Strasbourg : Sa nouvelle chaudière rend-t-elle l'usine Blue Paper réellement plus verte ?

POLLUTION Le nouveau dispositif inauguré par la papéterie Blue Paper à Strasbourg, présenté comme plus vert, est vivement critiqué par un collectif 

Nils Wilcke

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L'usine Blue Paper, à Strasbourg, le 15 octobre 2019.
L'usine Blue Paper, à Strasbourg, le 15 octobre 2019. — N.W./20Minutes
  • La papeterie Blue Paper a inauguré ce mardi à Strasbourg une « unité de valorisation de combustibles solides de récupération » (CSR) dans son usine située dans le Port du Rhin.
  • Objectif affiché, réduire le recours aux énergies fossiles, en particulier au gaz, très coûteux pour l'entreprise avec un nouveau type de chaudière qui produit de la chaleur à partir des déchets de l'usine. 
  • Le dispositif émet plus de particules toxiques sans prendre en compte l'impact de cette pollution sur les Strasbourgeois, selon le collectif Strasbourg Respire. 

La papeterie Blue Paper a inauguré ce mardi à Strasbourg une « unité de valorisation de combustibles solides de récupération » (CSR) dans son usine située dans le Port du Rhin. L'objectif affiché : détruire ses déchets grâce à une nouvelle chaudière de type biomasse, capable de produire de la chaleur à partir de déchets. Tout en réduisant le recours aux énergies fossiles, en particulier au gaz, très coûteux pour l'entreprise

Ce nouveau dispositif suffit-il à faire de Blue Paper une usine plus verte? La direction du site met en avant une « diminution drastique » de l'enfouissement des déchets et des camions pour les transporter, ce qui permettrait de baisser les émissions de CO2 de 6 000 tonnes par an. Pour le collectif Strasbourg Respire, qui lutte contre la pollution de l'air, cette chaudière est « un nouvel exemple » de greenwashing. 

« Un scandale sanitaire» 

« Sous prétexte de diminuer les énergies fossiles, Blue Paper installe en réalité un incinérateur qui lui permet surtout de diminuer sa facture de gaz. Sauf que le dispositif émet plus de particules toxiques, explique à 20 Minutes Thomas Bourdrel, fondateur du collectif et médecin radiologue de profession. Tout cela sans prendre en compte l'impact de cette pollution sur les Strasbourgeois. Comment se fait-il que l'usine ait obtenu l'autorisation d'augmenter de 30% ses émissions de NOx [oxydes d'azote] dès 2013 puis de doubler ses émissions de particules fines de 2 à 4 tonnes par an en 2016. C'est un scandale sanitaire », ajoute le médecin, auteur d'un article remarqué sur les nanoparticules diesel l'année dernière. 

« C'est très inquiétant de constater que les autorités avalisent ce type d'installation dans une zone urbaine dense et en plein développement, poursuit-il. D'autant que cet incinérateur va démultiplier les rejets de dioxines et d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des composés qui rentrent facilement dans le corps et réussissent à passer dans le sang pour atteindre assez vite les organes ». En rappellant que le Port du Rhin accueille la clinique Rhéna mais aussi plusieurs projets immobiliers d'envergure en cours, parmi lesquels le futur quartier de l'ancienne COOP. 

Des seuils élevées mais qui ne remettent pas en cause le projet

Au contraire, l'Ademe, l'agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, qui a soutenu ce dernier projet avec le ministère de l'environnement à hauteur de 6 millions d'euros, salue cette réalisation. Pour Marc Cheverry, directeur chargé de l'économie circulaire à l'Ademe, les alertes émises par le collectif Respire Strasbourg ne sont pas fondées. « Des études d'impact ont été menées pour éviter ce type de problème », affirme le fonctionnaire. 

Ces études, menées en 2016 par le groupe Blue Paper lui-même, « aboutissaient à des niveaux de risques inférieurs aux seuils réglementaires », indique à 20 Minutes l'agence régionale de santé (ARS). Chargée de protéger les habitants des risques environnementaux, l'agence se défausse sur la préfecture, expliquant qu'elle « n'est pas habilitée à contrôler les établissements industriels ». 

La préfecture du Bas-Rhin reconnaît que ces valeurs sont « élevées » mais qu'elles « ne remettent pas en cause l’acceptabilité du projet ». Sollicitée par 20 Minutes, la direction de Blue Paper fait observer que l'augmentation de ces seuils ne signifie pas qu'ils seront atteints par l'usine. 

« Nous aurions dû appeler cette usine Green Paper »

Les critiques du collectif ont été balayées par les actionnaires du groupe, la direction de l'usine et les élus présents lors de l'inauguration. « Nous aurions dû appeler cette usine non pas Blue paper mais Green Paper », a déclaré le président de la région Grand Est, Jean Rottner, lors de son intervention, reprenant mot pour mot le discours de Pierre Macharis, à la tête de l’actionnaire VPK Packaging Group, qui a repris le site en 2013. Egalement présent, le président de l'Eurométropole, Robert Herrmann, a indiqué de son côté qu'il ne fallait pas accorder d'importance aux « commentaires » à ce sujet.