VIDEO. Bouches-du-Rhône: «L'étang de Berre est malade, mais on n'a pas vraiment les moyens de le guérir»

ENVIRONNEMENT Un rapport commandé par le gouvernement pour sauver l’étang de Berre balaie les pistes déjà évoquées sans pour autant tracer de feuille de route

Mathilde Ceilles

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L'etang de Berre.
L'etang de Berre. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Ce vendredi a été publié un rapport commandé par le gouvernement pour sauver l’étang de Berre, qui étouffe en raison de la pollution.
  • Les auteurs de ce rapport écartent l’hypothèse de la réouverture du canal du Rove, pourtant projet porté par Ségolène Royal quand elle était ministre.
  • Aucune feuille de route n’est tracée : le gouvernement actuel promet d’engager une concertation.

Voilà des années que l’étang de Berre étouffe sous le poids des pollutions humaines et industrielles. Il ne s’agit pas d’une simple image : coincée entre Marseille et un immense complexe pétrochimique, la lagune manque d’oxygène. Elle a en effet subi les assauts d’une forte industrialisation. Et en trente ans, la population a plus que doublé pour atteindre près de 250.000 habitants dans les dix communes du pourtour. Une activité qui a des conséquences : aujourd’hui, le plus grand étang salé d’Europe se voit asphyxié par les rejets d’eau douce qu’il subit depuis de nombreuses années, notamment de la part de la centrale électrique EDF de Saint-Chamas.

L’été, avec l’eau salée qui, plus lourde, coule au fond, le peu d’oxygène qui reste est en effet absorbé par la biodiversité qui peuple l’étang, qui se meurt donc peu à peu. Autre conséquence : l’étang se charge d’autres molécules, en partie le phosphore et l’azote, qui favorise la prolifération d’algues.

Une promesse de Ségolène Royal… abandonnée

Depuis des années est prévue la réouverture du tunnel du Rove, qui, percé sous la chaîne de l’Estaque, permettait de relier la rade phocéenne à l’étang, jusqu’à sa fermeture en 1963 après un effondrement. Objectif : réalimenter l’étang en eau de mer et ainsi améliorer sa qualité et sa salinité. Un projet porté notamment par Ségolène Royal, alors ministre de l’Environnement.

Mais en 2019, Ségolène Royal n’est plus là… et ses promesses, semble-t-il, sont parties avec elle. Dans un rapport commandé par la ministre, et rendu public ce vendredi, des experts écartent cette possibilité. « Au regard des effets très limités du pompage sur l’étang de Berre et du montant élevé de l’investissement et du fonctionnement du dispositif, l’abandon du projet paraît raisonnable », justifient les ingénieurs du ministère.

« De la médecine à tâtons »

Pour autant, le rapport ne fait pas de réelles propositions. « L’étang de Berre est malade, le diagnostic est connu, mais on n’a pas vraiment les moyens de le guérir, affirme Nicolas Forray, coauteur de ce rapport et ingénieur général au sein du conseil général de l’environnement et du développement durable. On ne sait pas régler le manque d’oxygène, alors il faut agir ailleurs. Nous assumons de dire que nous faisons de la médecine à tâtons. Il n’y a pas de baguette magique, mais pas d’inertie non plus. L’état de l’étang de Berre est le résultat de deux siècles d’histoire. »

Selon lui, pour réduire la teneur en phosphore et en azote de l’étang, Nicolas Forray recommande de « faire un vrai travail » sur les eaux usées des communes environnantes. « 80 % voire moins arrivent dans les stations d’épuration, c’est donc qu’elles vont ailleurs, estime-t-il. EDF aussi a des progrès à faire. »

« Que des mesurettes »

Loin de proposer une marche à suivre, le gouvernement a décidé de lancer une concertation, sur la base de ce rapport, qui liste l’ensemble des possibilités, y compris les plus irréalistes, pour le dernier trimestre 2019, avant d’arrêter une feuille de route en 2020.

De quoi susciter la déception chez les acteurs locaux. « Dans ce rapport, il n’y a rien, que des mesurettes sans réel impact sur les problématiques de l’étang, déplore Raphaël Grisel, directeur du Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre (Gipreb). Soit c’est déjà dans le contrat pour l’étang, soit c’est évoqué depuis des années. »

Et d’ajouter : « Nous continuons plus que jamais le combat judiciaire, car l’expérience montre qu’avec la voie judiciaire, quelque chose s’est passé, alors que des concertations sont mises en place depuis des années, et nous constatons qu’il n’y a plus rien à espérer de l’action de l’Etat. » Au début du mois, dix villes du pourtour de l’étang de Berre ont en effet porté plainte contre l’Etat pour son inaction face à l’état écologique très dégradé de l’étang de Berre.