Rennes : « Si le tribunal me donne raison, c’est la révolution ». Le maire anti-pesticides de retour en justice

ENVIRONNEMENT Le tribunal administratif de Rennes examinera ce lundi l’arrêté anti-pesticides pris par le maire de Langouët, Daniel Cueff

Camille Allain

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Le maire de Langouët Daniel Cueff est devenu la figure de la lutte contre les pesticides.
Le maire de Langouët Daniel Cueff est devenu la figure de la lutte contre les pesticides. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le maire de Langouët Daniel Cueff sera ce lundi devant le tribunal administratif de Rennes, où son arrêté anti-pesticides sera examiné.
  • Son arrêté a été suspendu par la justice lors de la première audience en référé. Cette fois, le tribunal jugera l’affaire sur le fond.
  • Une centaine de maires ont pris des arrêtés municipaux similaires cet été.

C’est une petite commune de 600 habitants dont personne où presque n’avait entendu parler. Langouët, nichée à quelques kilomètres au nord ouest de Rennes, est pourtant devenue le symbole de la lutte contre les pesticides depuis que son maire a pris un arrêté interdisant l’épandage à moins de 150 mètres des zones d’habitation en mai. Depuis, une centaine de maires ont pris la même décision.

Suspendu par le tribunal administratif de Rennes, le texte sera de retour devant la même juridiction ce lundi, qui examinera le dossier dans ses moindres détails. Le désormais très médiatique maire Daniel Cueff espère que la justice lui donnera raison. « C’est l’audience la plus importante. C’est la première fois qu’un arrêté de création d’une distance d’éloignement des pesticides va être examiné sur le fond. Si le tribunal me donne raison, c’est la révolution », estime Daniel Cueff.

« C’était peut-être culotté mais c’est très sérieux »

Engagé, l’ancien président de la commission agriculture du pays de Rennes souhaite « protéger sa population ». « C’était peut-être culotté mais c’est très sérieux, très bordé juridiquement. Il y a une carence avérée de l’État à agir, nous en ferons la démonstration », promet l’élu. Un maire est-il oui ou non habilité à prendre des mesures de protection de santé publique de sa population ? Si la question paraît simple, elle sera au cœur des débats ce lundi et la décision du tribunal sera scrutée de près par toute la profession agricole et la FNSEA.

Depuis la prise de l’arrêté, le syndicat majoritaire ne cesse de critiquer les initiatives des maires de France, celui de Langouët en tête. « Ce maire a fait du buzz. Ce n’est pas de son ressort », avait déclaré la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert. « Je ne peux pas admettre ce qui se passe à Langouët. Nous sommes face à un maire qui outrepasse ses droits », avait ajouté Cédric Henry, responsable départemental du syndicat dans une tribune.

« J’ai lancé une alerte »

N’empêche, dans la petite commune où la cantine est 100 % bio depuis 2004 et qui a accueilli les premiers logements écolos de Bretagne, les médias du monde entier se bousculent depuis des mois pour rencontrer les irréductibles Gaulois. « L’important, ce n’est pas notre maire, c’est que le débat avance. On est tous concernés », témoignent deux jeunes mamans sur le chemin du parc. « J’ai lancé une alerte. Cette alerte a été reprise par tout un tas de gens qui disaient les choses depuis longtemps. Mon boulot, j’espère qu’il sera repris », embraye Daniel Cueff.

A ceux qui l’accusent de vouloir se faire mousser, le maire répond par la contre-offensive. « On a mis le doigt sur quelque chose de réel, pas sur une invention médiatique. Il n’y aurait pas d’article de presse s’il n’y avait pas un problème réel et majeur. On nous dit que Paris va mourir de faim, que les rats vont revenir, que les sangliers vont attaquer les populations. C’est la rhétorique de la FNSEA qui déraille. On nous demande du temps, mais c’est criminel. On n’a pas le temps de respirer des pesticides de synthèse à gogo », attaque le maire de Langouët.

La petite commune rurale voit 14 agriculteurs travailler sur ses terres, dont cinq ont leur exploitation à Langouët. Si certains, engagés dans l’agriculture biologique, soutiennent leur maire, d’autres ont directement fait appel à leur syndicat pour faire retirer l’arrêté. Le deuxième round de ce combat juridique se jouera ce lundi devant le tribunal administratif.