Réchauffement climatique : La mort des glaciers des Pyrénées est programmée… plus tôt que prévu

CA CHAUFFE Réuni fin octobre, l’Observatoire pyrénéen du changement climatique a tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences du réchauffement climatique, en particulier sur les glaciers du massif, promis à la disparition

Béatrice Colin

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La glacier d'Ossoue, a perdu l'équivalent de 900.000 m3 d'eau cette année.
La glacier d'Ossoue, a perdu l'équivalent de 900.000 m3 d'eau cette année. — Asso. Moraine / Pierre René
  • Au cours des vingt dernières années, la moitié des glaciers pyrénéens ont disparu.
  • La hausse des températures l’été et l’allongement des périodes de fortes chaleurs accélèrent la fonte des glaciers.
  • D’ici à 2040, les derniers vestiges de l’ère glaciaire auront disparu du massif.

Il n’a pas résisté aux chaleurs records de cet été. Le glacier du pic d'Arriel, le dernier de Nouvelle-Aquitaine, celui situé le plus à l’ouest de la chaîne des Pyrénées, a définitivement disparu.

C’est un vestige de plus de l’ère glaciaire qui s’évapore à cause du réchauffement climatique. Au point que des élus écologistes ont décidé d’acter sa disparition en apposant une plaque sur le mur du refuge du pic, prenant à témoins nos descendants : « Cette plaque atteste que nous savons ce qu’il se passe et que nous savons ce qu’il faut faire. Vous seuls saurez si nous l’avons fait ».

Moitié moins en vingt ans

Véritables baromètres du réchauffement climatique, les glaciers du massif ont amorcé leur déclin depuis plusieurs décennies. La centaine dénombrée au XIX° siècle occupait une surface d’environ 2.300 hectares. Un siècle plus tard, il n’en reste qu’une vingtaine, dont la surface globale avoisine à peine les 350 hectares.

Et ces dernières années, leur fonte s’est inexorablement accélérée. Certains parfois sont célèbres, comme celui de la brèche de Roland, qui s’est éteint il y a quelques années, suscitant des problèmes d’approvisionnement en eau au refuge des Sarradets.

« La moitié a disparu en vingt ans. Cette année, il y a eu un déficit glaciaire extrême. A la fin de l’été, certains étaient complètement nus. C’est l’une des pires années depuis dix-huit ans », indique Pierre René, glaciologue de l'association Moraine.

Cette dernière suit en particulier les variations du glacier d’Ossoue, dont elle mesure la densité une fois par mois, de mai à octobre.

Ossoue a perdu 3 m d’épaisseur cet été

« Comme il n’est pas à l’ombre, c’est l’un de ceux qui souffrent le plus de la chaleur. En moyenne, il perd 1,7 m d’épaisseur. Cette année, il a perdu 3 m de glace, soit l’équivalent de 900.000 m3 d’eau », relève le spécialiste pour qui, de fait, le réchauffement chamboule aussi le cycle de l’eau.

Annoncée pour 2050, la mort des glaciers pourrait bien se profiler plus tôt que prévue, aux alentours de 2040.

Un constat partagé par l’Observatoire pyrénéen du changement climatique. Réunis à la fin du mois dernier en Espagne, ses membres tentent de trouver des solutions pour remédier aux difficultés engendrées par l’évolution du climat à partir de données scientifiques fiables.

Comme celles concernant la hausse des températures, à l’origine de la fonte des glaciers. Entre 1959 et 2015, la hausse moyenne est de +0,28 °C par décennie. Sur celle que nous vivons, la moyenne devrait passer à +0,4 °C.

« Depuis 2015, nous avons eu plusieurs années très chaudes. En 2018, le Pic du Midi a connu sa période la plus longue de jours consécutifs sans gel et a connu ses années de record de chaleur en 2011 et 2015. Ça donne une idée de la dynamique de réchauffement », explique Jean-Michel Soubeyroux, directeur adjoint scientifique de la climatologie chez Météo France.

La limite pluie/neige remonte

Et cela a un effet immédiat sur les glaciers. « Ils fondent de plus en plus en été, car la période démarre de plus en plus tôt, elle est de plus en plus chaude et de plus en plus longue. En 2019, nous avons eu une canicule en juin, ce qui les impacte car il n’y a plus la couche de neige protectrice qui réverbère. La glace capte du coup davantage la chaleur », explique ce spécialiste.

Ce ne sont pas les chutes de neige qui changeront la donne. Même si elles sont nombreuses au cœur de l’hiver. « Car la limite pluie/neige en altitude a tendance à remonter. Chaque fois que le thermomètre grimpe de 1 °C dans les Pyrénées, l’altitude pour avoir de la neige remonte de 150m », assure Jean-Michel Soubeyroux.

Aux côtés d’autres scientifiques, il planche sur le projet Climpy, dont l’objectif est de comprendre comment et pourquoi le climat évolue dans les Pyrénées. Et faire des simulations pour l’avenir, comme ce scénario « du pire », celui plaquée sur la tendance actuelle. Il prévoit qu’à la fin du siècle, la température dans les Pyrénées aura augmenté en moyenne de 4,5 °C.