Valence : Jumbo l'hippopotame au cœur d'une bataille judiciaire

CIRQUE L’association One Voice a saisi les tribunaux pour faire retirer l’animal du cirque Muller, estimant qu’il était maltraité

Caroline Girardon

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Le sort de Jumbo, l'hippopotame du cirque Muller, est désormais entre les mains de la justice. (Illustration)
Le sort de Jumbo, l'hippopotame du cirque Muller, est désormais entre les mains de la justice. (Illustration) — ISSOUF SANOGO / AFP
  • Franck Muller, le directeur du cirque éponyme comparaîtra le 29 novembre devant le tribunal correctionnel de Valence pour mauvais traitements sur son hippopotame Jumbo.
  • L’association One Voice est à l’origine de la plainte.
  • Le cirque réfute les accusations de maltraitance.

Le sort de Jumbo est désormais entre les mains de la justice. L'hippopotame de 34 ans est depuis plusieurs années au cœur d’un conflit judiciaire opposant l’association de défense animale One Voice et son propriétaire, le cirque Muller.

Le 29 novembre, Franck Muller sera convoqué devant le tribunal correctionnel de Valence (Drôme) pour répondre de mauvais traitements. Lui se dit prêt à se « battre ». « Ce n’est pas parce qu’un animal est en captivité qu’il est maltraité. Notre hippopotame, on l’aime », se défend-il. Des propos qui peinent à convaincre Muriel Arnal, porte-parole de One Voice et à l’origine d'une pétition pour « sauver » l’animal.

Des problèmes cardiaques et d’articulation ?

« Jumbo souffre de problèmes cardiaques et d’articulation, notamment parce qu’il ne passe pas assez temps dans l’eau, avance-t-elle. En général, un hippopotame a besoin de vivre les deux tiers de sa journée, à savoir au moins 16 heures, dans l’eau. Il ne sort que la nuit pour brouter. Mais là, ce n’est pas le cas. De plus, son alimentation n’est pas adaptée ».

Critiqué, Franck Muller atteste pourtant subvenir aux besoins de son animal, lui fournissant quotidiennement « entre 150 et 200 kilos » de nourriture. Il explique avoir fait construire une piscine contenant « 53.000 litres d’eau », permettant à l’animal de faire quelques longueurs et « plonger la tête sous l’eau ». « On peut en douter », répond sceptique Muriel Arnal, prétendant que ses équipes ont suivi « régulièrement » le cirque dans ses différentes tournées à travers la France pour se préoccuper du sort du mammifère.

« Quand il est dehors, Jumbo reste sur un parking. Parfois en plein soleil comme cet été. Il est rarement dans sa piscine et celle-ci est bien trop petite », juge-t-elle, s’inquiétant de voir que « l’eau est rarement changée ». « On le fait mais Jumbo, comme beaucoup d’hippopotames, aime l’eau et le fumier. C’est lui qui salit volontairement sa piscine », répond le directeur du cirque. Muriel Arnal n’en démord : la place de l’animal n’est pas ici, appuie-t-elle, regrettant qu’il ait été « capturé dans la nature et arraché à sa famille, sans jamais avoir connu l’Afrique ».

« Jumbo, il aime le contact humain »

Mais quand on lui expose ces arguments, Franck Muller s’énerve. « C’est absolument faux. Jumbo est né en captivité. Il est arrivé dans le cirque alors qu’il était tout bébé et ne pesait que 30 kilos ». L’homme, âgé de 41 ans, se dit « très en colère ». « Cela me tue d’entendre dire qu’il est maltraité. C’est mon père qui l’a élevé avec amour, comme si c’était son propre enfant ». Chaque jour, le vieil homme se pose sur une chaise, chapeau vissé sur le crâne, et parle longuement à l’animal, raconte-t-il. « Jumbo, il aime le contact humain. Le soir, il observe le même rituel. Il a besoin que ma sœur lui grimpe sur le dos pour lui caresser les oreilles. Il n’y a que comme cela qu’il s’endort ».

Quand il ne part en tournée, le mammifère se repose plusieurs mois dans la réserve du cirque, située à proximité d’Aix-les-Bains, explique Franck Muller. Là où il peut batifoler dans un lac avec sa « copine ». « Il est bien mais au bout de quelques semaines, on lui manque et il s’ennuie. On le sait car il cesse de manger et nous cherche », assure l’homme de cirque. Il n’est alors pas rare d’entendre l’hippopotame vrombir telle une mobylette pour manifester son impatience. « Quand on revient, on voit qu’il est heureux », appuie le propriétaire. Un signe qui ne trompe pas : « Il remue des oreilles et cherche à allonger son cou ». Ou vient quémander une carotte lorsque la famille déjeune, ne manquant pas de renverser au passage la table.

Contrôles des services vétérinaires

Si Muriel Arnal rêve de voir Jumbo gambader dans les réserves africaines, Franck Muller souhaite surtout le garder auprès de lui. « Mon père se tuerait si Jumbo partait. Mme Arnal se trompe de combat en nous faisant un procès en sorcellerie », appuie-t-il. « On ne nie pas le fait qu’il ne vive pas dans son élément naturel. C’est même une évidence. Mais cela ne veut pas dire qu’il souffre », abonde Cyrille Emery, président de l'association de défense des cirques de famille et ancien conseiller juridique du cirque Muller. Et de préciser : « Les services vétérinaires de l’Etat viennent régulièrement opérer des contrôles de façon inopinée. Aucun rapport n’a fait état de maltraitance. »

Le préfet de la Drôme, se basant sur ces rapports, a d’ailleurs refusé de retirer l’animal du cirque. C’est la raison pour laquelle, One Voice a aussi intenté un recours devant le tribunal administratif de Grenoble, qui doit se prononcer le 19 novembre sur la question.