Gironde: La start up Toopi Organics veut recycler l'urine humaine en fertilisant agricole

OR VERT La start up Toopi Organics, lancée en février dernier en Gironde, veut récupérer l'urine humaine pour la transformer en produits agricoles ou en biomolécules pour différentes industries

Mickaël Bosredon

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Illustration toilettes modulables
Illustration toilettes modulables — GILE MICHEL/SIPA
  • La start up girondine vient de remporter le prix de la Fabrique Aviva dans la catégorie environnement et transition énergétique.
  • Elle vise dans un premier temps un volume de collecte de 4 millions de litres d’urine humaine, qui seraient transformés dans une usine installée dans le sud Gironde.
  • A terme, elle veut mettre en place une véritable filière alternative au tout-à-l’égout.

L’idée de valoriser l'urine humaine pour s’en servir comme fertilisant agricole n'est pas neuve. Au XIXè, des agriculteurs utilisaient déjà des déjections des habitants. Depuis quelques années, elle revient au goût du jour, et quelques initiatives pour structurer une filière commencent à percer, comme celle de Michael Roes, qui travaille sur le sujet depuis plusieurs années.

Après avoir lancé une première entreprise d'engrais biologiques en 2016, MR Organics, il a fondé en février dernier avec deux autres associés  une nouvelle start up, Toopi Organics, à Langon (Gironde), pour valoriser l’urine humaine.

Celle-ci vient de remporter un prix de 65.000 euros de la Fabrique Aviva (initiative de mécénat de l’assureur Aviva France) dans la catégorie environnement et transition énergétique.

« Un non-sens de se débarrasser de l’urine dans l’eau potable »

« L’idée est de créer une filière alternative au tout-à-l’égout pour valoriser l’urine humaine, notamment en fertilisant agricole », raconte Michael Roes. Dans le tout-à-l’égout, l'urine est problématique pour les stations d’épuration et concerne plus généralement la gestion durable de la ressource en eau. La teneur en azote et micropolluants de l’urine favorise notamment le développement d’algues.

« C’est un non-sens de se débarrasser de l’urine dans l’eau potable, soutient Michael Roes, car cela consomme et pollue l’eau. Alors que dans l’urine, on produit tout ce dont on a besoin pour l’agriculture : azote, phosphore et potassium – le triptyque NPK essentiel à la fertilisation. C’est pourquoi notre priorité a été de lancer un projet proposant une solution viable pour les agriculteurs. »

Un biostimulant plus performant que les engrais minéraux conventionnels

Plusieurs produits pourraient voir le jour. « Le premier produit que l’on va fabriquer, c’est un stimulateur de croissance pour augmenter les rendements agricoles, en remplacement des produits minéraux. Nous avons mené des essais concluants avec l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) et la chambre d’agriculture. » Deux études menées par l’école Bordeaux Sciences Agro et l’Inra ont montré que le bio stimulant produit par Toopi est plus performant que les engrais minéraux conventionnels (de 60 % à 110 % de biomasse en plus selon l’étude de Bordeaux Sciences Agro).

« On travaille aussi sur un fongicide agricole, et enfin sur la fabrication de biomolécules pour, entre autres, l’industrie pharmaceutique : on fait pousser des bactéries sur l’urine, ce qui va nous donner des molécules très demandées par ces industriels. »

Quelque 30 milliards de litres d’urine humaine par an en France

« Nous allons dans un premier temps récupérer l’urine auprès des loueurs de toilettes sèches, celles que l’on trouve sur les chantiers du BTP par exemple, auprès des laboratoires d’analyse médicale également, ce qui représente à terme 20 millions de litres d’urine. » La société, installée à la pépinière d’entreprises de Langon, vise un volume de collecte d’urine de 4 millions de litres en 2020. Une première unité de transformation d’une capacité de 180.000 litres devrait être installée en Sud-Gironde d’ici la fin de l’année 2019.

« Mais le marché en France, c’est 30 milliards de litres d’urine humaine, et notre ambition, c’est de récupérer entre 10 et 20 % de ce volume. » Comment, sachant qu’au niveau des habitations, l’urine est mélangée aux autres eaux usées ? « En mettant en place une véritable filière alternative au tout-à-l’égout, via de gros collecteurs qui permettent la séparation de l’urine à la source, et à des unités de transformation sur place. »

Il faudra tout de même au préalable obtenir une autorisation de mise sur le marché du produit. Ce qui est espéré pour 2020.