Vaucluse: La plus grande centrale solaire flottante d’Europe a posé l’ancre à Piolenc

ENERGIE VERTE Le producteur d’énergie renouvelable Akuo fournit près de 4500 foyers, grâce à cette nouvelle centrale de 47.000 panneaux solaires construite sur un lac artificiel

Caroline Delabroy

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AKUO a inauguré à Piolenc (Vaucluse) O’MEGA1, la centrale solaire flottante la plus puissante d’Europe.
AKUO a inauguré à Piolenc (Vaucluse) O’MEGA1, la centrale solaire flottante la plus puissante d’Europe. — C. Delabroy / 20 Minutes
  • La plus grande centrale solaire flottante a été inaugurée vendredi à Piolenc, près d’Orange, en présence de la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne.
  • Avec cette centrale, qui fournit 17 mégawatts, Akuo entend démontrer la compétitivité d’une solution flottante, par rapport à une centrale solaire aménagée à terre.
  • Selon ses promoteurs, ce type de centrale permet de résoudre les conflits d’usage et offre un fort potentiel de développement.

Tournés vers le sud, ils flottent sur l’eau en îlots, sur ce lac artificiel aménagé sur une ancienne carrière. Au total, ils sont 47.000 panneaux photovoltaïques flambant neufs. Ils fournissent 17 mégawatts d’électricité verte et font de la centrale solaire de Piolenc, près d’Orange dans le Vaucluse, la plus grande et puissante de France, et plus encore d’Europe. « C’est un tournant décisif pour le développement des énergies renouvelables », s’est félicité vendredi Eric Scotto, président et cofondateur du producteur d’énergie Akuo, lors de l’inauguration du site. « Avec Piolenc, on entend ouvrir le marché du solaire flottant et montrer qu’il n’y a plus d’obstacles sur le financement de ce type de projet », poursuit-il, sachant que l'investissement global du projet avoisine les 17 millions d’euros.

A l’entendre, le potentiel est là. En faisant le décompte, sur le territoire, de tous les lacs artificiels, bassins hydroélectriques et autres étangs non classés Natura 2000, et situés à proximité d’un poste de raccordement pour évacuer l’énergie, il estime possible de produire ainsi 10.000 mégawatts. Soit de fournir en énergie verte 10 millions de foyers. « C’est colossal », tranche Eric Scotto, alors que la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, venue tout spécialement de Paris couper le ruban officiel avec la secrétaire d’Etat Brune Poirson, rappelle que « le photovoltaïque doit multiplier sa puissance par deux d’ici 2023, et par cinq d’ici 10 ans en France. »

Le solaire flottant, ou comment éviter les conflits de voisinage 

Dix ans, c’est le temps qu’il a fallu pour mener à bien ce projet novateur fournissant de l’électricité verte à 4373 foyers. A l’origine, il y a la conviction d’un « professeur Tournesol », raconte le maire de Piolenc, Louis Driey, (divers droite), qui travaille à faire de sa ville un modèle de développement durable. Contre un loyer de quelques centaines d’euros (contre 25.000 euros mensuels aujourd’hui à Akuo), il permet à Bernard Prouvost, le dit «professeur», de faire ses premiers essais de flotteurs sur le lac. « J’avais vécu avec l’éolien des conflits de voisinage, des conflits juridiques, je ne voulais pas revivre cela avec le solaire », dit aujourd’hui le fondateur de Ciel et Terre, PME basée à Lille. « A l’époque, j’avais anticipé que le foncier manquerait rapidement pour faire de grandes centrales solaires en France ou dans les pays à forte densité », poursuit-il. En construisant sur l’eau, il n’y a de fait pas de concurrence avec l’usage agricole des terres.

Les premiers prototypes sont développés dès 2009. Puis, avec l’entrée en jeu d’Akyo, une quatrième génération de flotteurs est mise au point, qui permet à la centrale flottante d’être concurrentielle avec des structures au sol, et de remporter un premier marché public pour Piolenc. « Une centrale comme celle-là, cela se construit en quelques mois, détaille Marc Neyret, chef de production chez Akyo. Les panneaux solaires sont fixés sur un flotteur principal. Cela s’assemble par morceaux sur le bord, puis on les pousse pour créer des îles. » Comme pour un bateau, l’ancrage, symbolisé sur le lac par des bouées jaunes, est la clé du dispositif. Il permet de résister au vent, aux vagues, aux UV solaires et autres fatigues mécaniques. « L’ensemble est conçu pour durer au moins 25 ans », rappelle Bernard Prouvost.

Un nouveau projet en Occitanie

La structure est en outre très modulaire, et adpatable à différents sites. A Piolenc, elle couvre 17 hectares, soit un tiers de la surface du lac. Selon Marc Neyret, « l’impact sur la vie aquatique est extrêmement faible ». « Ce n’est pas un couvercle qu’on pose sur l’étang, plaide-t-il. On abaisse la quantité de lumière qui va entrer dans l’eau et du même coup la température, mais on limite de la sorte les évaporations et la prolifération d’algues, et l’on protège les petits alvins de leurs prédateurs. » Le projet n’a en tout cas pas rencontré de véritable opposition. « Il y a déjà une base nautique, ce lac ne servait à rien », assure le maire Louis Driey, qui savourait vendredi pour sa ville le titre de « première centrale flottante européenne ». Une distinction qu’elle devra bientôt laisser à une commune d’Occitanie, Raissac d’Aude, qui a obtenu en juin dernier le feu vert pour une nouvelle centrale solaire flottante d’Akuo Energy. Avec un mégawatt qui fait toute la différence : elle, en effet, en produira 18.