G7 à Biarritz : Traction de navires par kite, collecte du plastique en mer… Des innovations pour préserver l’océan présentées lors du sommet

ENVIRONNEMENT Plusieurs associations profitent du G7 à Biarritz pour alerter sur la préservation des océans, et des entreprises régionales viennent présenter leurs innovations

Mickaël Bosredon

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La société arcahonnaise d'Yves Parlier, Beyond the Sea, propose des solutions de traction de navires par kite.
La société arcahonnaise d'Yves Parlier, Beyond the Sea, propose des solutions de traction de navires par kite. — Beyond The Sea
  • L’ancien navigateur Yves Parlier a monté Beyond The Sea, une entreprise qui propose de tirer les bateaux avec des kites.
  • I Clean My Sea, une entreprise de Bidart, veut créer une flotte de petits catamarans spécialisés dans le ramassage et le tri du plastique en mer.
  • Ekosea est, elle, la seule plateforme de financement participatif uniquement consacrée à la thématique de l’océan.

Depuis l'hôtel du Palais où ils logeront, les grands de ce monde auront une vue imprenable sur l’océan, lors du G7 qui se tient à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) à partir de ce samedi et jusqu’à lundi. Associations, entrepreneurs, acteurs locaux, vont tout faire pour que cela ne reste pas qu’un vague souvenir.

Surfrider Foundation Europe a ainsi tenu en amont du G7 un « Pavillon Océan », pour formuler des propositions et interpeller les grandes puissances sur l’urgence de la préservation de l’océan. Des associations environnementales ont, elles, alerté sur la problématique de la pollution, et notamment la pollution aux détergents pétrochimiques dans le Golfe de Gascogne.

A l’invitation de la région Nouvelle-Aquitaine, plusieurs entreprises régionales viendront jusqu’à lundi présenter leurs innovations, en lien avec l’océan. Comme l’ancien navigateur Yves Parlier, qui a créé la société Beyond The Sea à La-Teste-de-Buch, sur le bassin d’Arcachon (Gironde). Elle développe des solutions de traction de navires par kite.

L’utilisation d’un kite peut faire économiser jusqu’à 20 % de gas-oil sur un bateau

Contacté par 20 Minutes, il explique qu’après l’arrêt de sa carrière en 2006, il s’est « intéressé à la question de la propulsion des bateaux » pour réduire leurs émissions de pollution en mer. « Le vent a été la première énergie domptée par l’Homme, il y a de cela 50.000 ans, mais en un siècle le pétrole s’est tellement développé qu’il prédomine. Il faut réutiliser le vent, et je pense que le moyen le plus simple et le plus efficace, c’est le kite, capable en théorie de tirer jusqu’à cent fois son poids. »

Si, dans l’absolu, un kite serait capable de faire traverser l’Atlantique à un cargo, de New-York à la Manche, ce ne serait pas économiquement viable, car trop long et trop aléatoire. « En revanche, c’est une excellente solution hybride, capable de faire économiser jusqu’à 20 % de gas-oil sur un bateau, soit jusqu’à 30.000 litres par jour en fonction de la taille de celui-ci. »

Bientôt des kite de 1.600 m2 pour des bateaux de 350 m

Pour le moment, Beyond The Sea développe des kite de taille relativement modeste, pouvant tirer des bateaux de 18 mètres. « Mais à moyen terme, nous visons des kites de 200 m² et à plus long terme de 1.600 m², qui pourraient emporter des navires de 350 m naviguant à 18 nœuds. » Pour ces derniers, il faudrait compter une installation d’environ 1,5 million d’euros. Mais le kite est censé « être rentable au bout d’un an. »

Si Yves Parlier reconnaît qu’il a encore du mal à financer ses recherches, il note cependant « une évolution des consciences. » « Aux dernières Assises de la mer, Beyond The Sea a été très demandé. Les choses bougent car l'OMI, l'Organisation maritime internationale, a publié en avril dernier une feuille de route pour diviser par sept les émissions d’oxyde de souffre à partir de 2020, et demande à l’ensemble de la marine marchande de diviser par deux l’ensemble de ses GES d’ici à 2050. Il va donc falloir trouver des solutions innovantes. »

Environ 80 % des déchets en mer proviennent des rivières

Aymeric Jouon mise aussi sur l’innovation, qu’il veut mettre au service du nettoyage des océans. Avec son entreprise  I Clean My Sea, basée à Bidart (Pyrénées-Atlantiques), il veut « mettre en œuvre des navires de petite taille pour la collecte des déchets plastique en mer. » Ces bateaux seraient positionnés aux embouchures des rivières, au niveau des estuaires, « car il faut savoir que 80 % des déchets en mer proviennent des rivières. » Il s’agirait de petits catamarans, équipés entre leurs deux coques de tapis roulants permettant la collecte et le tri, « qui est la partie la plus onéreuse dans la chaîne du traitement des déchets. »

Ce petit bateau doit permettre la collecte et le tri des déchets plastiques en mer
Ce petit bateau doit permettre la collecte et le tri des déchets plastiques en mer - I Clean My Sea

I Clean My Sea possède déjà un bateau, immédiatement opérationnel « si un marché s’ouvre à nous. » « Notre objectif est d’abord de faire nos preuves en France, en Pays basque ou sur la côte d’Azur, mais dans l’absolu on peut se déplacer partout. Nous faisons le pari de petits bateaux, car lors de marées noires, il s’est avéré qu’ils étaient plus efficaces que les gros moyens de ramassage envoyés sur place. Ce qui est logique, car les pollutions en mer sont diffuses, c’est donc un véritable travail de fourmi. »

Parallèlement, I Clean My Sea a lancé une campagne de crowdfunding pour développer une application mobile, « qui permettra à n’importe qui, que vous soyez en mer ou sur le littoral, d’alerter en cas de présence de déchets. » Il suffira pour cela de poster une photo, géolocalisée, qui sera directement transmise aux marins chargés de ramasser ces déchets.

« Développer un écosystème vertueux » autour de l’océan

Le financement de tous ces projets reste le nerf de la guerre. Maël Prud’homme, passionné par l’océan et ancien courtier en prêt bancaire, l’a bien compris. C’est pour cela qu’il a lancé il y a quatre ans Ekosea, la seule plateforme de financement participatif uniquement consacrée à l’océan.

« On prend l’océan au sens large du terme, nous explique-t-il, puisque nous incluons aussi le littoral, et les activités humaines (voyages, sport, aventure…) Notre ambition est véritablement de développer un écosystème vertueux, en mettant en relation des projets avec des entreprises intéressées par l’océan. »

« Il y a une vraie dynamique en Nouvelle-Aquitaine »

Plus de 450 projets ont déjà été proposés à Ekosea, « et nous en avons accepté un tiers, soit près de 140, pour un taux de réussite de 85 %. » Le dernier en date, c’est celui de la ligue de surf de Nouvelle-Aquitaine, qui va réaliser un film sur ses moins de 18 ans, « pour montrer qu’être un champion, c’est aussi de l’implication et du travail. »

Breton d’origine, Maël Prud’homme vient d’installer le siège d’Ekosea à Anglet (Pyrénées-Atlantiques), près du cluster «Glisse» EuroSima. « Il y a une vraie dynamique, et tout un écosystème autour de l’océan dans cette région. »

Reste à faire passer le message, aux grands dirigeants du G7.