Pesticides : « On ne peut plus attendre et continuer à être empoisonné », assure le maire Daniel Cueff

ENVIRONNEMENT Le maire de Langouët était convoqué ce jeudi devant le tribunal administratif pour avoir pris un arrêté municipal interdisant l’usage de produits phytopharmaceutiques près des habitations

Jérôme Gicquel

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Une foule nombreuse a accueilli le maire Daniel Cueff à sa sortie du tribunal administratif de Rennes.
Une foule nombreuse a accueilli le maire Daniel Cueff à sa sortie du tribunal administratif de Rennes. — Sebastien SALOM-GOMIS / AFP
  • L’arrêté du maire de Langouët a été attaqué par l’Etat qui estime que l’élu a outrepassé ses prérogatives.
  • Face au tribunal, Daniel Cueff a expliqué qu’il avait pris cette décision pour protéger ses habitants.
  • Le tribunal administratif de Rennes rendra sa décision sur la légalité de cet arrêt dans une semaine.

« Il ne fait que protéger ses habitants et il se retrouve attaqué devant la justice, c’est un comble ! » Comme Martine, venue avec ses deux enfants, ils étaient nombreux ce jeudi matin devant le tribunal administratif de Rennes pour soutenir Daniel Cueff. Maire de Langouët (Ille-et-Vilaine), petite commune de 600 habitants située au nord de Rennes, l’élu était assigné en justice par l’Etat pour avoir interdit l’usage de pesticides à moins de 150 mètres de toute habitation.

Cet arrêté, pris le 18 mai, a été attaqué par la préfète d’Ille-et-Vilaine au motif que le texte était « entaché d’irrégularités ». L’Etat estime en effet que l’édile de la commune bretonne a outrepassé ses prérogatives en prenant un tel arrêté et que « l’utilisation des produits phytopharmaceutiques relève d’un pouvoir de police spéciale confiée au ministre chargé de l’agriculture ».

Daniel Cueff dénonce « l’inaction » de l’Etat

Devant le président du tribunal, Daniel Cueff a tenté de convaincre du bien-fondé de sa décision, évoquant notamment « les carences de l’Etat » à protéger ses habitants. « Voilà 10 ans que le règlement pesticides européen de 2009 exigeant la protection des habitants et de l’environnement existe et devrait être appliqué dans notre pays. Et cela fait 10 ans que les ministres de l’Agriculture passent et ne font rien. On attend et les gens souffrent ! », a-t-il indiqué à la barre.

Face à « l’inaction » de l’Etat à faire appliquer ce règlement, Daniel Cueff a donc décidé d’agir en vertu du principe de précaution. « Combien de temps allons-nous rester les bras croisés ? On ne peut plus attendre et continuer à être empoisonné encore plusieurs années. Car on le sait que les pesticides sont dangereux pour la santé, ce ne sont pas des vitamines », a-t-il ajouté, refusant toutefois d’accabler les agriculteurs.

« Ce n’est pas un arrêté pour interdire les cultures, c’est pour arrêter de cultiver avec des pesticides de synthèse. Car à Langouët, nous voulons des coquelicots mais aussi des paysans », a-t-il lâché en conclusion, appelant le président du tribunal à prendre une décision allant « dans le sens de l’histoire ».

La décision rendue dans une semaine

A sa sortie du tribunal, Daniel Cueff a été acclamé par la foule, telle une rock star. « C’est très courageux de sa part. Il faudrait maintenant que de nombreux maires prennent un arrêté similaire pour faire pression », indique Alain, membre du mouvement des Coquelicots.

Plusieurs élus avaient d’ailleurs fait le déplacement à Rennes pour soutenir leur collègue comme Martine Auffret, maire adjointe de Cléguérec (Morbihan). « Dans ce dossier, on voit bien que l’Etat est soumis aux lobbys, assure-t-elle. Les agriculteurs peuvent très bien se passer de pesticides, d’autant qu’ils en sont victimes eux aussi. »

Après avoir entendu les deux parties ce jeudi matin, le tribunal administratif rendra sa décision sur la légalité de l’arrêté pris par le maire de Langouët dans une semaine.