Incendie de Lubrizol : La technique de nettoyage utilisée sur la Seine est-elle vraiment efficace ?

FAKE OFF Une vidéo virale montrant le travail de l’équipe de dépollution d’un bassin pollué par l’incendie de l’usine Lubrizol, s’interroge sur l’efficacité de la méthode déployée

Alexis Orsini

— 

Un bassin pollué près de Lubrizol.
Un bassin pollué près de Lubrizol. — Robin Letellier/SIPA
  • Un vidéaste a filmé l’équipe de dépollution d’une zone aquatique touchée par les hydrocarbures de l’incendie de Lubrizol, à Rouen.
  • On y voit l’équipe en charge de ce travail arroser des rochers, puis les reposer dans l’eau. Ce qui suscite la méfiance de nombreux internautes s’interrogeant ouvertement sur l’efficacité de cette technique.
  • 20 Minutes revient sur ces suspicions avec le vidéaste ayant filmé les images et les explications du responsable de l’équipe de dépollution.

Entamé il y a près d'un mois, le travail de dépollution réalisé à proximité de l'usine Lubrizol, à Rouen (Seine-Maritime) se poursuit, afin de nettoyer les hydrocarbures répandus dans la zone depuis l'incendie.

Climat de suspicion oblige - autant sur les annonces du gouvernement que sur les informations diffusées par les autorités locales -, l'intervention des équipes en charge de cette mission est scrutée de près par différents curieux. Et le moindre détail jugé suspect suffit à alimenter les doutes, comme le montre une vidéo filmée ce week-end et rapidement devenue virale, avec près de 10.000 partages.

On y voit une équipe de dépollution soulever des rochers accrochés à la rive pour les arroser avant de les reposer dans l'eau, tandis que le vidéaste qui filme les images commente : « Les hydrocarbures nettoyés partent dans la Seine. On bouge les rochers, on les nettoie et on remet tout à l'eau. Pas de station de pompage pour les hydrocarbures décollés des rochers. Je ne suis pas expert en nettoyage, mais cela paraît quand même bien curieux comme procédé». 

FAKE OFF

Contacté par 20 Minutes, Jules, le vidéaste à l'origine de la séquence, nous indique l'avoir filmée samedi 19 octobre dans la matinée : « Je faisais mon footing dans le coin et j'ai voulu voir en passant où ça en était, donc je suis monté sur le pont Flaubert, qui offre une vue plongeante sur cette zone. » 

« J'ai été surpris de voir des gens travailler dessus un samedi et surtout que tout l'équipement qui était déployé les premiers jours ne soit plus utilisé, qu'on ne voit pas de pompe aspirant l'eau », poursuit-il.

Mickaël Prestavoine, directeur des opérations industrielles du groupe Séché Urgences Interventions (SUI), en charge de cette mission de dépollution, explique toutefois la technique utilisée : « On recourt à un procédé de nettoyage connu sous le nom de flushing, utilisé contre ce type d’hydrocarbure pour les décoller. Il consiste à prendre de l’eau dans des motopompes pour ensuite l’envoyer à moyenne pression sur les enrochements avec une lance flushing, qui émulsionne l'eau. »

« Une fois décollés, les hydrocarbures sont récupérés par le Sea Cleaner, un bateau aspirateur avec pompe intégrée, que l'on aperçoit au loin sur la vidéo. L’avant du bateau est fait pour s'ouvrir et ainsi aspirer », précise le spécialiste.

Un barrage d'isolation dans le bassin

Un système détaillé par le groupe Efinor, à l'origine de cette technologie brevetée, dans une vidéo de présentation, comme sur son site : « Le système de récupération est intégré aux bateaux de dépollution et permet la collecte de tous types de déchets flottants qu’ils soient solides ou liquides incluant les hydrocarbures ».

Le Sea Cleaner est bien visible sur le côté gauche des plans larges de la vidéo (à 00'40 sur la vidéo Facebook, notamment), comme sur une photo panoramique de la zone prise par Jules, que 20 Minutes a pu consulter. « J'ai bien vu un autre bateau qui se déplaçait au fond du bassin, mais très loin de la zone où l'équipe nettoyait les rochers. Il n'avait pas l'air de faire du pompage au même moment, mais je n'ai pas pu voir de près ce qu'il en était », nuance-t-il.

« Tout ce travail est opéré dans une zone délimitée par un barrage installé à environ 15 mètres du bord pour isoler ce bassin, qu'on voit bien sur les images. Tout est fait dans une logique validée de technique de dépollution », conclut Mickaël Prestavoine.