Ouragan Dorian: Les phénomènes cycloniques sont-ils de plus en plus destructeurs ?

CLIMAT Si le nombre de phénomènes cycloniques reste globalement stable d’une année sur l’autre, c’est l’augmentation de l’intensité qui inquiète les scientifiques

Manon Aublanc
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Les Etats-Unis, Haïti et la République Dominicaine avaient été durement touchés par le passage de l'ouragan Mattew en octobre 2016.
Les Etats-Unis, Haïti et la République Dominicaine avaient été durement touchés par le passage de l'ouragan Mattew en octobre 2016. — MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
  • L’ouragan Dorian, classé en catégorie 5, a frappé les Bahamas, ce lundi, avec des pluies torrentielles et des vents frôlant les 300 km/h. Près de 13.000 maisons ont déjà été détruites ou endommagées, selon la Croix-Rouge.
  • C’est l’une des pires tempêtes de l’histoire de cet archipel des Caraïbes et le cinquième ouragan de cette catégorie à s’être formé dans l’Atlantique ces quatre dernières années.
  • L’intensité des phénomènes cycloniques, qui sont de plus en plus violents, inquiète les scientifiques.

Toits arrachés, rues inondées, villes entières rasées… Ces dernières années, ouragans et tempêtes ont laissé derrière eux des paysages dévastés.  Dorian, l’ouragan* qui s’est abattu sur les Bahamas ce lundi, ne devrait pas faire figure d’exception.

Décrit comme « catastrophique » par le Centre national des ouragans américain (NHC), l’ouragan est passé  en catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson, ce dimanche, avec des pluies torrentielles et des rafales de vents frôlant les 300 km/h. Si le phénomène est décrit comme « jamais-vu dans l’histoire des Bahamas », l’ouragan Dorian n’est pourtant pas inédit.

Des dizaines de cyclones dévastateurs

Harvey, Katrina, Irma ou encore Matthew… Les cyclones défraient régulièrement la chronique par leur puissance, leur bilan meurtrier et leurs dégâts. En 2016, l’ouragan Matthew, classé en catégorie 5, avait touché les Etats-unis et les Caraïbes. L’année suivante, c’est l’ouragan Irma qui avait frappé la zone,  ravageant les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. En 2005, l’ouragan Katrina, l’un des plus forts de l’histoire, avait frappé durement les Etats-unis, et plus particulièrement la Nouvelle Orléans et la Louisiane. Plus de 1.800 personnes avaient trouvé la mort dans les intempéries. Plus récemment, en octobre 2018, l’ouragan Michael, considéré comme la tempête la plus puissante à avoir frappé les États-Unis depuis 1969, a fait 72 morts et plus de 25 milliards de dollars de dégâts.

Pourtant, en mai dernier, l’Agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA) a prédit une saison des ouragans « proche de la normale » en 2019 dans l’Atlantique. « Il n’y a pas plus de phénomènes cycloniques qu’avant. Ce n’est pas un phénomène nouveau, la machine atmosphérique était déjà capable de fabriquer des phénomènes climatiques de cette ampleur avant le début du réchauffement climatique. Ce qui évolue, c’est l’intensité des ouragans et des tempêtes », explique Olivier Proust, prévisionniste chez Météo France.

« L’intensité des phénomènes cycloniques va croître dans les années à venir ».

Si le nombre de phénomènes cycloniques reste globalement le même d’une année sur l’autre, c’est l’augmentation de leur intensité qui inquiète les scientifiques. « Dans les années à venir, on estime qu’il y aura autant de phénomènes cycloniques qu’avant mais, parmi ceux-là, il y en aura de plus en plus qui seront violents », détaille Olivier Proust. Un avis partagé par Hervé Le Treut, climatologue, professeur à la Sorbonne Université et membre de l’Académie des sciences, qui estime que « l’intensité des phénomènes cycloniques va croître dans les années à venir ».

Dans un rapport publié en 2013, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) alertait déjà sur la situation, jugeant « probable » que les futurs cyclones deviennent « plus intenses » dans les années à venir, « avec des vents maximums plus forts et des précipitations plus fortes ».

La hausse des températures des océans en cause

Pour Olivier Proust, le réchauffement climatique n’est pas la cause de la formation des phénomènes cycloniques, mais l’une des raisons pour lesquelles ils sont de plus en plus violents : « Plus l’air est chaud, plus il peut contenir de la vapeur d’eau. Cette concentration de vapeur d’eau créée des précipitations encore plus importantes et donc des phénomènes cycloniques encore plus violents. »

Fabrice Chauvin, chercheur au Centre national de recherches météorologiques (CNRM), estime que l’augmentation des températures des océans rentre également en jeu dans la hausse de l’intensité de ces phénomènes : « En accentuant la hausse de la température des océans et en augmentant le taux d’humidité dans l’océan, il y a des conditions encore plus propices à la formation des ouragans ravageurs »,  avait-il expliqué à 20 Minutes en août 2017.

Des zones jusqu’à présent épargnées bientôt touchées ?

Le réchauffement des océans pourrait bien modifier les trajectoires des ouragans dans les années à venir. « Avec le réchauffement des océans, les eaux chaudes vont être réparties différemment et on pourrait assister à des changements de trajectoires des cyclones. Des zones qui ne sont pas touchées par les phénomènes cycloniques pourraient le devenir à l’avenir », explique Hervé Le Treut, qui précise : « Il y a eu des simulations qui montraient des possibilités plus fortes dans l’hémisphère sud, le long des côtes du Brésil et de l’Argentine. »

Outre l’intensité et la trajectoire des phénomènes cycloniques, c’est leur durée qui pourrait également augmenter : « Les cyclones vivent parce qu’ils se déplacent sur l’océan. Plus la surface chaude de l’océan va grandir, plus le cyclone peut se nourrir et parcourir des distances plus importantes », ajoute le climatologue.

*Un cyclone est nommé « ouragan » dans l’Atlantique nord et le Pacifique Nord-Est, « typhon » en Asie de l’Est et « cyclone » dans les autres bassins océaniques.