L’Etat alerte sur les dangers de la pêche à l’aimant, un loisir en vogue qui « dépollue » les rivières

PREVENTION Si de plus en plus de pêcheurs s’équipent d’aimants pour nettoyer les rivières, les autorités alertent sur les nombreuses armes de la Seconde Guerre mondiale retrouvées

20 Minutes avec AFP

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Illustration pêche à Bayonne
Illustration pêche à Bayonne — SETBOUN PHOTOS/SIPA
  • Des pêcheurs se munissent d’aimants « super-puissants » pour arpenter les rivières et les « dépolluer »
  • Parmi les objets retrouvés, figurent de nombreuses armes et munitions de la Seconde Guerre mondiale.
  • L’Etat rappelle donc que cette pratique est strictement encadrée.

« Ferraille, vélos ou scooters », mais parfois aussi obus ou grenade… De plus en plus de pêcheurs, munis d’aimants « super-puissants », arpentent les rivières pour les « dépolluer ». Mais ce nouveau loisir écolo inquiète les autorités, qui rappellent que la pêche à l’aimant est « illégale » et « risquée » dans les départements marqués par la guerre.

Armés d’aimants « en néodyme », considérés comme les plus puissants au monde, au bout d’une corde tenue en main, les pécheurs repèrent les objets avant de les remonter à l’aide d’un grappin.

Des obus, des munitions et des grenades qui peuvent être « encore actifs »

Animé par sa « passion pour la Seconde Guerre mondiale » et le désir de dénicher « des objets historiques », médailles ou matériel militaire, Owen Gressier, 20 ans, s’est « vite aperçu qu’il était possible de dépolluer les eaux ». Il a donc créé en 2017 une page Facebook, comptant aujourd’hui 500 abonnés, pour « partager des photos, donner des conseils et organiser des sorties ». « C’est fou tout ce qu’on trouve dans l’eau ! » s’exclame le jeune homme. Scooters rouillés, trottinettes, panneaux de signalisation, micro-ondes : « en s’y mettant à une dizaine, on sort parfois 50 kg de ferraille en quelques heures ! ».

Mais dans certaines zones comme les Hauts-de-France, terrain de batailles sanglantes au cours des deux conflits mondiaux, de nombreux obus, munitions et grenades demeurent dans les cours d’eau. N’ayant parfois pas explosé, ils peuvent être « encore actifs », s’inquiète la Direction générale de la sécurité civile. Face au développement « exponentiel » du loisir depuis près de deux ans, y compris sous le pont des Arts, à Paris, elle a adressé cet été une note à toutes les préfectures, rappelant sa « dangerosité ».

« C’est une passion, bonne pour la planète, on n’arrêtera pas du jour au lendemain ! »

En mai, à Ferrière-la-Grande (Nord), un homme a ainsi été gravement blessé par du gaz moutarde échappé d’un obus. Deux jeunes ont également « remonté fin juillet une grenade au phosphore » à Hem-Monacu (Somme) et subi des « irritations » notamment aux yeux, selon la préfecture de la Somme, première à interdire le 5 août cette pratique sur son territoire. Elle est « de toute façon illégale sans autorisation », car délivrée par l’État dans les fleuves et autres cours d’eau, ou par les propriétaires sur terrains privés, rappelle la préfecture de l’Oise.

« On n’avait pas conscience des risques… jusqu’à ce que mon fils trouve une grenade ! » se souvient Hélène Ledien, habitante du Pernois (Somme). Arthur, 14 ans, « pêchait régulièrement avec son copain, et son aimant acheté une trentaine d’euros sur Amazon, dans un but écologique ». Quand il a trouvé l’arme, « il m’a heureusement appelée, j’ai vraiment eu très peur », raconte-t-elle. « On a déjà repêché un obus actif, des armes​ et 600 munitions, entièrement rouillées », reconnaît Owen Gressier. Mais « on sait comment réagir. On établit un périmètre de sécurité et on prévient les démineurs », jure-t-il, affirmant faire de la pédagogie sur sa page. « C’est une passion, bonne pour la planète, on n’arrêtera pas du jour au lendemain ! », renchérit Nicolas, 26 ans.