Pourquoi Greta Thunberg suscite-t-elle tant d’hostilité?

CLIMAT La jeune Suédoise Greta Thunberg est très conversée pour son combat en faveur de l'environnement

Jean-Loup Delmas

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Greta Thunberg, idolâtrée autant que haïe.
Greta Thunberg, idolâtrée autant que haïe. — Patrick Graf/ActionPress/SIPA
  • Greta Thunberg, égérie climatique, fera un discours à l’Assemblée nationale ce mardi.
  • Sa présence est très critiquée, notamment par des élus de droite.
  • Pourquoi une telle hostilité envers la militante écologique ?
     

Elle est devenue le visage médiatique du dérèglement de notre climat​, et ça ne plaît pas à tout le monde. Scientifiques et politiques soufflent le chaud et le froid sur Greta Thunberg, adolescente révoltée qui fait le tour du globe pour prévenir de la catastrophe imminente. Héroïne pour les uns, pantin surfant sur la peur pour les autres. Alors qu’elle vient de poser ses bagages et ses discours d’urgence climatique en France, de nombreux élus de droite ont critiqué la Suédoise et sa venue mardi à l'Assemblée nationale.

 

« Gourou apocalyptique » pour Guillaume Larrivé (député de l'Yonne), « Prix Nobel de la peur » et « prophétesse en culottes courtes » selon Julien Aubert (élu du Vaucluse), « infantilisation obscurantiste » par Jean-Louis Thieriot (député de Seine-et-Marne), ce n’est pas les quolibets qui manquent pour qualifier Greta Thunberg du côté des Républicains. Certains n’hésitent pas à appeler au boycott. Mais pourquoi ?

Légitimité en cause

Problème de programme politique tout d’abord selon Daniel Boy, directeur de recherche à Sciences-Po et spécialiste de l’écologie politique : « Le problème n’est pas que le personnage Greta Thunberg. Il est surtout dû au fait que la droite considère de plus loin la question écologique, qu’elle n’est pas vitale dans son programme. » Or, inviter Greta Thunberg à l’Assemblée nationale, c’est mettre les projecteurs sur l’urgence climatique, « une urgence qui laisse sceptiques nombre de Républicains. C’est donc un désaveu pour leur programme et leurs idées politiques, d’où une franche opposition », rappelle le chercheur.

Se pose également la question de sa légitimité, n’étant une figure ni scientifique ni politicienne. Agée de seulement 16 ans, Greta Thunberg n’a effectivement pas eu le temps de construire une riche carrière politique ou de décrocher un doctorat en "sauvetage de planète". « Il y a cette idée que la cause climatique est une affaire trop sérieuse pour être confiée à "n’importe qui", en l’occurrence une personne non-qualifiée scientifiquement ou politiquement, que pour faire bouger les choses, il faut laisser cela aux experts et non à la société civile. Le climat a son lot de sceptiques, réclamant des faits et non des émotions », avance Daniel Boy.

Discours trop crus

Sur la non-légitimité de Greta Thunberg, Sandrine Rousseau, ex-porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts et présidente de l'association Parler, contre-attaque avec la même verve que l’adolescente : « Sa légitimité, c’est d’être de la génération qui va le plus subir le réchauffement climatique et qui va hériter d’une planète défigurée. C’est une sacrée légitimité ! Il y a un discours certes émotionnel, mais elle dit les choses telles qu’elle les ressent, telle que l’angoisse la prend aussi. »

Ses discours justement, attardons-nous dessus. Beaucoup de pro-écologie les jugent trop catastrophés et négatifs. Ils deviendraient alors contre-productifs, puisque minant le moral des troupes. Après tout, si tout est vraiment perdu, pourquoi essayer de faire des efforts ? Un discours plus optimiste, moins urgentiste, aurait selon eux plus de chance d’aboutir.

Délit de sale gueule

Pourtant, cette volonté de tirer la sonnette d’alarme est très partagée du côté des défenseurs de l’environnement, comme le rappelle Sandrine Rousseau : « On n’est plus dans la zone des discours angéliques là-dessus. Oui, il faut se paniquer, il faut changer les choses maintenant. » Même si l'ex-porte-parole a bien sa petite idée sur ce qui dérange là-dedans : « Greta Thunberg est haïe parce qu’elle renvoie chacun à son inaction et à sa propre incompétence. On cherche encore à tourner la tête, à ne pas voir la catastrophe qui nous attend. Greta Thunberg, elle, nous la montre dans sa vérité crue, en plus en France où on a tant de mal à mettre des choses en place. »

Autre point, et non des moindres, et si Greta Thunberg souffrait simplement d’un délit de sale gueule ? Une théorie en laquelle Sandrine Rousseau croit : « Une femme, jeune et autiste qui interpelle des politiques majoritairement masculins et de grands décideurs sortis de prestigieuses écoles, évidemment que ça ne plaît pas. »

Pantin du capitalisme ?

Un jeune âge qui vaut parfois à la militante d’être vue comme un pantin, manipulée à des fins de Greenwashing pour permettre un monde encore plus libéral et mondialisé sous prétexte d’être écologique, comme l’explique cette tribune dans Reporterre.

Là aussi, Sandrine Rousseau balaie d’un revers de la main : « C’est la première fois que la jeune génération qui va subir le dérèglement trouve un porte-parole se trouvant légitime. Evidemment que cela a été organisé, que cela n’a pas émergé par hasard – en politique rien n’émerge par hasard – mais elle est là. Et ils vont devoir apprendre à faire avec. »