4 sur l’échelle de Richter en vallée du Rhône, il a fallu seulement 2 minutes à Suricate-Nat pour détecter un pic de 64 tweets à ce sujet. L’algorithme se met alors à les trier, selon que l’auteur ait assisté ou non à l’événement.

Ensuite, il les situe, parfois par la géolocalisation du message, mais le plus souvent par les noms de lieux cités. Babiga Birregah, enseignant-chercheur à l’UTT, explique : « Ce n’est pas précisément le contenu d’un tweet ou d’un autre qui compte dans un premier temps, c’est la cohorte de réactions qui est parlante. Un tweet de 240 signes, c’est une feuille A4 de renseignements. » Les données sont agrégées et accouchent d’informations plus précises sur l’événement. Elles permettent, par exemple, de recenser en direct les « nids d’émissions » de tweets, et ainsi de connaître les endroits les plus susceptibles d’avoir été impactés. « En étant capable de déduire la zone ressentie du séisme, on peut anticiper les mesures à prendre », confirme Samuel Auclair.

Une aide, pas un remplacement

Dans le même temps, les auteurs de tweets identifiés comme témoins reçoivent des conseils pour se mettre à l’abri, comme « Évacuez d’abord, vous tweeterez après ». Ensuite, des éventuels ajouts d’informations leur sont réclamés, pour connaître l’étendue des dégâts. Notamment des images, qui permettent de se rendre compte plus concrètement les effets de la catastrophe. Les photos d’inondation, par exemple, sont particulièrement parlantes sur le niveau de montée des eaux. A terme, tous ces retours pourraient apporter une aide précieuse dans l’organisation et les besoins des secours. « Ces informations peuvent être une aide en complément des données scientifiques récoltées, notamment pour constater, par les images, des failles ou dégâts en cours, juge Eléonore Stutzmann, sismologue à l’Institut de physique du globe de Paris. Mais elles ne remplacent pas l’expertise humaine (sismologue, pompiers…). Car le ressenti des témoins est souvent biaisé, un séisme de quelques secondes pouvant paraître durer plusieurs minutes pour qui le vit. »

Si les algorithmes sont intelligents, ils ont donc besoin des hommes. Samuel Auclair ajoute : « La pertinence de l’humain dans le tri des informations est primordiale. D’où notre appel aux bonnes volontés. » Le sismologue encourage les citoyens à se rendre sur le site de Suricate-Nat et à participer au classement des messages. Ils contribueront ainsi à l’apprentissage de l’intelligence artificielle derrière l’algorithme.

Un développement sur le long terme

Le principe de Suricate-Nat pourrait à l’avenir être étendu à d’autres catastrophes naturelles, telles que les tempêtes ou les cyclones. Toutefois, Samuel Auclair précise bien que la phase opérationnelle nécessite encore au moins trois ou quatre ans de développement. Dans le meilleur des cas.