Mobilité : L'assistant Mappy intègre désormais l’empreinte carbone à ses solutions de déplacements

TRANSPORT Mieux vaut-il opter pour l’avion, le train, le covoiturage ? Jusque-là, Mappy vous aidait à choisir en prenant en compte le prix et la durée. L'entreprise officialise ce jeudi l’ajout d’un troisième critère : l’empreinte carbone

Fabrice Pouliquen

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Mieux vaut-il choisir l’avion, le train, le covoiturage, le vélo ? Mappy vous aide désormais à choisir en comparant le bilan carbone de 13 modes de transports.
Mieux vaut-il choisir l’avion, le train, le covoiturage, le vélo ? Mappy vous aide désormais à choisir en comparant le bilan carbone de 13 modes de transports. — Martin BUREAU / AFP
  • Depuis octobre 2016, le comparateur de déplacements Mappy s’est mis à l’intermodalité en comparant, pour vos trajets, treize modes de transports. De l’avion à la trottinette.
  • Jusque-là, les solutions pouvaient être classées en fonction de leur prix et de leur durée. Mappy calcule aussi l’empreinte carbone des diverses solutions proposées.
  • Selon une étude YouGov, 70 % des Français se déclarent « prêts à changer leurs habitudes pour réduire l’impact écologique de leurs déplacements. Mais ce calcul de l’empreinte carbone peut-il vraiment aider ?

Disons que, ce jeudi, il vous faut quitter Paris pour rejoindre Genève, avec un départ vers midi. L’option la plus courte est l’avion, vous dit Mappy. L’affaire est bouclée en 2h45. La moins chère est de monter dans un autocar Flixbus. Il vous faudra alors dépenser 28,99 euros… mais passer 7h53 sur la route.

Longtemps, le comparateur d’itinéraires s’est arrêté à ces deux critères : la durée et le prix. Depuis quelques jours, il donne aussi l’empreinte carbone des diverses solutions qu’il propose. Et pour notre Paris-Genève, c’est cette fois-ci le train qui rafle la mise, en n’émettant que 2,6 kg de C02 sur ce trajet. L’autocar est la deuxième meilleure solution (10kg de C02) et le covoiturage la troisième (33 kg C02).

L'assistant de mobilité Mappy donne désormais l'empreinte de carbone des solutions d'itinéraire qu'elle propose aux utilisateurs.
L'assistant de mobilité Mappy donne désormais l'empreinte de carbone des solutions d'itinéraire qu'elle propose aux utilisateurs. - Capture d'écran / Mappy

Une réponse au « Flygskam »

Le Flygskam » (« la honte de prendre de l’avion » en suédois), tend à montrer qu’une part croissante d’Européens serait prête à délaisser les modes de transports au lourd bilan carbone pour la mobilité douce. Florence Leveel, directrice générale de Mappy, renvoie aussi à une étude YouGov de juillet dernier sur « les transports et l’écologie » et selon laquelle 70 % des Français se déclarent « prêts à changer leurs habitudes pour réduire l’impact écologique de leurs déplacements. » Pour rappel, le transport est le secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre en France [29,4 % des 463,1 millions de tonnes eq C02 émises en 2016].

Intégrer l’empreinte aux comparateurs de déplacement pourrait ainsi aider à mettre en accord les intentions et les actes. Peu le font aujourd’hui, en tout cas pas Google Maps, l’un des mastodontes du secteur. Que Mappy s’y mette n’est pas anecdotique. L’assistant de mobilité français revendique 11 millions de visiteurs uniques, 4 millions d’itinéraires calculés en 2018. Sa particularité, surtout, est de proposer à la comparaison, 13 modes de transport sur des trajets longue distance ou ceux, plus courts, du quotidien. De l’avion à la trottinette, en passant par le train, la voiture, le covoiturage, les transports publics, le vélo, les vélos en libre-service…

Un calcul qui a ses limites…

« Pour calculer ces empreintes carbone, nous nous sommes appuyés sur les données de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), de la SNCF ou encore de Gaz Mobilité (site d’information sur le gaz naturel dans les transports), explique Florence Leveel. Elles donnent des consommations moyennes de CO2 par type de véhicules et type de trajets. Nous avons ensuite appliqué des coefficients multiplicateurs en fonction de la longueur de ces trajets mais aussi de l’usage de ces véhicules. »

L’outil a ses limites. Les empreintes carbone sont par exemple calculées à partir de taux de remplissage moyen des différents modes de transport définis notamment par l’Ademe. « Pour la voiture, on considère qu’il y a qu’une personne à bord*, illustre ainsi Florence Leveel. Pour le covoiturage, le taux de remplissage retenu est deux, pour un bus 20 et ainsi de suite. » Le calcul de l’empreinte carbone ne prend pas non plus en compte l’énergie consommée par le véhicule. Roule-t-il au diesel, à l’essence, à l’électricité ?

Autre faille : le CO2 n’est pas le seul gaz à effet de serre émis par l’avion. Il génère aussi des vapeurs d’eau – les fameuses traînées blanches dans le ciel- qui, émises à très hautes altitudes contribuent à l’effet de serre. Enfin, les émissions lors de la fabrication de ces véhicules échappent encore aujourd’hui au calcul. « Nous avons eu de longs débats, à Mappy, sur ce point, confie Florence Leveel. En particulier pour les trottinettes électriques partagées qui ont une durée de vie très réduite [28 jours selon la newsletter Oversharing qui a analysé les données publiques à Louisville aux Etats-Unis]. »

… Mais qui donne un ordre d’idées ?

Cette nouvelle fonctionnalité intégrée à Mappy n’est donc qu’une première version, « qu’il conviendra d’affiner », concède Florence Leveel. Il n’empêche, « les empreintes carbone aujourd’hui associées aux différents modes de transport donnent déjà une bonne idée de la réalité », indique Gabriel Plassat, du service « transport et mobilité » de l’Ademe. En résumé, sur les trajets longue distance, l’avion est généralement le mode de transport qui affiche le plus lourd bilan carbone. Sur les petites distances, la marche ou le vélo permettent, à l’inverse, le zéro émission carbone.

Florence Leveel invite tout de même à dépasser ce cadre théorique. Pour certains trajets, il n’y a guère d’alternatives à l’avion, de même qu’il est difficile de se passer de la voiture, pour les trajets du quotidien, dans certains territoires. « L’idée est bien plus de faire prendre conscience à l’utilisateur que, dans bien des cas, pour quelques minutes ou quelques euros de plus, il pourra opter pour une solution de mobilité bien moins émettrice de CO2 et à laquelle il n’avait pas pensé », explique la directrice générale de Mappy.

Parfois même, on gagne sur tous les plans. L’Ademe insiste ainsi sur le vélo, tres performant sur les déplacements en milieu urbain de moins de 6 km et qui offre par ailleurs bien d’autres avantages (pas cher, bon pour la santé....

Combiner les modes… et pas seulement les comparer

Romain Nauthonnier, co-fondateur du site Internet Combigo, se félicite de cette nouvelle fonctionnalité intégrée à Mappy. Mais il ajoute une autre faille encore à ce système « Mappy compare les modes de transport, mais il ne les combine pas**, explique-t-il. Dès lors, l’outil réduit le nombre de possibilité de déplacements, ce qui peut fausser le calcul des empreintes carbone sur certains trajets. »

Par exemple, si votre destination implique de prendre l’avion… et donc de se rendre à l’aéroport. « On oublie souvent cette partie du voyage alors qu’elle peut peser lourd dans le bilan carbone de nos déplacements, constate Romain Nauthonnier. Dans 60 % des cas, nous nous y rendons en voiture selon les statistiques de la DGAC (Direction générale de l’aviation civile). »
C’est toute l’idée alors de Combigo : proposer, en un clic, les meilleurs options pour combiner l’avion et les autres modes de transport. Train, bus, covoiturage, ferry. L’enjeu vaut surtout pour ceux qui habite loin d’un aéroport ou que celui à proximité ne dessert qu’une poignée de villes. « Cela englobe tout de même beaucoup de Français, fait valoir Romain Nauthonnier.

Une alternative à Notre-Dame-des-Landes

Combigo n’indique pas (du moins pas encore) l’empreinte carbone des trajets qu’elle propose à l’utilisateur. On reste sur les critères classiques : le moins cher, le plus court. Mais Combigo vous fait aussi gagner sur le plan environnemental, assure Romain Nauthonnier. Et pas seulement parce que le site Internet vous amène à l’aéroport en transports en commun. « L’idée est aussi de mieux répartir les flux de voyageurs entre tous les aéroports, y compris ceux auxquels on ne pense pas instinctivement, précise-t-il. Au départ de Nantes par exemple, il peut être plus économique ou plus rapide pour certaines destinations de partir depuis un aéroport voisin comme Tours, Rennes ou La Rochelle, ce que ne pensent pas toujours à vérifier les voyageurs. » En valorisant ainsi les infrastructures existantes, Combigo se présente alors comme l’alternative écologique à Notre-Dame-des-Landes.

A Mappy, on assure aussi travailler à la possibilité de combiner bientôt les treize modes de transport intégrés et pas seulement les comparer. « C’est la prochaine étape », confie Florence Leveel.

*En Europe, le taux d’occupation d’un véhicule pour les déplacements pendulaires (domicile-travail) oscille entre 1,1 et 1,2 personne.

**Pour un Reims-Athènes, par exemple -un trajet qui ne peut se faire par un vol direct – Mappy ne propose alors que deux options. La voiture ou la moto.