Téléphonie : Fairphone 3 ou le pari renouvelé d’un smartphone écolo et équitable

HIGH-TECH La PME néerlandaise a dévoilé ce mardi à Berlin le dernier-né de ses téléphones portables. Le Fairphone 3 ne se juge pas seulement à l’aune de ses caractéristiques techniques, mais aussi de sa conception éthique et durable

Fabrice Pouliquen

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Fairphone, PME néerlandaise, a présenté ce mardi 27 août, la troisième génération de ses smartphones éthiques et durables.
Fairphone, PME néerlandaise, a présenté ce mardi 27 août, la troisième génération de ses smartphones éthiques et durables. — / Photo Fairphone
  • Après le Fairphone 1, lancé en décembre 2013, et le Fairphone 2, deux ans plus tard, la marque néerlandaise a présenté ce mardi, depuis Berlin, sa troisième génération de smartphones. Il sera vendu en Europe au prix de 450 euros.
  • L’originalité de la marque ? Proposer un compromis entre un téléphone moderne – même si jugé par certains en dessous des modèles des grands ténors du marché – et écoresponsable.
  • Le Fairphone 3 est ainsi conçu dans le souci de limiter au maximum les impacts sociaux et environnementaux. Autre atout : il est modulaire et peut ainsi être plus facilement démonté et réparé.

« Pour faire changer les choses, il faut faire partie du système ». Tel est le constat du Néerlandais Bas Van Abel et de son entreprise Fairphone, lancée en 2013. Le but est de proposer, sur le marché, des smartphones éthiques et écoresponsables, afin de pousser toute l’industrie, à terme, à en faire de même.

Après le Fairphone 1, lancé en décembre 2013, et le Fairphone 2, deux ans plus tard, la marque a présenté ce mardi, depuis Berlin, sa troisième génération de smartphones.

Son nom ? Fairphone 3. Pas de surprise sur ce point. Le téléphone, vendu uniquement sur le marché européen, sera proposé à 450 euros. Moins cher donc que le Fairphone 2, vendu 529 euros à sa sortie. Si le prix baisse, le Fairphone 3 n’en monte pas moins en gamme, promet Luke Jaimes, responsable des ventes de la marque. « Le design est déjà plus affiné, plus élégant, commence-t-il. Nous avons aussi travaillé sur la performance de la batterie, qui offre désormais une journée complète d’autonomie. La caméra a également été améliorée. Fairphone 3 est par ailleurs compatible avec Android 9, la version la plus moderne du système d’exploitation mobile. Il est aussi double SIM, ce qui permet donc d’avoir vos lignes personnelle et professionnelle sur un même téléphone. »

L’écoresponsabilité comme principal atout ?

Le site internet spécialisé Les Numériques, présent à la conférence de presse à Berlin, n’a pas été totalement emballé. La rédaction décrit « un téléphone au design digne de 2017, avec de larges bordures encadrant un écran LCD de 5,65 pouces ». Pas à la mode, donc. « Sinon, le smartphone propose une configuration assez classique pour un terminal de milieu de gamme », poursuit Les Numériques.

L’intérêt des Fairphone résiderait bien plus, alors, dans le compromis que l’entreprise néerlandaise propose entre un téléphone moderne – même si en dessous des modèles des grands ténors du marché- et écoresponsable. Un enjeu de plus en plus important pour une part croissante de consommateurs européens.

Cet écoresponsabilité commence déjà dans la fabrication des smartphones, de l’extraction des minerais à l’assemblage final, étapes pendant lesquelles l’industrie du téléphone portable génère l’essentiel de ses impacts sociaux et environnementaux. « Une cinquantaine de métaux sont nécessaires pour fabriquer un smartphone, soit deux fois plus que pour un téléphone d’ancienne génération, notait l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) dans une note de 2017 sur l’impact de nos smartphones. Or, ces métaux deviennent de plus en plus complexes à exploiter dans le monde. » « Plus vous utilisez un grand nombre de composants et plus vous devez gérer une chaîne d’approvisionnements complexe. Et plus il y a de chance qu’il y ait de la poussière sur le tapis, résume Blaise Debordes, directeur général du label Max Havelaar. Derrière cette opacité, c’est bien souvent l’environnement et les travailleurs employés à l’extraction de ces minerais qui trinquent. »

De l’or « fair trade » dans vos portables

L’or, utilisé dans les smartphones notamment pour concevoir les circuits imprimés, est l’un de ces minéraux problématiques. Fairphone se distingue de la concurrence en s’approvisionnant au Pérou, dans l’une des deux mines artisanales labellisées « Fairetrade » par Max Havelaar. « On s’assure que ces deux mines respectent un cahier des charges de 250 points qui garantit une meilleure rémunération des travailleurs, l’interdiction du travail des enfants, une meilleure prise en compte de l’environnement…, explique Blaise Debordes. A notre connaissance, Fairphone est le seul acteur du secteur à le faire. »

La firme néerlandaise cherche à décliner cette philosophie à huit autres minéraux sensibles utilisés dans la fabrication des smartphones. « Nous nous assurons par exemple que l’étain, le tungstène ou le tantale que nous utilisons ne proviennent pas de mines aux mains de groupes armées et concourent au contraire à l’économie locale, explique Luke Jaimes. L’un de nos prochains chantiers sera d’assurer cette traçabilité sur d’autres minéraux encore, comme le cobalt. »

Un autre défi pour la firme néerlandaise est d’accroître la part de matériaux recyclés utilisée dans la fabrication de ses appareils. Les Fairphones intègrent déjà pour partie du cuivre et du tungstène recyclés. Pour le Fairphone 3, 11 % du plastique utilisé au total pour ce smartphone provient du recyclage. Un pourcentage qui grimpe à 50 % pour certains composants du téléphone.

Obsolescence déprogrammée

Mais c’est surtout sur la réparabilité de ces téléphones que l’entreprise de Bas Van Abel détonne sur le marché. Les Fairphones sont ainsi des smartphones modulaires que l’utilisateur peut démonter lui-même « en un rien de temps », s’essayait en octobre 2017 notre journaliste high-tech. La batterie, l’écran, la caméra, le microphone… « En tout, ce sont sept modules qui sont remplaçables sur le Fairphone 3, livré avec un tournevis cruciforme pour faciliter les démontages, précise Luke Jaimes. Par ailleurs, nous continuerons de fabriquer et de vendre des pièces de rechange pour le Fairphone 2, même s’il n’est plus notre dernier modèle. »

« Nous changeons de téléphone portable en moyenne tous les deux ans alors que, dans 88 % des cas, ils sont encore en état de fonctionner », pointait l’Ademe dans sa note de 2017. « L’idée, avec nos Fairphones, est de porter la durée de vie des téléphones bien plus loin, entre trois et cinq ans », reprend Luke Jaimes.

175.000 Fairphones déjà vendus

La société néerlandaise assure par ailleurs se préoccuper de la seconde vie des téléphones qu’elle met sur le marché. « Nos clients peuvent nous retourner les smartphones usagers, précise Luke Jaimes. Mais régulièrement, les smartphones achetés en Europe ont une seconde vie dans des pays moins développés, en Afrique ou en Asie, qui n’ont pas les moyens de les recycler. Nous avons ainsi monté un premier partenariat avec l’ONG néerlandaise Closing The Loop, qui agit au Ghana pour récupérer et assurer le recyclage des déchets électroniques abandonnés. C’est un autre axe que nous souhaitons développer. »

Reste à savoir si Fairphone a fait bouger les lignes dans l’industrie du smartphone, en l’incitant à adopter des modes de production plus durable. Apple et Google ont récemment annoncé vouloir incorporer des matériaux recyclés dans leur smartphone. Pas sûr toutefois que la PME néerlandaise ait joué un rôle dans ces nouvelles stratégies. Il n’empêche, Fairphone, 65 employés aujourd’hui, entend continuer modestement son bonhomme de chemin. « Nous avons vendu 175.000 téléphones depuis nos débuts, précise Luke Jaimes. Et nous espérons vendre 40.000 Fairphone 3 d’ici à la fin de l’année. » Ceux-ci peuvent être commandés dès à présent sur le site Internet de la marque. En France, il sera aussi disponible à la vente dans l’ensemble des boutiques Orange à partir de septembre. « Soit près de 600 boutiques, contre 85 seulement pour le Fairphone 2, précise Luke Jaimes. Un autre signe qu’on avance. »