Astéroïde «OK 2019»: «Selon où a lieu l’impact, cela peut devenir une catastrophe mondiale»

INTERVIEW « 20 Minutes » a interrogé Olivier Sanguy, médiateur scientifique de la Cité de l’espace à Toulouse, sur la difficulté de repérer les astéroïdes potentiellement dangereux pour notre planète

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas
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Illustration, impact astéroïde-terre
Illustration, impact astéroïde-terre — DAVID/N.A.S.A./SIPA
  • Un astéroïde a frôlé la Terre jeudi en étant repéré seulement 24 heures auparavant.
  • Le gros caillou avait quand même la capacité de raser une ville s’il était tombé sur notre planète.
  • Un nouveau cas prouvant la difficulté de repérer ces dangereux objets spatiaux, comme l’explique Olivier Sanguy, médiateur scientifique de la Cité de l’espace à Toulouse, interviewé par « 20 Minutes ».

L'astéroïde « 2019 OK » a frôlé la Terre jeudi, passant entre notre planète et la Lune. D’une taille comprise entre 50 et 130 mètres, il aurait pu raser une ville entière s’il était tombé dessus, déployant trente fois l’énergie de la bombe d' Hiroshima.

Or, ce gros caillou n’a été repéré que 24 heures avant de nous frôler, à quelque 77.000 kilomètres de notre planète bleue​. Cette incapacité à le voir plus tôt interroge sur notre surveillance des astéroïdes les plus dangereux. Une tâche plus difficile qu’on ne le croit, comme l’explique Olivier Sanguy, médiateur scientifique de la Cité de l’espace à Toulouse, contacté par 20 Minutes.

On a coutume de penser qu’avec toutes les avancées technologiques, les astéroïdes sont faciles à repérer. En quoi cela constitue-t-il une difficulté ?

Ce ne sont pas des objets simples à observer, quoi qu’on puisse penser. Comme tous les objets du système solaire, hors soleil, ils n’émettent pas de lumière, et en reflètent assez peu car ils sont principalement constitués de matières assez sombres. Plus le corps est petit, plus il est loin, et plus on a du mal à l’apercevoir. On pense qu’on a catalogué la très grande majorité des astéroïdes les plus dangereux, ceux mesurant plus d’un kilomètre et qui causerait – en cas d’impact – une catastrophe globale planétaire pour l’Humanité. Les astéroïdes intermédiaires, assez gros pour survivre à l’entrée dans l’atmosphère mais mesurant moins d’un kilomètre, sont plus difficiles à voir et moins référencés. C’était notamment le cas de « 2019 OK », qui mesurait entre 50 et 130 mètres.

Il y a aussi une forte limite budgétaire. Grâce à plusieurs télescopes automatisés, qui photographient le même point de l’espace à différents moments, on peut plus facilement repérer les astéroïdes. Un point qui bouge entre deux photos suffit. Mais cela coûte cher et ce n’est pas la priorité actuelle. Enfin, troisième limite, il existe des angles morts, notamment un astéroïde arrivant par le soleil.

Les astéroïdes les plus dangereux pour la Terre ont donc bien été référencés, mais il y a un risque avec des astéroïdes de taille intermédiaire ?

Précisément, et il y a peu à peu une prise de conscience sur les dangers que représentent ces astéroïdes, dit de catastrophe régionale. Or, on comprend que selon où a lieu l’impact, la catastrophe régionale peut devenir une catastrophe mondiale. Par exemple, « 2019 OK », qui est dit « City Killer », peut avoir des conséquences géopolitiques majeures s’il tombe sur une capitale importante comme Pékin ou Washington. Ou au Moyen-Orient, en perturbant le cycle mondial du pétrole.

Alors qu’on pensait avoir fait l’essentiel en cataloguant les astéroïdes de plus d’un kilomètre, on se rend compte que les astéroïdes de « catastrophe régionale » peuvent n’en avoir que le nom.

Cette prise de conscience va-t-elle avoir un impact ?

Il existe une campagne annuelle où des astronomes tentent de référencer le plus d’astéroïdes. Mais la prise de conscience a du mal à passer au moment des financements budgétaires. Il ne faut pas se méprendre, si la catastrophe peut avoir un impact sur l’ensemble de l’humanité, elle n’a qu’un risque faible d’arriver. Egalement, il y a une recherche avancée sur la déviation d’astéroïde. Ce n’est plus de la science-fiction, la Nasa notamment teste un programme pour réaliser ce genre d’exploit technologique. Et c’est plus glorieux que de les référencer, cela attire plus. Mais ce qu’on essaie de faire comprendre, c’est que cela ne sert à rien de savoir les dévier si on ne sait pas les repérer à temps. Par exemple, si « 2019 OK » partait pour impacter la terre, peu importe nos technologies de déviation, on l’a repéré beaucoup trop tard pour pouvoir faire quelque chose.