Hauts-de-France : Les projets d’aménagement ne protègent pas la biodiversité

ENVIRONNEMENT Une étude scientifique montre que les mesures de compensation proposées lors des grands projets d’aménagement sont insuffisantes et nuisent à la biodiversité

Nicolas Gutierrez C.

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Des mesures plus strictes sont nécessaires pour compenser la perte de biodiversité causée par les travaux.
Des mesures plus strictes sont nécessaires pour compenser la perte de biodiversité causée par les travaux. — ALLILI/SIPA
  • Les grands projets d’aménagement doivent proposer des mesures pour compenser les pertes de biodiversité.
  • Ces mesures ne sont pas efficaces, selon une étude.
  • Une meilleure conception des projets permettrait une réelle protection de la nature.

Protection de la biodiversité ou greenwashing ? Selon une étude réalisée dans les Hauts-de-France et en Occitanie, les mesures censées protéger la biodiversité lors des grands projets d’aménagement échouent dans cet objectif, rapporte Le Canard enchaîné.

Selon l’auteure de l’étude, la sociologue Fanny Guillet, jointe par 20 Minutes, « ces mesures sont trop peu exigeantes » et donnent une image plus verte à ces projets alors que leur bilan environnemental est loin d’être positif.

Parvenir à zéro perte nette de biodiversité

Avant chaque grand projet d’aménagement dans un espace naturel, le maître d’ouvrage doit réaliser une étude d’impact, y compris sur la biodiversité. Il doit alors proposer des mesures pour éviter, réduire et compenser ces dégâts environnementaux. Et pour compenser la perte de biodiversité produite dans la zone du projet, il doit s’engager à améliorer la richesse naturelle d’une autre zone. Ceci, dans le but de parvenir à zéro perte nette de biodiversité, comme prévu par la loi de 2016 sur la biodiversité, la nature et les paysages.

Mais selon Fanny Guillet, chercheuse au Muséum national d’histoire naturelle (MNHM) à Paris, ces mesures n’arrivent pas à contrebalancer les pertes de biodiversité causées par les projets. « En échange d’un site qui va être complètement détruit, on compense avec un endroit qui est déjà naturel, où le gain de biodiversité sera faible, note-t-elle. Globalement, il n’y a aucune plus-value pour la biodiversité, au contraire, il y a une perte nette d’espace naturel. »

Et les friches?

C’est notamment le cas des sept projets étudiés dans les Hauts-de-France, dont plusieurs routes départementales : « Tous ces projets ont été compensés par des zones naturelles qui étaient plus petites que la zone du chantier. » Cependant, la chercheuse a précisé ne pas pouvoir donner plus de précisions sur ces projets.

Contactée par 20 Minutes, la Direction régionale environnement aménagement logement ( Dreal) de la région Hauts-de-France a tempéré ces propos : « Il est vrai que l’idéal serait de prendre des parcelles à très peu d’intérêt environnemental, comme des friches, mais ce type de zones ne sont toujours pas simples à trouver à proximité des projets, qui sont souvent à la campagne. »

Une meilleure conception des projets s’impose

Pour Fanny Guillet, spécialiste des politiques de protection de la nature au MNHM, ces mesures de compensation fonctionneront seulement si elles deviennent plus exigeantes : « Cela inciterait à une conception des projets plus économe en consommation d’espace et permettrait de faire le tri entre des projets opportunistes et ceux réellement d’intérêt public. »

La Dreal, d’accord avec le constat de cette recherche, affiche sa volonté de mieux protéger l’environnement : « Ces résultats ne sont pas très surprenants, mais grâce à la loi de 2016 nous avons aujourd’hui plus d’outils pour contrecarrer les conclusions de cette étude. Il faut aussi rappeler aux maîtres d’ouvrage que la compensation n’est que le dernier recours, il faut d’abord penser à éviter et réduire les impacts environnementaux des projets. »