VIDEO. Nous sommes partis sur les traces des ours dans les Pyrénées

REPORTAGE Pour assurer le suivi des ours dans les Pyrénées, des circuits sont mis en place pour collecter des indices de sa présence. Nous avons suivi la piste, hors des sentiers battus, aux côtés de deux agents de l’ONCFS…

Béatrice Colin

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Dans les Hautes-Pyrénées, sur un circuit ours avec deux agents de l'ONCFS, David et Loïc.
Dans les Hautes-Pyrénées, sur un circuit ours avec deux agents de l'ONCFS, David et Loïc. — F. Scheiber / SIPA
  • Aujourd’hui, il y a plus de 40 ours dans les Pyrénées, quand la France n’en dénombrait plus que 5 en 1995.
  • Pour assurer leur suivi, des agents de l’ONCFS se relaient sur le massif avec les membres du Réseau ours brun et ceux du Parc national pour collecter des indices de sa présence.
  • Crottes et poils sont recueillis et analysés, tandis que les détecteurs de photos permettent désormais de localiser rapidement les plantigrades et avertir les éleveurs de sa présence dans le coin.

La montagne, ça… se gagne. Surtout quand vous décidez de partir sur les traces de l’ours. Alors que sa présence est au cœur de vives polémiques depuis plusieurs années, les plantigrades sont suivis de près par les services de l’Etat. Car leur nombre est passé de cinq à six individus il y a vingt-cinq ans, à plus d’une quarantaine aujourd’hui. Ce qui crée des remous sur les contreforts du massif, en particulier lors d’attaques contre les troupeaux dans les estives. Pour vérifier si ces prédations sont imputables à l’ours, les agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage des Hautes-Pyrénées sont envoyés sur le terrain.

Une autre partie de leur travail consiste à collecter des indices de présence, histoire de savoir où ils se trouvent. Rendez-vous est ainsi pris un matin d’octobre avec deux de ces agents dans les Hautes-Pyrénées. David Renou et Loïc de la Péna, tous deux inspecteurs de l’environnement, sont habitués à parcourir les sentiers du massif à la recherche du moindre indice attestant la présence du plantigrade dans les parages.

Sur les terres de Cannellito

Ces contreforts escarpés, « c’est notre bureau » plaisantent-ils. A la belle comme à la mauvaise saison, sous un soleil de plomb ou lorsque la neige rend les routes impraticables, du 1er mai au 10 novembre, ils arpentent l’un des 15 circuits escarpés du département où l’un des cinq plantigrades présents dans le secteur a ses habitudes. Ils maillent ainsi les Hautes-Pyrénées, même si certaines zones ont les faveurs de la population ursine. C’est le cas du côté de Peyragudes par exemple, où l’animal était déjà signalé il y a une cinquantaine d’années.

Ce jour-là, nous sommes du côté de Saint-Lary-Soulan, sur le terrain de jeu de Cannellito. Ce mâle n’est pas n’importe qui. Il est le dernier descendant des ours de souche pyrénéenne par sa mère, Cannelle, abattue par un chasseur en 2004. Orphelin à 10 mois, « il a failli être déclaré mort, jusqu’à ce qu’il réapparaisse il y a un peu plus de deux ans dans la vallée du Rioumajou », relève David. De là à croire qu’on va le croiser lors de nos pérégrinations ? Il y a peu de chances – ou de risques. « Il fuit l’homme et peut nous sentir de loin. Si le chien a l’odorat 40.000 fois plus développé que l’homme, pour l’ours c’est 100.000 fois », nous apprend l’agent de l’ONCFS. Après avoir passé plusieurs dizaines d’heures sur le terrain, aucun des deux agents n’a jamais croisé l’ombre d’un ours.

Ils ont en revanche relevé des dizaines d’indices de sa présence, que ce soit des empreintes, des crottes ou des poils. Comme ce jour-là. Au bout de quelques heures de marche qui nous font regretter d’avoir abandonné les entraînements de sport, on repère sur le rebord d’un arbre, accrochées à un petit morceau de barbelés, des fibres de la toison d’un plantigrade.

Pour les prélever, tels des experts en criminologie, David et Loïc dégainent pince à épiler, gants et enveloppe pour recueillir ces traces. « Chaque prélèvement est ensuite envoyé à l’équipe ours qui se trouve à Villeneuve-de-Rivière, en Haute-Garonne. Deux fois par an, des analyses ADN de poils et de crottes sont réalisées pour connaître la population », poursuit David. Après avoir enlevé les poils, « caractéristiques par leurs extrémités plus claires » selon Loïc, ce dernier brûle les petites touffes restantes pour être sûr que les prochains prélèvements ne pourront pas être confondus avec ceux-ci.

Avant de repartir, sur ces arbres « appâts », où les ours aiment à se frotter pour marquer leur territoire, les agents remettent du « smola », une essence de hêtre venue de Norvège et dont l’odeur leur plaît. On y trouve parfois des traces de griffures en hauteur, laissées par ces animaux qui peuvent mesurer jusqu’à 2 mètres de haut et peser 250 kg.

Photos en live sur les portables

Quelques mètres en contrebas, sur un sentier souvent utilisé par l’ours, deux appareils photo sont camouflés sur des arbres. Ils se déclenchent lors du moindre mouvement. Si l’un enregistre seulement, l’autre envoie depuis début octobre en direct les images sur plusieurs téléphones portables. « Il y a quatre destinataires, moi et trois éleveurs. Cela leur permet en temps réel de savoir si un ours se trouve dans le secteur et d’être plus réactifs par rapport à leurs brebis présentes dans les estives », assure David dont le téléphone venait de recevoir nos mines ébahies prises devant l’appareil.

Ce service en live de photos est l’un des dispositifs déployés par les autorités pour permettre une meilleure information des bergers, et ainsi tenter d’apaiser les tensions. En s’abonnant au site info-ours, on peut être destinataire par SMS d’événements importants et de la localisation des ours, possible aussi grâce au collier-émetteur porté par certains d’entre eux. Au 20 octobre, il y a eu 1.346 informations diverses recensées, reçues par 526 abonnés.

Un flot d’infos qui devrait être amené à se réduire au cours des prochaines semaines. Cannellito, Claverina et leurs congénères ne vont en effet pas tarder à regagner leurs tanières. « Et ne rien trouver, c’est aussi une donnée en soi, s’il n’y a pas d’indices, c’est qu’il n’y a pas de présence récente d’ours », conclut David, encore frais comme un gardon après plus de cinq heures de marche.