Séisme en Ardèche : Un épisode comme celui de lundi est-il vraiment inédit ?

TREMBLEMENT DE TERRE Pour les sismologues, il s’agit d’un phénomène « inhabituel » dans une région où le risque est « modéré »

Caroline Girardon

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Le tremblement de terre, qui a secoué lundi une partie du Sud de la France, est un épisode exceptionnel selon les chercheurs.
Le tremblement de terre, qui a secoué lundi une partie du Sud de la France, est un épisode exceptionnel selon les chercheurs. — Jeff Pachoud / AFP
  • Lundi, un séisme d’une magnitude 5,4 a fortement secoué le sud du pays, notamment les départements de la Drôme et de l’Ardèche.
  • Selon les sismologues, des épisodes d’une telle intensité se produisent en moyenne tous les dix ans en France.
  • Celui de lundi est qualifié d’exceptionnel dans une région au risque modéré.

Le tremblement de terre d’une magnitude de 5,4, qui a secoué le sud de la France lundi, est-il un phénomène rare ? Selon les professionnels, il s’agit bien d’un épisode tout à fait « inhabituel » voire « anormal ». Mardi, un autre séisme, d’une magnitude de 3,2, a été ressenti en Alsace. « Les séismes en France restent assez fréquents mais ils sont de plus faible magnitude en général », répond Jérôme Van der Woerd, chargé de recherche au CNRS et travaillant pour l’ Institut du Globe Physique de Strasbourg. Et d’ajouter : « Ceci dit, un tremblement de terre comme celui de lundi se produit en moyenne tous les dix ans ».

Le dernier d’une magnitude comparable a été enregistré le 22 février 2003 dans les Vosges. Quand au « record », il remonte à 1909 dans la ville de Lambesc. « Il était d’une magnitude de 6,2 sur l’échelle de Richter et avait dévasté une grande partie du sud de la France », rappelle le chercheur. Ce jour-là, 46 personnes avaient trouvé la mort, 250 avaient été blessées et près de 3.000 constructions détruites.

Un risque modéré dans cette zone-là

« Ce qui est plus rare, en revanche dans le séisme de lundi, est l’endroit où il s’est produit », observe Jérôme Van der Woerd. Car il s’agit d’une zone peu sismique, classée en zone 3, c’est-à-dire en « risque modéré ». « De ce point de vue là, on peut dire qu’il s’agit d’un épisode important et relativement exceptionnel ».

Des scientifiques sont actuellement en train d’installer des stations sismologiques autour et sur la zone pour sonder la faille, mesurer sa profondeur, son mécanisme. « L’origine de cet épisode est encore inconnue. Il y a plusieurs hypothèses avancées mais d’ici quelque temps, les résultats nous permettront certainement d’en savoir davantage », précise le chercheur strasbourgeois.

La plaque africaine en cause ?

La première théorie consiste à dire que l’épicentre se trouve près de la vaste région de la faille des Cévennes, une « structure tectonique connue ». L’autre explication : « le mécanisme au foyer ». « Cette fois, on parle de faille inverse. On sait qu’il y a une compression entre l’ouest de l’Europe et l’Afrique. La plaque africaine remonte de quelques millimètres chaque année. Il est difficile d’établir que le séisme d’hier est dû à la vitesse de ce mouvement mais ce n’est pas exclu », explique Jérôme Van der Woerd.

Doit-on pour autant s’inquiéter ? Certains répliqueront qu’on est loin des séismes de magnitude 7 enregistrés en Asie ou en Algérie en 2003. « Un tremblement de terre de 5,4, ce n’est pas petit. Par chance, il n’y a pas eu de victimes. Quelques petits degrés de plus et on a des dégâts considérables », répond le chercheur pour lequel « ce genre d’épisode doit interroger sur la façon dont on est préparé ».

Le risque de récidive n’est nullement prescrit, assure-t-il. « Avoir connu un épisode d’une telle magnitude ne signifie pas que nous sommes à l’abri pour les vingt prochaines années. En réalité, nous sommes assez démunis par rapport aux prévisions », enchaîne-t-il. Et de conclure : « Cela doit être l’occasion de se repositionner sur la question du risque sismique en France ».