Pertes immenses, concurrence accrue… En Europe, la rentabilité des centrales à charbon en chute libre

ENERGIE En Europe, 79 % des centrales à charbon ne sont plus rentables, indique Carbon Tracker dans un rapport publié cette semaine. Sans subvention, cette industrie fort émettrice de CO2 est condamnée, selon le think tank britannique, qui invite à sortir du charbon d’ici à 2030

Fabrice Pouliquen
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Les fumées d'une centrale à charbon à Gelsenkirchen, en Allemagne, le 2 octobre 2019.
Les fumées d'une centrale à charbon à Gelsenkirchen, en Allemagne, le 2 octobre 2019. — INA FASSBENDER / AFP
  • Sur les 242 centrales à charbon que compte l’Europe, quatre sur cinq ne seront pas rentables en 2019, selon le think-tank britannique Carbon Tracker.
  • Pour EDF, les pertes pourraient s’élever à 178 millions d’euros, toujours selon Carbon Tracker. Elles grimperaient à 975 millions d’euros pour l’énergéticien RWE, le plus touché par cette dégringolade. Les services publics aussi devront mettre la main à la poche.
  • Carbon Tracker explique cette perte de compétitivité par la concurrence accrue de l’éolien et du solaire, de moins en moins cher à produire, et par le faible prix actuel du gaz. Et l’ONG ne voit d’embellie à venir pour le charbon, énergie fort émettrice de C02.

En Europe, quatre centrales à charbon sur cinq (79 %) ne sont plus rentables en 2019. C’est à ce chiffre qu’arrive le think-tank londonien Carbon Tracker dans un rapport publié ce jeudi. Intitulée Apocoalypse Now, l’étude a passé en revue les 242 usines européennes, qui englobent 542 unités de production.

178 millions de pertes pour EDF ?

EDF, qui opère deux centrales à charbon, à Cordemais (Loire-Atlantique) et au Havre (Seine-Maritime), pourrait perdre à lui seul 178 millions d’euros, détaille Carbon Tracker. Ces pertes s’élèveraient à 62 millions d’euros pour Véolia, propriétaire de 9 centrales en Europe (4 en République Tchèque, 3 en Pologne, une en Roumanie et une en Allemagne). Et à 40 millions d’euros pour Engie, qui possède 4 centrales (3 en Allemagne et une au Portugal).

Voilà pour les énergéticiens français. Le plus gros perdant, toujours selon Carbon Tracker, devrait être l’Allemand RWE. Ses pertes sont estimées à 975 millions d’euros, soit 6 % de sa capitalisation boursière, précise le rapport.

La concurrence de l’éolien, du solaire… et du gaz

Les compagnies privées ne sont pas les seules à perdre de l’argent. Les services publics y seront également pour leur poche, toujours selon Carbon Tracker. L’Allemagne est le pays le plus exposé, avec des pertes cumulées d’1,9 milliard d’euros. Suivent l’Espagne et la République Tchèque avec, respectivement, des pertes estimées de 992 millions d’euros et 899 millions d’euros.

Matt Gray, responsable de l’énergie et des services publics chez Carbon Tracker, explique cette dégringolade par la concurrence des énergies éolienne et solaire, dont les coûts de production baissent, et du gaz, actuellement bon marché.

Pas d’embellies à l’horizon pour le charbon ?

Le rapport de force devrait rester inchangé dans les années à venir, voire s’aggraver encore pour le charbon. Et la compétition accrue des énergies renouvelables n’est pas la seule cause. Carbon Tracker cite surtout l’augmentation attendue du prix du carbone sur le marché européen. C’est-à-dire le prix du quota d’émissions de C02 que les acteurs émetteurs de gaz à effet de serre doivent acheter à ceux les plus vertueux, en guise de compensation. De 25,5 euros la tonne, « ce prix pourrait passer à 40 euros en 2030 », indique Durand D’Souza, de l’ONG britannique.

De quoi fragiliser un peu plus encore le secteur du charbon. Et pour cause, première source d’énergie encore utilisée dans le monde, elle est aussi la plus dommageable pour le climat. Le secteur représente à lui seul 45 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Il n’est pas non plus bon élève sur la « qualité de l’air ». Là encore, sur ce volet, le rapport Apocoalypse Now rappelle qu’il faudra « installer des technologies coûteuses dans la majorité des centrales à charbon afin de respecter les normes de qualité de l’air de l’Union européenne à partir de 2021 », entraînant de facto une augmentation des coûts de production de l’énergie charbonnière.

« Sortir du charbon en Europe d’ici à 2030 »

Pas doute alors, pour Carbon Tracker, les Etats européens doivent sortir du charbon d’ici à 2030. « Sans subvention, cette industrie ne survivra pas », tranche Matt Gray. Ce n’est toutefois pas le chemin pris par les Etats européens actuellement. Certes, la France a annoncé qu’elle sortira du charbon en 2022 et le Royaume-Uni en 2025. Mais pour l’Allemagne, où le charbon est la source de 40 % de l’électricité consommée, ce ne sera pas avant 2038. « D’autres pays encore, dans lesquels le charbon joue un rôle prépondérant, n’ont toujours pas de date de sortie », déplore Carbon Tracker. C’est le cas par exemple de l’Espagne et de la République Tchèque.