Protection contre les pesticides : « On va devoir arracher des rangs de vignes », craint un viticulteur

ENVIRONNEMENT Le gouvernement a ouvert ce lundi une consultation de trois semaines sur les distances minimales à observer entre les habitations et les zones d’épandage de pesticides. Les viticulteurs craignent de devoir réduire la surface des vignobles

Propos recueillis par Clément Carpentier

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Application de pesticides dans des vignes bordelaises
Application de pesticides dans des vignes bordelaises — S.ORTOLA/20MINUTES
  • Le gouvernement propose notamment d’instaurer une distance de 5 à 10 mètres entre les cultures traitées avec des pesticides et les habitations.
  • Patrick Vasseur, vice-président de la chambre d’agriculture de Gironde, n’est pas surpris par cette proposition mais pour lui, il y a déjà beaucoup de choses en place. Et au niveau timing (applicable le 1er janvier 2020), c’est juste « mission impossible ».

Ce lundi, le gouvernement a ouvert une consultation sur les pesticides. Elle va durer trois semaines. L’une des mesures phares proposée est l’instauration d’une distance de 5 à 10 mètres entre les cultures traitées avec des produits phytosanitaires et les habitations. Une disposition recommandée par  l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) qui fait beaucoup jaser.

Si les écologistes et les opposants aux pesticides parlent d’une mesure « insuffisante », qu’en pensent les agriculteurs ? Patrick Vasseur, viticulteur à Morizès en Gironde et vice-président de la chambre d’agriculture, ne se dit pas surpris mais reste extrêmement dubitatif sur le sujet.

Patrick Vasseur, viticulteur en Gironde et vice-président de la chambre d'agriculture.

Que pensez-vous de cette proposition ?

Franchement, je le sentais venir. On s’en doutait avec la pression mise par certains sur ce sujet. Les médias jouent d’ailleurs un rôle important là-dessus avec une surmédiatisation. Les politiques sont donc dans l’obligation de réagir, de proposer des mesures alors qu’il existe déjà une réglementation.

C’est-à-dire ?

Depuis 2014, on doit tout mettre en place pour limiter leurs utilisations. On a des dispositifs anti-dérive et on développe toujours plus de matériel. Mais en face, vous avez une telle pression des associations. Elles disent souvent un peu n’importe quoi. Tous les produits ne sont pas cancérigènes. La bonne question à se poser est surtout de savoir qu’est-ce que l’on veut faire de notre agriculture aujourd’hui ? Et le bio n’est pas forcément la solution !

C’est possible pour mettre en place ces zones de 5 à 10 mètres ?

Pour nous les viticulteurs, ça veut tout simplement dire arracher des rangs de vignes. C’est-à-dire, perdre du terrain agricole. Je vous souhaite bon courage quand il va falloir arracher des pieds des plus grandes appellations. Je rappelle au passage que la viticulture est un des rares secteurs qui se développe dans l’économie française. Enfin, il faudrait aussi faire une étude sur le nombre d’habitations qui se sont construites récemment près de terres agricoles.

Cette proposition pourrait être applicable dès le 1er janvier 2020 ?

Oui, ils nous demandent de faire ça très rapidement. C’est juste mission impossible !

Les écologistes mais aussi les maires demandent des mesures plus fortes ?

Il faut juste rappeler à ces gens que l’on a déjà fait des pas de géant nous les agriculteurs. Aujourd’hui, en gros, plus on en fait, plus on vous en demande. Et puis, j’ai envie de dire aux maires qu’ils aillent au bout de leur démarche et qu’ils interdisent alors tous les produits biocides (des substances ou des préparations destinées à détruire, repousser ou rendre inoffensifs les organismes nuisibles) notamment en ville, type bombe antimoustiques. Il y a exactement la même chose que dans les pesticides !