Climat et sécurité alimentaire: Il est indispensable de revoir l'usage des terres, prévient le Giec

AGRICULTURE Le Giec plaide pour des actions « à court terme » contre la dégradation des sols, le gaspillage alimentaire ou les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole

20 Minutes avec AFP

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Vers une agriculture raisonnée et respectueuse de la biodiversité.
Vers une agriculture raisonnée et respectueuse de la biodiversité. — Eclor

Comment nourrir une population qui augmente tout en contenant le réchauffement climatique à 1,5°C, l’objectif fixé par l’Accord de Paris ? Pour le Giec, il est indispensable de revoir la façon dont sont utilisées et cultivées les terres dans le monde pour pouvoir assurer à la fois la sécurité alimentaire des Terriens et la lutte contre le réchauffement climatique, prévient le Giec dans son rapport, approuvé par les Etats mercredi à Genève, et rendu public, ce jeudi.

Dans ses conclusions, le Giec plaide pour des actions « à court terme » contre la dégradation des sols, le gaspillage alimentaire ou les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole. Réunies depuis vendredi, les délégations des 195 pays membres du Giec ont examiné ce rapport spécial des experts de l’ONU pour le climat consacré au « changement climatique, la désertification, la dégradation des sols, la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres ». L’objectif ? Comprendre comment le réchauffement climatique affecte les terres consacrées aux cultures, à l’élevage ou encore les forêts, et par ricochet la sécurité alimentaire, mais aussi comment les pratiques agricoles ou la déforestation agissent sur le climat.

L’expertise scientifique la plus complète à ce jour sur le sujet

Le Giec a finalisé les termes de ce rapport thématique « après une session finale marathon » vers 10h30 mercredi, a tweeté Stephen Cornelius, de WWF. L’examen ligne par ligne du « résumé à l’intention des décideurs politiques » du rapport complet d’environ 1.200 pages aurait dû s’achever mardi en fin d’après-midi, mais les discussions se sont prolongées. Ce texte est essentiel car il souligne « que la façon dont nous utilisons les terres n’impacte pas seulement le climat, mais la capacité des terres à fournir les moyens d’existence aux gens, à la nature et à la biodiversité », a déclaré Fernanda Carvalho du WWF.

Cette expertise scientifique, la plus complète à ce jour sur le sujet, fait le point sur l’état des terres, les impacts des changements climatiques actuels et à venir, mais aussi sur la façon dont la modification de l’usage des terres joue sur le climat. Ses auteurs se sont aussi penchés sur le système alimentaire mondial, ses limites et l’évolution des régimes alimentaires, avec une consommation croissante de viande. Environ 820 millions de personnes souffrent de la faim, deux milliards d’adultes sont obèses ou en surpoids et 30 % de la nourriture serait perdue.

Des solutions fondées sur les bioénergies ?

Derrière ce sujet complexe - les conditions de vie de nombreuses personnes, la préservation des écosystèmes, les intérêts de puissantes industries agroalimentaires et forestières – se niche une question fondamentale : comment nourrir une population qui pourrait atteindre 11,2 milliards d’individus en 2100 tout en contenant le réchauffement climatique à 1,5°C, objectif idéal de l’Accord de Paris sur le climat ? Comment y parvenir sans créer une compétition intense pour l’usage des terres et dégrader encore plus les écosystèmes, alors que les activités humaines ont déjà abîmé environ un quart des terres émergées non couvertes par des glaces ?

Certains sont partisans de solutions fondées sur les bioénergies, c’est-à-dire les énergies produites à partir de bois, de produits agricoles ou de déchets organiques, et la technologie des BECCS, qui visent à produire de l’énergie tout en retirant du CO2 de l’atmosphère. D’autres acteurs mettent en garde contre le danger que représente l’usage de ces techniques à grande échelle, car elles nécessiteraient des surfaces terrestres importantes, qui ne pourraient plus être consacrées à l’agriculture et à l’élevage. Ce rapport spécial fait suite à celui consacré à la faisabilité de l’objectif de 1,5°C, publié en octobre. Il avait secoué l’opinion publique et conduit des centaines de milliers de personnes à descendre dans la rue pour exiger de leurs gouvernements qu’ils agissent plus vite.