Bas-Rhin : Le préfet renforce les restrictions d'eau dans le Sud-Est du département

ENVIRONNEMENT Le préfet a renforcé les restrictions d'eau dans le Sud-Est du Bas-Rhin. Avec quels résultats ?

Angélique Férat

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Certains plants de maïs n'ont pas de grains à cause de la sécheresse
Certains plants de maïs n'ont pas de grains à cause de la sécheresse — Jean Michel Nossant/SIPA
  • Le préfet du Bas-Rhin renforce encore les restrictions d’eau. Le piémont des Vosges (région entre la vallée de la Bruche et Molsheim) passe au niveau crise. Mais l’application des mesures n’est pas toujours simple.
  • Les pompages dans les rivières sont interdits. Et il n’est plus question de laver sa voiture ou d'arroser les espaces verts, dont les stades municipaux.
  • Depuis 15 mois l'Alsace est en déficit d'eau. Les précipitations sont en dessous des moyennes de ces 30 dernières années.

Le dernier arrêté préfectoral en date du 10 septembre a renforcé les mesures de restriction d'eau surtout dans le piémont des Vosges. Les rivières sont au plus bas dans la vallée de la Bruche, la région d’Obernai, Barr, Molsheim au Sud-Est de Strasbourg. Mais ce énième arrêté est-il appliqué sur le terrain ?

La préfecture a envoyé son arrêté par e-mail aux communes concernées. Elles ont affiché l’arrêté du préfet comme elles le doivent. Les efforts de communication ont été plus ou moins importants. Beaucoup ont juste écrit quelques lignes sur leur site Internet ou sur les réseaux sociaux et les panneaux lumineux dans la ville. Qu’en est-il de leur application des restrictions d’eau ? Selon l’arrêté, elles ne doivent plus laver les véhicules municipaux, arroser les stades, pelouses et espaces verts.

La commune de Barr a fermé ses fontaines et annonce qu’elle va sans doute ne plus arroser ses plates-bandes. « Les élus veulent montrer l’exemple » nous dit un responsable d’un service municipal. En fait, c’est interdit par l’arrêté. Certaines communes confient être un peu surprises par la sévérité des consignes. D’autres appellent la préfecture pour demander des explications.

La Bruche est en plus bas

Le ton change dans la vallée de la Bruche au pied du massif des Vosges, l’alimentation en eau y dépend uniquement des sources. La ville de Schirmeck a suspendu tout arrosage. « Nous n’arrosons que les jardinières au goutte-à-goutte. La Bruche, la rivière qui traverse la ville n’est plus qu’un lit de cailloux par endroits. Je n’ai jamais vu ça » s’exclame Patrick Kirrmann, le responsable des services techniques de la commune. Dans les petits villages alentour, la situation est encore plus tendue comme à Urmatt. « Depuis juin, on a eu deux averses pas plus. Si ça continue, on va avoir des problèmes d’alimentation en eau potable », s’inquiète le maire Alain Grisé « alors on a stoppé nos douze fontaines et on n’arrose plus. Et surtout, on informe la population encore et encore. »

C’est la seconde année de sécheresse

Les professionnels sont aussi concernés par cet arrêté. Par exemple, les pompages en rivière sont interdits sauf pour les cultures de légumes. Patrice Denis est conseiller irrigation à la Chambre d’Agriculture d’Alsace. Il a fait le tour des fermes pour expliquer les nouvelles règles : « Pour le maïs, le soja ou les betteraves, c’est fini, plus question d’arroser. Après, on discute avec l’exploitant. » Pierre Maurer, agriculteur à Dorlisheim à l’Ouest de Strasbourg a dû choisir quelle production arroser. « On a décidé ensemble. J’arrose les courgettes et les salades, c’est la seule exception sinon la récolte est perdue. Pour les citrouilles, elles ne sont pas arrosées. » Il a dû aussi réduire le diamètre des buses d’irrigation pour utiliser moins d’eau.

Pierre Maurer vit assez bien ces restrictions. « La situation est grave parce que c’est la deuxième année consécutive de sécheresse ajoute-t-il. » Météo France à Illkirch-Graffenstaden indique que ces 15 derniers mois, l’Alsace est en déficit d’eau. Thierry Lemercier, climatologue ajoute : « depuis avril 2019, il n’a quasiment pas plu en Alsace. Si on ajoute que le massif vosgien est aussi en déficit d’eau, on comprend mieux la situation. »