Réchauffement climatique : La Nasa survole le Groenland pour étudier la fonte des glaces

CLIMAT La fonte des glaces est aussi liée au réchauffement des océans, alertent les scientifiques

20 Minutes avec AFP

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Des morceaux de glace flottent devant le glacier Apusiajik au Groenland, le 17 août 2019.
Des morceaux de glace flottent devant le glacier Apusiajik au Groenland, le 17 août 2019. — Jonathan NACKSTRAND / AFP

Ils ont délaissé l'espace pour braquer leurs projecteurs sur la Terre. Dans le désert blanc du Groenland oriental, trois scientifiques de la Nasa larguent des sondes dans les eaux de l’Arctique pour mesurer l’impact des océans sur la fonte des glaces.

Joshua Willis dirige la mission Oceans Melting Greenland (OMG) qui effectue depuis 2015 des rotations en DC3 au-dessus du territoire autonome danois en proie au réchauffement climatique. Dans sa combinaison bleue d’astronaute, cet océanographe charge dans un puits de largage une sonde, cylindre d’un gros mètre de long et d’une dizaine de centimètres de diamètre, bourré de capteurs.

Au signal radio du pilote, il précipite la sonde dans le vide. L’ogive s’abîme sur la surface avant de s'enfoncer dans les eaux. Sur la ligne de côte, à perte de vue, les glaciers en péril, érodés par l’air et les flots, s’affaissent, se disloquent, libérant dans un fracas assourdissant des blocs de glace à la dérive.

« Beaucoup de gens pensent que la glace fond à cause du réchauffement »

« Le niveau des océans pourrait probablement s’élever de plusieurs mètres au cours des cent prochaines années, c’est une immense menace pour des centaines de millions de personnes dans le monde », s’alarme Joshua Willis. Une fois immergée, la sonde envoie en temps réel des informations sur la température et la salinité de l’océan, traduites en diagrammes multicolores sur les écrans des scientifiques dans leur labo volant.

« Beaucoup de gens pensent que la glace fond à cause du réchauffement de l’air, un peu comme un glaçon sous un sèche-cheveux, mais en fait les océans rongent aussi la glace », rappelle le chercheur américain. Sur une période de cinq ans, l’équipe d’OMG compare les données collectées pendant l’hiver à celles recueillies au cours de l’été. Objectif : affiner les prédictions d’élévation du niveau de la mer.

Des côtes submergées partout dans le monde

Le Groenland, île de deux millions de km2 (près de quatre fois la superficie de la France) bordée aux trois-quarts par les eaux de l’océan Arctique, est recouvert à 85 % de glace. Ce territoire immense se trouve sur la ligne de front de la fonte des glaces arctiques, région qui se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Si la banquise et la glace qui recouvre le socle continental devaient disparaître, le niveau des océans pourrait monter de sept mètres et submerger îles et régions côtières de part et d’autre de la planète.

La Nasa s’intéresse à ces phénomènes depuis les années 1970 après la réduction drastique de ses budgets pour l’exploration spatiale. Elle utilise aujourd’hui plus d’une dizaine de satellites pour observer la Terre. Ian McCubbin, un des scientifiques d’OMG, relaie Joshua Willis au largage. Il est aussi chargé de la logistique pour ces missions au départ du petit aéroport de Kulusuk, une communauté insulaire de moins de 300 âmes dans le sud-est du Groenland.

« Ces données sont super précieuses parce qu’elles nous permettent pour la première fois de relier quantitativement les changements des températures de l’océan avec la fonte des glaces », explique-t-il. La fonte ouvre au trafic maritime les grandes voies du Nord permettant de relier le Pacifique à l’Atlantique et aiguise les appétits économiques et géostratégiques des grandes puissances, Etats-Unis, Chine et Russie en tête. Au fait des enjeux, le président américain Donald Trump a proposé au Danemark de lui racheter le Groenland, sans succès, provoquant une mini-crise diplomatique avec son allié de l’Otan.