Pesticides : Didier Guillaume s’oppose à une zone uniforme de non-traitement de 150 mètres

AGRICULTURE L’idée est proposée par des maires et associations : imposer des zones uniformes de 150 mètres sans pesticides autour d’habitations. Le ministre de l’agriculture s’y oppose en demandant que ces zones sans pesticides soient délimitées au cas par cas

20 Minutes avec AFP

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Épandage de pesticides dans un champ en Loire-Atlantique, en octobre 2018.
Épandage de pesticides dans un champ en Loire-Atlantique, en octobre 2018. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA

« 150 mètres, il n’en n’est pas question », pour le ministre de l’agriculture Didier Guillaume. Mercredi, sur les ondes d’ Europe 1, il s’est opposé à l’idée d’une interdiction générale de traitement par des produits phytosanitaires dans une zone uniforme de 150 mètres autour de bâtiments habités. Une idée que propose des maires et associations. « S’il devait y avoir des zones de non-traitement de 150 mètres », (…) qui représentent l’équivalent de la longueur d’un terrain de football, selon lui, « nous serions obligés d’acheter de l’alimentation venue d’ailleurs » tellement une telle mesure réduirait les surfaces agricoles et le potentiel de production alimentaire en France, a-t-il dit.

Des zones de non-traitements au 1er janvier 2020, mais pas uniformes

« Au 1er janvier 2020, il y a aura des zones de non-traitement mises en place là il n’y a pas de charte de riverains » a-t-il ajouté.

Dans chaque département, riverains, élus, agriculteurs, population, associations doivent en effet se mettre autour de la table début octobre lors de l'ouverture d'une consultation publique. « S’ils tombent d’accord (sur des règles d’épandage locales), leur charte s’appliquera, s’il n’y a pas d’accord, ce sera imposé par l’Etat », a-t-il dit, mais certainement pas 150 mètres uniforme. Un arrêté devrait voir le jour début 2020 à la suite de la consultation.

Le ministère avait laissé entendre la semaine dernière que les zones de non traitement obligatoires ne devraient pas dépasser 5 mètres autour des bâtiments, avec des dérogations possibles en cas de chartes locales, ou de situations particulières".

Ces zones pourraient être agrandies notamment près des écoles ou des captages de sources d’eau. Les agriculteurs disposant de matériel de pulvérisation de précision pourraient en revanche être éligibles à des dérogations.

Les maires prennent les devants

Des maires de tous bords politiques ont multiplié récemment des arrêtés anti-pesticides un peu partout en France, après la suspension très médiatisée de celui du maire de Langouët  en Bretagne, Daniel Cueff.

Il a pris le 18 mai un arrêté interdisant l’utilisation de produits phytopharmaceutiques « à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d’habitation ou professionnel ». Ce texte a été suspendu mardi par le tribunal administratif de Rennes.

« Ce maire a fait du buzz », pour la présidente de la FNSEA

« Ce maire a fait du buzz », a réagi mercredi la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, lors de la rentrée du premier syndicat agricole français. « Ce n’est pas de son ressort, il n’interdit pas les cigales dans sa commune, il n’interdit pas la circulation des voitures dans sa commune. Pourquoi comme ça sur les phytos ? », a-t-elle déclaré.

« Moi, j’entends les lanceurs d’alerte, mais je veux des lanceurs d’alerte sérieux », a-t-elle ajouté, mettant en avant le « travail local » et la mise en place de chartes au cas par cas.