Bordeaux : Le casse-tête des viticulteurs pour sortir du glyphosate

ENVIRONNEMENT Des viticulteurs girondins réclament un délai alors qu’il leur est demandé de sortir du glyphosate d’ici à fin 2022

20 Minutes avec AFP

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Vignes dans le Bordelais.
Vignes dans le Bordelais. — M.Bosredon/20Minutes
  • Le coordinateur interministériel du plan de sortie du glyphosate visitait une parcelle dans l’Entre-Deux-Mers ce vendredi.
  • Les viticulteurs girondins ont montré leur inquiétude par rapport à l’application du plan Ecophyto.
  • Ils pointent les surcoûts et les difficultés techniques à se passer complètement du glyphosate.

Des viticulteurs girondins ont exprimé, vendredi, leur inquiétude pour sortir du glyphosate en 2022 et ont demandé un délai, lors d’une rencontre dans les vignes avec Pierre-Etienne Bisch, coordinateur interministériel du plan de sortie du glyphosate. Le plan Ecophyto II+ a en effet pour objectif de permettre de sortir du glyphosate, pour tous les usages, d'ici à fin 2022. 

Chargé de coordonner au sein d’une « task force » tous les acteurs publics et privés afin de réduire l’usage des pesticides, Pierre-Etienne Bisch a écouté des représentants de la filière et notamment des viticulteurs de l'Entre-Deux-Mers à Ladaux (Gironde), nouvelle étape de son tour de France des régions qui se termine fin octobre.

Ventes de glyphosate en hausse

A l’issue de cette tournée, « on va voir émerger des choses communes et en particulier jusqu’où et dans quelles conditions la réduction des phytosanitaires est possible ou pas techniquement », a-t-il déclaré, soulignant que ces « impasses » pouvaient également être économiques.

« Il y a les surcoûts de l’emploi de main-d’œuvre, un manque de main-d’œuvre formée, des vignes en pente où on ne peut pas intervenir avec un tracteur… », a précisé le préfet honoraire, venu « stimuler la mise en route » du plan Ecophyto, d’autant plus que les ventes de glyphosate ont augmenté de 19 % entre 2008 et 2017.

« Impasses techniques pour les grandes surfaces »

Sur une parcelle des Vignobles Ducourt, des cépages résistants ont été plantés, réduisant le nombre de traitements phytosanitaires d’environ 80 %. Le travail mécanique y a remplacé depuis cinq ans l’utilisation d’herbicide à base de glyphosate, le plus utilisé, sous le rang de vignes, laissant l’herbe pousser entre les rangs.

Philippe Ducourt et son fils Jérémy, qui exploitent 450 hectares dont 25 ha sans glyphosate, estiment cependant impossible de se passer complètement de cet herbicide en raison « d’impasses techniques pour les grandes surfaces » agricoles. Il doit embaucher un tractoriste supplémentaire et utiliser un autre tracteur tous les 20 ha environ.

« Il manque 4 à 5.000 emplois en tractoristes en Gironde, on est déjà en pénurie. Il faut sept à huit passages en plus, ce qui implique une plus grande consommation de gasoil, un tassement des sols et une perturbation de la biodiversité avec tous ces passages de tracteur, a expliqué Philippe Ducourt. Il y a un mixte à trouver entre le désherbage du sol et le traitement du sol. »

Un surcoût de 500 euros par hectare

Selon la chambre d'agriculture de la Gironde, le passage du désherbage chimique au mécanique sous le rang engendre en moyenne un surcoût de 500 euros par hectare (six à sept heures de travail supplémentaires, achat de matériel, consommation de gasoil) et représente plus de 17 % du coût de revient des vins en vrac.

Des solutions ont été évoquées par les différents acteurs de la filière comme des aides à la formation, un enherbement total sous le rang, la robotisation ou encore s’inspirer des innovations dans la viticulture bio. Les Etats membres de l’Union européenne (UE) ont autorisé le glyphosate en novembre 2017 pour seulement cinq ans.