Non, le Giec ne recommande pas un régime végétarien pour lutter contre le réchauffement climatique

FAKE OFF Ce n’est absolument pas le sens du rapport rendu public jeudi, explique à « 20 Minutes » Cheikh Mbow, l'un des experts qui a participé à la rédaction du texte

Mathilde Cousin

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Le Giec ne recommande pas que tous les pays adoptent un régime végétarien.
Le Giec ne recommande pas que tous les pays adoptent un régime végétarien. — Rafael Ben-Ari/Cham/NEWSCOM/SIPA
  • Plusieurs médias ont expliqué en début de semaine que des scientifiques de l’ONU recommandent d’adopter un régime végétarien.
  • Ce n’est pas le sens du rapport, explique à 20 Minutes Cheikh Mbow, l'un des experts qui a participé à la rédaction du texte.
  • Les experts ont pris en compte la diversité des pratiques agricoles et des modes de consommation.

Adopter un régime végétarien pour lutter contre le changement climatique. Ce serait l'une des recommandations du Giec, le groupe d’experts de l’ ONU chargé d’évaluer les connaissances scientifiques sur le changement climatique. C’est ce qu’ont affirmé plusieurs médias en début de semaine, en relayant un article publié le 4 août par le journal britannique The Observer.

L’article, qui s’appuie sur des fuites d’un rapport du Giec, ne met pas l’accent sur le régime végétarien. Seul un paragraphe est consacré à la question des régimes alimentaires. « Parmi les mesures mises en avant par le rapport, il y a la proposition d’un changement majeur vers des régimes végétariens et végans », explique The Observer, avant de citer un extrait du rapport : « La consommation de régimes sains et durables, tels que ceux basés sur les céréales secondaires, les légumineuses et les légumes, les noix et les graines (…) présente des opportunités majeures pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. »

FAKE OFF

Un résumé du rapport, rendu public ce jeudi par les experts, n’exclut pas l’alimentation d’origine animale : « Des régimes équilibrés, comprenant de la nourriture à base de végétaux, tels que ceux à base de céréales secondaires, légumineuses, fruits et légumes, fruits à coque et graines, et de la nourriture d’origine animale produite dans des systèmes résilients, durables et à faibles émissions de gaz à effet de serre, présentent des opportunités majeures d’adaptation et d’atténuation tout en générant des bénéfices significatifs pour la santé humaine. » Selon l’AFP, la formulation de cette phrase a évolué au fil des différentes versions rédigées ces derniers mois.

Les experts du Giec ne recommandent pas un type de régime alimentaire dans le rapport, comme l’explique à 20 Minutes Cheikh Mbow, professeur associé à la Michigan State University, qui a codirigé le chapitre sur la sécurité alimentaire dans le rapport du Giec : « Pour moi, c’est un message qui n’est pas précis, qui n’est pas correct, de dire que le Giec a recommandé un régime purement végétarien à toutes les contrées du globe. (…) Nous insistons beaucoup plus sur le type de consommation plutôt que sur le régime alimentaire. »

« On ne peut pas demander à des pays en voie de développement d’être végétariens »

Et, selon les experts, on ne peut pas appliquer un seul régime alimentaire à l’ensemble de la planète. Il faut prendre en compte les particularités des modes de production et de consommation des pays développés et des pays en voie de développement, qui divergent sur bien des points. « La consommation de viande est un problème à la fois pour le climat et la santé humaine dans certaines régions, comme l’Amérique du Nord, et le fait de réduire la consommation de viande permet de résoudre à la fois des questions climatiques, de terrain, mais aussi des questions de santé humaine », développe Cheikh Mbow. Réduire cette consommation en Amérique du Nord ou en Europe « pourrait être une solution ». Mais dans les pays en voie de développement, « le niveau de consommation en protéines est en deçà des besoins humains, souligne le scientifique. On ne peut pas leur demander d’être végétariens, alors qu'ils n’ont pas assez de protéines. »

Pour ces pays, qui consomment déjà un peu de viande, le changement de régime alimentaire passe par « la diversification nutritionnelle, y compris la consommation de viande à des niveaux qui permettent d’avoir la santé. C’est cela que le Giec a recommandé, pas une solution passe-partout, qui verrait tout le monde se mettre au même régime alimentaire sans viande. »

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