Lyon : L’installation de ruchers refusée sur le domaine public, un plus pour la biodiversité ?

ABEILLES La ville de Lyon a pris cette décision il y a quelques années. A l’occasion des assises nationales des insectes pollinisateurs, « 20 Minutes » vous explique pourquoi

Elisa Frisullo

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Des apiculteurs travaillent sur les ruchers du jardin du Luxembourg à Paris (image d'illustration).
Des apiculteurs travaillent sur les ruchers du jardin du Luxembourg à Paris (image d'illustration). — PIERRE VERDY / AFP
  • Lyon accueille les assises nationales des insectes pollinisateurs depuis mercredi.
  • L’occasion de se pencher sur la cohabitation entre abeilles sauvages et domestiques à Lyon, où la municipalité limite l’installation de ruchers sur son espace public.

 

Sur les toits des institutions, des entreprises, dans les jardins des particuliers… Depuis 2010, de multiples ruches ont fleuri à Lyon sur des espaces privés, permettant aux citadins de déguster avec fierté leur récolte de miel « made in Lyon » et bien sûr de participer à la lutte contre le déclin des abeilles, insectes pollinisateurs essentiels. Pourtant, depuis 2015, la ville de Lyon a décidé de ne plus autoriser l’installation de nouveaux ruchers sur son domaine public pour préserver la biodiversité. Un paradoxe ? Pas vraiment.

A l’occasion des assises nationales des insectes pollinisateurs, organisées à Lyon depuis ce mercredi, 20 Minutes s’est intéressé à la cohabitation entre abeilles domestiques et abeilles sauvages et aux multiples initiatives développées entre Rhône et Saône pour faire de la ville un refuge de pollinisateurs. Un sujet qui n’est pas nouveau à Lyon, seule ville en Europe à avoir participé entre 2004 et 2015 au programme Life-Urbanbees sur les abeilles sauvages.

Différentes espèces pour plus de biodiversité

« Nous nous sommes servis des résultats et enseignements de ce programme dans la gestion de nos espaces verts », explique Alain Giordano, adjoint lyonnais aux espaces verts et au cadre de vie. C’est à la suite de ce programme destiné, notamment, à préserver les abeilles sauvages en ville que la municipalité a décidé de limiter les ruchers. La cité en compte aujourd’hui moins d’une dizaine sur son espace public. « Le partage des ressources est nécessaire. Si vous ne donnez pas à manger à tout le monde, vous vous privez d’autres espèces », explique Hugues Mouret, directeur scientifique d’Arthropologia, association organisatrice des assises.

« Si nous mettons des ruches de partout, nous n’aurons que des abeilles domestiques. Or l’abeille domestique est une espèce d’abeilles sur 900 autres présentes en France. A Lyon, il y a trois cents espèces d’abeilles et nous voulons garder cette diversité. Car si nous avons une si grande diversité de fleurs aujourd’hui, c’est parce que nous avons cette multiplicité de pollinisateurs », complète l’adjoint écologiste. Un cercle vertueux en somme.

Les 3/4 de l’agriculture dépendent de la pollinisation

Preuve que cet équilibre entre les espèces est nécessaire et fonctionne : depuis deux ans, Lyon voit de nouveau fleurir l’orchidée du Rhône, une espèce disparue que ne butinent pas les abeilles domestiques. « Le retour de cette fleur est dû à l’arrivée d’autres pollinisateurs », souligne Hugues Mouret, rappelant le rôle essentiel de ces insectes. Selon les différentes études scientifiques, 90 % des plantes et fleurs sauvages dépendent de la pollinisation, réalisée par les insectes (abeilles, mouches, bourdons, fourmis) mais aussi les oiseaux et les mammifères (chauves-souris). « Les trois quarts de notre agriculture en dépendent, la survie de notre humanité en dépend », insiste Alain Giordano.

Pour favoriser le retour des pollinisateurs, la ville de Lyon a dès 2003 abandonné l’usage des produits chimiques dans ses espaces verts (zéro phyto) et les plantes mellifères riches en nectar sont privilégiées pour les plantations fleuries. Dans plusieurs parcs et jardins de la ville, des nichoirs au sol ou des hôtels à insectes ont été installés. Mais ces initiatives locales sont-elles suffisantes face à la menace qui plane au niveau planétaire sur ces pollinisateurs ? « Il n’y a pas de petits gestes ou de petite écologie », estime Hugues Mouret, qui, aux côtés des nombreux acteurs de la biodiversité présents aux assises devrait faire émerger d’autres solutions concrètes pour préserver les pollinisateurs.